jeudi 1 mars 2012

mars 2012: Le changement

pour encourager la théologie

Je me propose de publier ici, dix fois par an, un texte théologique ou spirituel, des compte-rendus critiques de lectures. Je suis de culture protestante, mais ma question con­cerne la façon dont le christianisme peut s’anticiper aujourd'hui. Pareille, perspective ne peut s’ac­com­moder d’une attitude purement confessionnelle ou dogmatique.

Je tire une inspiration indépassable de la source biblique et je m’adosse à la tradition chrétienne dont je suis solidaire. En même temps, je vis en tension l’incomplétude actuelle de la réalité et de la vérité (ce qui est différent du doute), avec les autres religions et cultures, la mo­dernité et la postmodernité.

pour celles et ceux qui apprécient la poésie :

Août Saïder : Un Signe dans la vie, Éditions Publibook, Paris,

Jacques Gruber, Le Matin vient déjà, Éditions Praelego, Paris

auprès de votre libraire ou sur Amazon

Le changement

La neige prévisible ne vient cependant jamais qu’à son heure, ensuite, elle fond au soleil.

La crise, elle aussi prévisible, nous surprend néanmoins toujours parce que nous ne voulons pas la voir venir. Lequel de nos Soleils nationaux européens, mondiaux la dissipera-t-il ?

Comme son nom l’indique (krisis : dénouement) n’est-elle pas la sanction imma­nente de nos comportements individuels, sociaux, économiques, écologiques ? N’exige-t-elle pas une réforme des manières de penser et de vivre de chacun de nous en Occident comme en Orient ?

En paraphrasant le Notre Père, nous pourrions dire : « Ne nous conduit pas dans la crise, mais délivre-nous du besoin ».

Le besoin est renaissant. Lorsque nos besoins immédiats (nourriture, vêtement, logement, instruction, affections) sont satisfaits, d’autres besoins naissent et quand ceux-ci sont assouvis d’autres encore et ainsi de suite, cela n’a pas de fin. Et, comme la satisfaction des besoins exagérés de certains produit la pénurie pour les autres, c’est un cercle vicieux. Les réformes tentent d’y remédier, mais il faudrait plus, or une réformation n’est pas possible hors l’action de la parole de Dieu, il reste alors les sur­sauts d’indi­gna­tion et de colère, les révolutions qui, eux aussi, n’accomplissent pas la justice et nous entraî­nent dans une fuite en avant insatisfaisante.

Les changements extérieurs (régimes, lois, gouvernements) sont nécessaires, mais ne sont rien s’ils ne sont pas accompagnés de changements intérieurs et vice-versa.

Changer un enfant d’école peut aider à résoudre ses problèmes scolaires, mais il faut aussi qu’il prenne certaines résolutions.

Dans l‘opérette La Fille de Madame Angot, de Charles Lecocq (1872) les acteurs chansonnent le Directoire qui a suivi la fin de l’Ancien Régime, la Révolution et la Terreur, au moment où Barras occupe le devant de la scène :

« Barras est roi, Lange est sa reine

ce n’était pas la peine (bis)

assurément

de changer de gouvernement ! »

Derrière nos prières, il y a la demande plus essentielle : Qu’il y ait un Dieu qui ne soit pas seulement pour nous « comme un père » (Ps 103, 13), mais dans la même relation que Jésus au Père.

Cette relation qui nous apporte la réconciliation avec nous-mêmes et avec les autres est propre à nous faire prendre une réelle distance avec le besoin parce qu’elle nous libère, si peu que ce soit, de nous-mêmes, de nos pesanteurs et de la soif inex­tin­guible de l’avoir.

Le changement qui est ici en cause concerne nos manières de penser et de vivre. Il appelle à placer les manières d’être que l’Évangile nous propose, tant dans le Premier Testament que dans le Nouveau, avant les manières de posséder (même en ce qui concerne la possession de la terre, du savoir, des moyens de production et surtout, du pou­voir). Cela ne vise pas que les conduites morales, cela concerne nos actes de citoyens (politique, économie, écologie).

Nos manières d’être sont-elles nécessairement des superstructures qui re­flè­tent l’infrastructure écolo-économico-sociale (comme le veulent les marxismes), ou, à l’in­verse, ces manières d’être orientent-elles décisivement les réalisations écologiques, éco­no­mi­ques et sociales (thèse de Max Weber) ? Il est sûr que, lorsqu’elles sont d’un ordre tel qu’elles nous libèrent d’une sujétion aux besoins, elles nous arment pour affronter les crises.

Jacques Gruber

Pour trouver ou retrouver un message, voir la Table alphabétique des matières ci-dessous, pour (re)trouver un sujet, consulter l’Index thématique placé après les archives de l’année 2006.

Du même auteur : « La Représentation de Dorothée Sölle, Revue d’histoire et de philosophie religieuse, Strasbourg, 66ème année, 1986, n° 2 et 3 ;

Entendre la Parole. Le témoignage intérieur du Saint Esprit, Paris, Édi­tions du Cerf, 2003,

« Vous serez mes témoins ». Pour un temps de confusion et de mutations, Paris, Éditions du Cerf, 2009.

autres blogs : cevenneproche.blogspot.com (dessins); alpestivale. blogspot.com (dessins) ; sartresansechec.blogspot.com (philosophie) ; vous-serez-témoins.blogspot.com (théologie) ; théologie-déconstruction.blogspot.com (théologie), biblentoutemps.blogspot.com (mé­ditations) ; tradition-ou-parole.blogspot.com (religions).

TABLE DES MESSAGES

AMOUR, décembre 2011

À quoi pensait Jésus entrant à Jérusalem (Rameaux) : avril 2007 ;

Apocalypse, le décor : janvier 2011 ; le langage : février 2011 ; le message : mars 2011 ; survol : avril 2011 ; Petite Apocalypse de poche : mai 2011 ;

Asia Bibi : juillet 2011

Berlin : septembre 2010 ;

Bouddha ou Jésus : mai 2010 ; bouddhisme : juin 2010 ;

Clément et Miséricordieux : février 2009 (Islam 1) ; Islam 2 : mars 2009 ;

Conduits par l’Esprit : mai 2009 ;

Confession de foi : novembre 2006 ;

Élection ou Plébiscite (élections présidentielles) : juillet 2007 ;

Esprit, qui es-tu, que fais-tu ? : février 2007 ;

Évangéliser : février 2008 ;

Islam, 1 : octobre 2010 ; Islam 2 : novembre 2010 : ;

Jean xv : avril 2009 ;

Jésus Fils : décembre 2008 ; Jésus homme : juin 2007 ;

Jugement dernier très actuel, janvier 2012

Juifs et chrétiens, la divergence du monothéisme (première et deuxième parties) : octobre-novembre 2007 ;

La feuille de route de Jésus (les Béatitudes) : janvier 2009 ,

La Grâce : juin 2008 (voir Le Don, janvier 2007) ;

La porte étroite : juillet 2010 ;

La voix du berger (Jn 10) juin 2011 ;

Le changement, mars 2012

Le Chantier : mai 2008 ;

Le Don et l’Attente : janvier 2007 (voir La Grâce, juin 2008) ;

Les contemporains éloignés (Benoît xvi et moi) : février 2010 ;

Le Saint de Dieu, février 2012

Le Serpent : janvier 2008 ;

Les fourberies de Calvin : novembre 2009 ;

Les protestants, c’est le souk : mars 2007 ;

Malheurs : ?? 2010 ;

Messages pour les temps forts de l’année : octobre 2007 ;

Où en sommes-nous avec la vérité ? : mai 2007 ;

Pâques : avril 2007, avril 2008 ; avril 2010 ;

Pardonner : mars 2008 ;

Paroles d’Église(s) : septembre 2007 ;

Pour une rentrée : septembre 2009 ;

Prologues évangéliques : octobre 2008 ;

Retraites : décembre 2010 ;

Richesses : septembre 2008 ;

Rome et Cantorbery : juillet 2009 ; ?

Sécularisation : novembre 2011

Se souvenir et apprendre : mars 2010 ;

Suis-je création­niste ?: juillet 2008 ;

Témoignage : décembre 2006 ;

Terrorisme : octobre 2011 ;

Un jugement dernier qui est tout actuel ; février 2012

Une vision pour le monde : novembre 2008 ;

Vœux : janvier 2010 ;

Les textes de ce blog peuvent être reproduits ou cités pour un usage personnel avec l’indica­tion : © Jacques Gruber « alleztheo », suivie de la mention du mois et de l’année de la parution.

Je répondrai aux commentaires à la mesure de mes moyens dans l’édition du mois suivant.

jeudi 2 février 2012

février 2012: Le Saint de Dieu

pour encourager la théologie

Je me propose de publier ici, dix fois par an, un texte théologique ou spirituel, des compte-rendus critiques de lectures. Je suis de culture protestante, mais ma question con­cerne la façon dont le christianisme peut s’anticiper aujourd'hui. Pareille, perspective ne peut s’ac­com­moder d’une attitude purement confessionnelle ou dogmatique.

Je tire une inspiration indépassable de la source biblique et je m’adosse à la tradition chrétienne dont je suis solidaire. En même temps, je vis en tension l’incomplétude actuelle de la réalité et de la vérité (ce qui est différent du doute), avec les autres religions et cultures, la mo­dernité et la postmodernité.

pour ceux qui apprécient la poésie :

Août Saïder : Un signe dans la vie

éditions Publibook,

Jacques Gruber : Le matin vient déjà

éditions Praelego,

12 €, chez votre libraire ou sur Amazon

« LE SAINT DE DIEU », Marc 1, 24

L’Évangile selon Marc nous relate un épisode qui peut paraître banal. Un homme, dont nous pouvons penser qu’il était membre du peuple Juif, mais qui, lorsqu’il se réfère, d’une manière générique, à « Dieu », ne manifeste aucune éducation religieuse juive particulière, cet homme est saisi par un esprit impur et s’écrie « Jésus de Nazareth, tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es : Le Saint de Dieu ». Là dessus Jésus exorcise cet homme.

Que disait-on de Jésus, en ces mêmes jours ? Pour les uns, il est l’un des pro­phètes de retour ou le dernier des prophètes, pour André (Jn 1,41), pour Pierre (Mt 16,16) il est le Christ, le Messie, mais en quel sens ? Dans la bouche des disciples, c’est sans doute au sens nationaliste du titre (celui qui va délivrer Israël de l’occupation ro­maine).

Jésus a-t-il dit quelque chose de lui-même ? Suivant les évangiles synoptiques : (Matthieu, Marc, Luc) il se présente comme « Fils de l’homme » (expression tirée de Daniel 7,11) qui est une évocation eschatologique, à peu près équivalente de « l’homme de la fin des temps » ou en qui les temps trouvent leur accomplissement.

Avec le iv ème Évangile, les titres de Logos, de Fils du Père, lui sont décernés. Nous sommes dans une optique christologique, déjà spéculative.

Aujourd'hui nous entendons dire qu’il était un rabbi (un maître), un prophète, un sage (parfois même : un révolutionnaire).

La sainteté, le sacré, la justice :

Pour le judaïsme, il peut y avoir des « hommes de sainteté », un « pays de sain­teté », une « lan­­gue de sainteté », mais seul le Seigneur est Saint. Le démon qui agite ce malheureux homme voit mieux que tout autre en proclamant de Jésus qu’il est le « Saint de Dieu ». Il ne dit pas de Jésus qu’il serait un « homme de sainteté » ou un saint, mais bien « Le Saint de Dieu » autrement la Seigneur lui-même qui, seul, est Saint.

À côté de la sainteté, il existe aussi un secteur du sacré en Israël. Le sacré peut concerner des personnes mais aussi des objets, des temps, des lieux qui sont entourés de crainte et de vénération. Il s’est développé autour de l’Arche, puis du Temple, de son culte, de son clergé, de ses rites, de ses traditions. Il a alimenté une morale du pur et de l’impur à tendance sé­gré­gative, renforcée par l’ignorance des maladies psychiques. En son temps, Jésus dé­nonce la propre justice de certains de ses contem­po­rains, mais, horrmis l’in­fluence du Temple et mis à part les personnages célestes généralement appelés « anges », mais aussi quali­fiés parfois de « saints », en Israël nul n’est saint, en revan­che, on y reconnaît des « justes » (TseDiKiM). La ques­tion que se posait Luther n’était pas « Comment faire pour devenir un saint ? », mais « D’où vient que nous soyons rendus justes devant Dieu ? ».

Incidence christologique :

« Le Saint de Dieu » : si cette appellation, unique dans la Bible, était christologi­que­ment la plus juste ? Pose-t-elle moins de problèmes que celle du « Fils » (la chris­to­lo­gie johannique) ?

Dire de Jésus qu’il est le Saint, c’est dire qu’il est le Kyrios, le Seigneur et, par là même, c’est affirmer la réalité du Saint Esprit, car sans le Saint Esprit personne ne peut dire cela (« Nul ne peut dire : Jésus est le Seigneur ! si ce n’est par le Saint Es­prit », 1 Co, 12, 3). Nous retrouvons ainsi les trois Personnes de la Trinité (Tri-unité).

Conséquences trinitaires :

Les Personnes de la Trinité deviennent alors :

* le Saint de Dieu (au lieu du Fils),

* le Saint en lui-même, le Saint Unique, le Seigneur, (à la place du Père),

* l’Esprit Saint (non pas un Esprit –ou un esprit- de sainteté !).

Le fait que trois Personnes (le Saint en lui-même qui n’est pas enfermé en soi, le Saint au milieu de nous, le Saint au-dedans de nous) soient énoncées ne touche pas à l’unité du Saint Unique, car, chaque fois que l’une de ces trois Personne est évoquée

a) le Saint Unique est présent comme tel (comme seul et unique Saint), sans avoir besoin de re­courir à la consubstantialité;

b) chacune renvoie aux deux autres et ainsi de suite (ce que la théologie clas­sique appelle la périchorèse, ou circumincessio).

En conservant, pour chacune des trois Per­sonnes, leur réfé­rence à la sainteté, nous l’exprimons non d’une façon spéculative, mais selon l’ordre pragma­tique de la Parole qui produit les effets qu’elle annonce.

Il est surprenant que l’Esprit qualifié comme « Saint » ait mis du temps pour être intégré à la Trinité (voir Grégoire de Nazianze qui militait pour cela et le concile de Constantinople de 380-381), alors que le Père ou le Fils, renvoyant au modèle patriarcal et non au Saint, restent forcément ambigus. Ce sera alors la Trinité elle-même, hyposta­siée, qui deviendra la « Sainte Trinité ».

La confession de foi du malheureux de Marc 1, 24 présente, en outre, l’avantage d’annoncer la conséquence de la présence du Saint de Dieu, ce que ne fait pas la Trinité telle que nous la recevons du dogme. Nicée-Constantinople est spéculatif, non pragma­tique ; il est spé­cu­lativement juste, mais est-il effectivement vrai ?

Le « Saint de Dieu » est Seigneur et Sauveur :

Ici, le Saint de Dieu est venu. Il est venu pour nous, pour nous délivrer de tous les esprits qui nous tourmentent. Il amène les humains qui nuisent à notre corps et à notre esprit à se démasquer et cet événement, toujours de nouveau rendu actuel, est véritablement propre, adapté à la finalité requise, il réalise ce qu’il annonce : le salut ou, en termes plus bibliques : la sanctification : « Soyez saints, car je suis saint, moi le Sei­gneur, votre Dieu » (Lévitique 19,2), comme le déclare la Parole au peuple d’Israël. Mais la sanctification crée-t-elle des humains sur-naturels ou est-elle un processus existentiel qui dure tout au long de la vie et se situe dans notre quotidienneté (voir « l’as­cèse dans le monde » de Calvin, « la sainteté dans la vie quotidienne » de Thérèse de Lisieux).

Le Saint Unique devenu être humain conduit les démons et les mauvais esprits à se révéler. Il n’y a pas de diable, il y a des mentalités diaboliques ; il n’y a pas de Satan, mais des gens voués à détruire l’œuvre du Christ ; il n’y a pas de Tentateur, mais des démagogues qui nous font entendre ce que nous souhaitons entendre ; il n’y a pas de démons qui nous habitent, mais des mauvais esprits en chair et en os, eux-mêmes en souffrance, qui nous harcèlent. C’est en et par des êtres humains que l’esprit (au sens anthro­po­lo­gique) prend corps et que d’autres hu­mains peuvent être dominés, terro­ri­sés, asservis, tour­mentés, sinon per­dus (car ils n’ont pas cette possibilité), du moins : éper­dus.

Être sauvé :

La psychanalyse et d’autres sciences humaines nous expliquent comment une psychè peut être malade, rendre malade un humain et en faire un problème, voire un fléau, pour son en­tourage. La thérapie de la parole, la prescription de médicaments chimiques, les règles d’hygiène mentale, les exercices corporels, nous offrent-ils vrai­ment le moyen de nous en sortir ?

Là où le Saint Esprit rend présent le Saint, venant du Saint Unique, qui a vécu au milieu de nous, de nou­velles exis­tences s’inaugurent.

Nouvelles, ces existences le sont, en particulier, du fait qu’elles n’engendrent pas un salut individualiste ou universel au sens impérialiste du terme, mais un salut qui ne peut pas se satisfaire de sa réalisation dans notre existence personnelle et appelle le salut des autres aussi.

Jacques Gruber

Pour trouver ou retrouver un message, voir la Table alphabétique des matières ci-dessous, pour (re)trouver un sujet, consulter l’Index thématique (en préparation) placé après les archives de l’année 2006.

Du même auteur : « La Représentation de Dorothée Sölle, Revue d’histoire et de philosophie religieuse, Strasbourg, 66ème année, 1986, n° 2 et 3 ;

Entendre la Parole. Le témoignage intérieur du Saint Esprit, Paris, Édi­tions du Cerf, 2003,

« Vous serez mes témoins ». Pour un temps de confusion et de mutations, Paris, Éditions du Cerf, 2009.

autres blogs : cevenneproche.blogspot.com (dessins); alpestivale. blogspot.com (dessins) ; sartresansechec.blogspot.com (philosophie) ; vous-serez-témoins.blogspot.com (théologie) ; théologie-déconstruction.blogspot.com (théologie), biblentoutemps.blogspot.com (mé­ditations) ; tradition-ou-parole.blogspot.com (religions).

TABLE DES MESSAGES

AMOUR, décembre 2011

À quoi pensait Jésus entrant à Jérusalem (Rameaux) : avril 2007 ;

Apocalypse, le décor : janvier 2011 ; le langage : février 2011 ; le message : mars 2011 ; survol : avril 2011 ; Petite Apocalypse de poche : mai 2011 ;

Asia Bibi : juillet 2011

Berlin : septembre 2010 ;

Bouddha ou Jésus : mai 2010 ; bouddhisme : juin 2010 ;

Clément et Miséricordieux : février 2009 (Islam 1) ; Islam 2 : mars 2009 ;

Conduits par l’Esprit : mai 2009 ;

Confession de foi : novembre 2006 ;

Élection ou Plébiscite (élections présidentielles) : juillet 2007 ;

Esprit, qui es-tu, que fais-tu ? : février 2007 ;

Évangéliser : février 2008 ;

Islam, 1 : octobre 2010 ; Islam 2 : novembre 2010 : ;

Jean xv : avril 2009 ;

Jésus Fils : décembre 2008 ; Jésus homme : juin 2007 ;

Jugement dernier très actuel, janvier 2012

Juifs et chrétiens, la divergence du monothéisme (première et deuxième parties) : octobre-novembre 2007 ;

La feuille de route de Jésus (les Béatitudes) : janvier 2009 ,

La Grâce : juin 2008 (voir Le Don, janvier 2007) ;

La porte étroite : juillet 2010 ;

La voix du berger (Jn 10) juin 2011 ;

Le Chantier : mai 2008 ;

Le Don et l’Attente : janvier 2007 (voir La Grâce, juin 2008) ;

Les contemporains éloignés (Benoît xvi et moi) : février 2010 ;

Le Saint de Dieu, février 2012

Le Serpent : janvier 2008 ;

Les fourberies de Calvin : novembre 2009 ;

Les protestants, c’est le souk : mars 2007 ;

Malheurs : ?? 2010 ;

Messages pour les temps forts de l’année : octobre 2007 ;

Où en sommes-nous avec la vérité ? : mai 2007 ;

Pâques : avril 2007, avril 2008 ; avril 2010 ;

Pardonner : mars 2008 ;

Paroles d’Église(s) : septembre 2007 ;

Pour une rentrée : septembre 2009 ;

Prologues évangéliques : octobre 2008 ;

Retraites : décembre 2010 ;

Richesses : septembre 2008 ;

Rome et Cantorbery : juillet 2009 ; ?

Sécularisation : novembre 2011

Se souvenir et apprendre : mars 2010 ;

Suis-je création­niste ?: juillet 2008 ;

Témoignage : décembre 2006 ;

Terrorisme : octobre 2011 ;

Une vision pour le monde : novembre 2008 ;

Vœux : janvier 2010 ;

Les textes de ce blog peuvent être reproduits ou cités pour un usage personnel avec l’indica­tion : © Jacques Gruber « alleztheo », suivie de la mention du mois et de l’année de la parution.

Je répondrai aux commentaires à la mesure de mes moyens dans l’édition du mois suivant.

lundi 2 janvier 2012

janvier 2012: Un Jugement dernier bien actuel


pour encourager la théologie

Je me propose de publier ici, dix fois par an, un texte théologique ou spirituel, des compte-rendus critiques de lectures. Je suis de culture protestante, mais ma question con­cerne la façon dont le christianisme peut s’anticiper aujourd'hui. Pareille, perspective ne peut s’ac­com­moder d’une attitude purement confessionnelle ou dogmatique.

Je tire une inspiration indépassable de la source biblique et je m’adosse à la tradition chrétienne dont je suis solidaire. En même temps, je vis en tension l’incomplétude actuelle de la réalité et de la vérité (ce qui est différent du doute), avec les autres religions et cultures, la mo­dernité et la postmodernité.

Pour trouver ou retrouver un message, voir la Table alphabétique des matières ci-dessous, pour (re)trouver un sujet, consulter l’Index thématique (en préparation) placé après les archives de l’année 2006.

Du même auteur : « La Représentation de Dorothée Sölle, Revue d’histoire et de philosophie religieuse, Strasbourg, 66ème année, 1986, n° 2 et 3 ;

Entendre la Parole. Le témoignage intérieur du Saint Esprit, Paris, Édi­tions du Cerf, 2003,

« Vous serez mes témoins ». Pour un temps de confusion et de mutations, Paris, Éditions du Cerf, 2009.

autres blogs : cevenneproche.blogspot.com (dessins); alpestivale. blogspot.com (dessins) ; sartresansechec.blogspot.com (philosophie) ; vous-serez-témoins.blogspot.com (théologie) ; théologie-déconstruction.blogspot.com (théologie), biblentoutemps.blogspot.com (mé­ditations) ; tradition-ou-parole.blogspot.com (religions).

UN JUGEMENT DERNIER QUI EST TOUT ACTUEL (Matthieu 25, 31-46)

Il peut paraître incongru de commencer une nouvelle année avec le Jugement dernier et pourtant la sagesse ne consiste-t-elle pas à « bien savoir compter nos jours » Ps 90, 12).

Dans le Premier Testament, il est question d’un « Jour du Seigneur ». Un moment de rétribution eu égard aux réponses données, par Israël, à l’Alliance. Ce mo­ment se situe-t-il à la fin de l’histoire ou dans l’histoire ? Il il est difficile de se pronon­cer.

Les textes prophétiques (Amos, Abdias, Osée, Ésaïe, Jérémie, entre autre) font état de la réaction du Seigneur face à des infidélités toujours renaissantes de son peuple, jusqu’à parler d’un reste, un petit reste, qui, seul, sera sauvé, comme le roseau froissé, le lumignon qui fume encore (És. 42,3).

Finalement, le Seigneur en arrive à ne plus agir que « À cause de son Nom » (autrement dit : par grâce) : « Ce n’est pas à cause de vous que j’agis, maison d’Israël, mais bien à cause de mon saint Nom » (Ézéchiel 36, 20-24).

Dans le Nouveau Testament, sous l’effet des idées apocalyptiques sans doute, apparaît la notion d’un Jour de Jugement qui se situe au Dernier Jour, après la fin de l’Histoire : le Jugement dernier où « l’un sera pris, l’autre laissé » (Mt 24, 37-44).

Or, il se trouve que dans la vision du Jugement de Matthieu 25, cette conception est démy­tho­lo­gisée. En Jésus Christ le commencement et la fin ne sont plus situés aux extrémités d’une Création mythologique, mais se trouvent réunis au cœur et au centre de l’Histoire.

L’Apocalypse le dit en d’autres termes : Il est, ensemble, en même temps, l’Alpha et l’Ôméga, le Premier et le Dernier (Ap 1,8 ; 21,6 ; 22,13). Le iv ème Évangile s’en fait l’écho : « Celui qui écoute ma parole et croit en celui qui m’a envoyé a la vie éternelle, il ne vient pas en jugement, il est passé de la mort à la vie » (Jn 5, 24). Paul, évo­quant la relation historique qui relie Israël et l’Église écrit : « Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance afin de faire miséricorde à tous » (Rm 11, 12).

L’ouverture universelle chez Paul, le temps de la foi chez Jean, ne font rien perdre de leur densité à nos pensées et à nos actes. Nos actes et nos pensées ont des conséquences, conséquences proches ou éloignées, mais qui ont toutes le caractère d’avoir une portée « dernière ». Ainsi, par exemple, si nous avons ou non facilité, dans notre pays, l’installation d’un régime injuste et corrompu, ou si, par notre abstention, nous avons « laissé faire », nous sommes comptables de toutes les conséquences qui en s’en sont suivies.

Israël se sait jugé en fonction de la Tôrâh, mais Matthieu 25 nous parle d’un jugement « des nations ». Il ne s’agit ni du jugement d’Israël ni de celui de l’Église, mais du jugement des nations. Les nations, qui, hormis Israël, réunissent croyants de toutes religions et incroyants en tout genre sont jugées par rapport au Christ, à Jésus, présent en la personne de ceux auxquels il s’identifie (ceux qui ont faim et soif, qui sont étrangers nus, malades, en prison, comme lui-même l’a été). Nous sommes sur le plan humain, en dehors de toute religion,.

Jésus ne demande pas qu’on l’adore, mais que nous le confessions à travers notre atten­tion aux autres et sans doute aussi, en permettant à ceux qui agissent selon le Christ (non selon l’Homme, mais selon cet homme qu’a été Jésus) sans le savoir, d’en prendre conscience. Le jugement des nations se comprend en toute laïcité : il est difficile d’admettre que tout être humain doive être jugé au nom de « Dieu » ou d’un dieu ou d’une religion, en revanche tout être humain peut être jugé sur son comporte­ment à l’égard de son prochain.

Nous menons une vie cruelle pour tous ceux que la naissance n’a pas, de quelque manière, favorisés et la vie moderne, urbaine est cloisonnée et agitée. Pour se remettre en pré­sence du monde des « petites gens» (parlant de leur condition, non de leur esprit) qui sont les plus exposées à la faim, la soif, le rejet, le froid, la maladie, la prison, il faudrait que, de temps à autre, nous nous déplacions en autobus, métro ou RER dans certaines de nos banlieues.

L’autre problème de la vie moderne est qu’il est difficile, voire hors de portée, pour des personnes individuelles d’apporter une aide efficace à tous ceux qui en ont besoin. Le monde actuel exige que l’on s’organise pour les secours. Les municipalités , les Églises, les grandes organisations caritatives, les ONG, le font. En les rejoignant, nous pouvons entrer dans la vision de Matthieu 25, par authentique générosité, sans idée de mérite, sans même en être scient.

Les « danses macabres » que nous ont laissé les fresques du Moyen âge (voir La Chaise-Dieu) illustrent à leur manière la vision de Matthieu 25. Elles montrent des papes, des évêques, des rois et des princes, entraînés en Enfer alors que de simples tâ­che­rons, d’humbles mères de famille, sont ac­cueil­lis au Paradis. Le dernier Jour est celui de la plus grande surprise.

Aujour­d'hui, les protago­nistes de cette vision de la chrétienté médiévale ont changé : nous pouvons évoquer des agnostiques, des croyants d’autres reli­gions, qui sont accueillis par le Christ Jésus, alors que certains « chré­tiens » ne le sont pas. On com­prend l’étonne­ment (le mot n’est pas trop fort) des uns et des autres » : « Quand t’avons-nous vu affamé, assoiffé, étranger, nu, malade ou en prison et ne sommes-nous pas venus à ton secours ? ».

Ce qui a aussi changé, pensons-nous, est l’idée mythologique d’un Jugement dernier. Nous avons vu, plus haut, comment cette conception se trouve démythologi­sée dès lors que Jésus Christ transpose ce qui est Premier et Dernier au cœur et au centre de l’Histoire.

Nous pouvons ajouter qu’il existe un Jugement « avant-dernier » : le Jugement de l’Histoire, aux termes duquel certaines personnes, certaines catégories d’acteurs de l’histoire (criminels de guerre, criminels contre l’humanité, par exemple) sont voués à la détestation ainsi que ceux qui ont collaboré avec eux et ceux qui, par leur abstention, les ont laissé faire. La différence est qu’il s’agit d’un jugement humain, selon des critères qui, même s’ils sont humanistes et généreux, sont prononcés par des personnes (nous) qui, elles-mêmes ne sont pas « justes ». Le Tribunal international de La Haye montre combien difficile est une justice humaine qui se veut reconnue par un droit universel.

Dans l’optique d’un Jugement qui n’appartient qu’au Seigneur, nous nous garderons de faire nous-mêmes aucun tri (voir la parabole de l’ivraie dans Mt 13, 24-30 ; 36-43) et nous nous souviendrons du conseil de Calvin (pourtant partisan de la double prédestination des élus et des réprouvés) : « Regarder, dans la pratique, tout un chacun comme sauvé »[1].

Dans la vision de Matthieu 25 le Jugement est « dernier » non parce qu’il se situe à une fin mythique de l’Histoire et qu’il est prononcé par un Dieu qui siège dans l’Au-delà, mais parce qu’il se décide en fonction de Celui qui est Alpha et Ôméga, Premier et Dernier, du Juste qui a vécu au mi­lieu de nous, au cœur de l’Histoire, où il a eu faim et soif, il a été rejeté, il a été nu, malade et prisonnier ; ce Juste et ce Saint qui continue d’être présent (alors même que cela ne se produit pas de façon mani­feste) dans et par le rapport que sa parole établit entre sa personne et les affamés, assoif­fés, étrangers, nus, ma­lades, prison­niers de nos sociétés.

Pareille vision peut bien transformer la nouvelle année qui commence en une année « nouvelle » à partir du moment où ce qui est présenté dans l’Évangile comme une vision devient des réalisations à travers nos engagements.

Jacques Gruber

TABLE DES MESSAGES

AMOUR, décembre 2011

À quoi pensait Jésus entrant à Jérusalem (Rameaux) : avril 2007 ;

Apocalypse, le décor : janvier 2011 ; le langage : février 2011 ; le message : mars 2011 ; survol : avril 2011 ; Petite Apocalypse de poche : mai 2011 ;

Asia Bibi : juillet 2011

Berlin : septembre 2010 ;

Bouddha ou Jésus : mai 2010 ; bouddhisme : juin 2010 ;

Clément et Miséricordieux : février 2009 (Islam 1) ; Islam 2 : mars 2009 ;

Conduits par l’Esprit : mai 2009 ;

Confession de foi : novembre 2006 ;

Élection ou Plébiscite (élections présidentielles) : juillet 2007 ;

Esprit, qui es-tu, que fais-tu ? : février 2007 ;

Évangéliser : février 2008 ;

Islam, 1 : octobre 2010 ; Islam 2 : novembre 2010 : ;

Jean xv : avril 2009 ;

Jésus Fils : décembre 2008 ; Jésus homme : juin 2007 ;

Jugement dernier très actuel, janvier 2012

Juifs et chrétiens, la divergence du monothéisme (première et deuxième parties) : octobre-novembre 2007 ;

La feuille de route de Jésus (les Béatitudes) : janvier 2009 ,

La Grâce : juin 2008 (voir Le Don, janvier 2007) ;

La porte étroite : juillet 2010 ;

La voix du berger (Jn 10) juin 2011 ;

Le Chantier : mai 2008 ;

Le Don et l’Attente : janvier 2007 (voir La Grâce, juin 2008) ;

Les contemporains éloignés (Benoît xvi et moi) : février 2010 ;

Le Serpent : janvier 2008 ;

Les fourberies de Calvin : novembre 2009 ;

Les protestants, c’est le souk : mars 2007 ;

Malheurs : ?? 2010 ;

Messages pour les temps forts de l’année : octobre 2007 ;

Où en sommes-nous avec la vérité ? : mai 2007 ;

Pâques : avril 2007, avril 2008 ; avril 2010 ;

Pardonner : mars 2008 ;

Paroles d’Église(s) : septembre 2007 ;

Pour une rentrée : septembre 2009 ;

Prologues évangéliques : octobre 2008 ;

Retraites : décembre 2010 ;

Richesses : septembre 2008 ;

Rome et Cantorbery : juillet 2009 ; ?

Sécularisation : novembre 2011

Se souvenir et apprendre : mars 2010 ;

Suis-je création­niste ?: juillet 2008 ;

Témoignage : décembre 2006 ;

Terrorisme : octobre 2011 ;

Une vision pour le monde : novembre 2008 ;

Vœux : janvier 2010 ;

Les textes de ce blog peuvent être reproduits ou cités pour un usage personnel avec l’indica­tion : © Jacques Gruber « alleztheo », suivie de la mention du mois et de l’année de la parution.

Je répondrai aux commentaires à la mesure de mes moyens dans l’édition du mois suivant.



[1] Institution de la religion chrétienne,, III, xxiii, 14 où Calvin cite d’ailleurs Augustin, De correptione et gratia.

janvier 2012: UnJ ugement dernier bien actuel


pour encourager la théologie

Je me propose de publier ici, dix fois par an, un texte théologique ou spirituel, des compte-rendus critiques de lectures. Je suis de culture protestante, mais ma question con­cerne la façon dont le christianisme peut s’anticiper aujourd'hui. Pareille, perspective ne peut s’ac­com­moder d’une attitude purement confessionnelle ou dogmatique.

Je tire une inspiration indépassable de la source biblique et je m’adosse à la tradition chrétienne dont je suis solidaire. En même temps, je vis en tension l’incomplétude actuelle de la réalité et de la vérité (ce qui est différent du doute), avec les autres religions et cultures, la mo­dernité et la postmodernité.

Pour trouver ou retrouver un message, voir la Table alphabétique des matières ci-dessous, pour (re)trouver un sujet, consulter l’Index thématique (en préparation) placé après les archives de l’année 2006.

Du même auteur : « La Représentation de Dorothée Sölle, Revue d’histoire et de philosophie religieuse, Strasbourg, 66ème année, 1986, n° 2 et 3 ;

Entendre la Parole. Le témoignage intérieur du Saint Esprit, Paris, Édi­tions du Cerf, 2003,

« Vous serez mes témoins ». Pour un temps de confusion et de mutations, Paris, Éditions du Cerf, 2009.

autres blogs : cevenneproche.blogspot.com (dessins); alpestivale. blogspot.com (dessins) ; sartresansechec.blogspot.com (philosophie) ; vous-serez-témoins.blogspot.com (théologie) ; théologie-déconstruction.blogspot.com (théologie), biblentoutemps.blogspot.com (mé­ditations) ; tradition-ou-parole.blogspot.com (religions).

UN JUGEMENT DERNIER QUI EST TOUT ACTUEL (Matthieu 25, 31-46)

Il peut paraître incongru de commencer une nouvelle année avec le Jugement dernier et pourtant la sagesse ne consiste-t-elle pas à « bien savoir compter nos jours » Ps 90, 12).

Dans le Premier Testament, il est question d’un « Jour du Seigneur ». Un moment de rétribution eu égard aux réponses données, par Israël, à l’Alliance. Ce mo­ment se situe-t-il à la fin de l’histoire ou dans l’histoire ? Il il est difficile de se pronon­cer.

Les textes prophétiques (Amos, Abdias, Osée, Ésaïe, Jérémie, entre autre) font état de la réaction du Seigneur face à des infidélités toujours renaissantes de son peuple, jusqu’à parler d’un reste, un petit reste, qui, seul, sera sauvé, comme le roseau froissé, le lumignon qui fume encore (És. 42,3).

Finalement, le Seigneur en arrive à ne plus agir que « À cause de son Nom » (autrement dit : par grâce) : « Ce n’est pas à cause de vous que j’agis, maison d’Israël, mais bien à cause de mon saint Nom » (Ézéchiel 36, 20-24).

Dans le Nouveau Testament, sous l’effet des idées apocalyptiques sans doute, apparaît la notion d’un Jour de Jugement qui se situe au Dernier Jour, après la fin de l’Histoire : le Jugement dernier où « l’un sera pris, l’autre laissé » (Mt 24, 37-44).

Or, il se trouve que dans la vision du Jugement de Matthieu 25, cette conception est démy­tho­lo­gisée. En Jésus Christ le commencement et la fin ne sont plus situés aux extrémités d’une Création mythologique, mais se trouvent réunis au cœur et au centre de l’Histoire.

L’Apocalypse le dit en d’autres termes : Il est, ensemble, en même temps, l’Alpha et l’Ôméga, le Premier et le Dernier (Ap 1,8 ; 21,6 ; 22,13). Le iv ème Évangile s’en fait l’écho : « Celui qui écoute ma parole et croit en celui qui m’a envoyé a la vie éternelle, il ne vient pas en jugement, il est passé de la mort à la vie » (Jn 5, 24). Paul, évo­quant la relation historique qui relie Israël et l’Église écrit : « Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance afin de faire miséricorde à tous » (Rm 11, 12).

L’ouverture universelle chez Paul, le temps de la foi chez Jean, ne font rien perdre de leur densité à nos pensées et à nos actes. Nos actes et nos pensées ont des conséquences, conséquences proches ou éloignées, mais qui ont toutes le caractère d’avoir une portée « dernière ». Ainsi, par exemple, si nous avons ou non facilité, dans notre pays, l’installation d’un régime injuste et corrompu, ou si, par notre abstention, nous avons « laissé faire », nous sommes comptables de toutes les conséquences qui en s’en sont suivies.

Israël se sait jugé en fonction de la Tôrâh, mais Matthieu 25 nous parle d’un jugement « des nations ». Il ne s’agit ni du jugement d’Israël ni de celui de l’Église, mais du jugement des nations. Les nations, qui, hormis Israël, réunissent croyants de toutes religions et incroyants en tout genre sont jugées par rapport au Christ, à Jésus, présent en la personne de ceux auxquels il s’identifie (ceux qui ont faim et soif, qui sont étrangers nus, malades, en prison, comme lui-même l’a été). Nous sommes sur le plan humain, en dehors de toute religion,.

Jésus ne demande pas qu’on l’adore, mais que nous le confessions à travers notre atten­tion aux autres et sans doute aussi, en permettant à ceux qui agissent selon le Christ (non selon l’Homme, mais selon cet homme qu’a été Jésus) sans le savoir, d’en prendre conscience. Le jugement des nations se comprend en toute laïcité : il est difficile d’admettre que tout être humain doive être jugé au nom de « Dieu » ou d’un dieu ou d’une religion, en revanche tout être humain peut être jugé sur son comporte­ment à l’égard de son prochain.

Nous menons une vie cruelle pour tous ceux que la naissance n’a pas, de quelque manière, favorisés et la vie moderne, urbaine est cloisonnée et agitée. Pour se remettre en pré­sence du monde des « petites gens» (parlant de leur condition, non de leur esprit) qui sont les plus exposées à la faim, la soif, le rejet, le froid, la maladie, la prison, il faudrait que, de temps à autre, nous nous déplacions en autobus, métro ou RER dans certaines de nos banlieues.

L’autre problème de la vie moderne est qu’il est difficile, voire hors de portée, pour des personnes individuelles d’apporter une aide efficace à tous ceux qui en ont besoin. Le monde actuel exige que l’on s’organise pour les secours. Les municipalités , les Églises, les grandes organisations caritatives, les ONG, le font. En les rejoignant, nous pouvons entrer dans la vision de Matthieu 25, par authentique générosité, sans idée de mérite, sans même en être scient.

Les « danses macabres » que nous ont laissé les fresques du Moyen âge (voir La Chaise-Dieu) illustrent à leur manière la vision de Matthieu 25. Elles montrent des papes, des évêques, des rois et des princes, entraînés en Enfer alors que de simples tâ­che­rons, d’humbles mères de famille, sont ac­cueil­lis au Paradis. Le dernier Jour est celui de la plus grande surprise.

Aujour­d'hui, les protago­nistes de cette vision de la chrétienté médiévale ont changé : nous pouvons évoquer des agnostiques, des croyants d’autres reli­gions, qui sont accueillis par le Christ Jésus, alors que certains « chré­tiens » ne le sont pas. On com­prend l’étonne­ment (le mot n’est pas trop fort) des uns et des autres » : « Quand t’avons-nous vu affamé, assoiffé, étranger, nu, malade ou en prison et ne sommes-nous pas venus à ton secours ? ».

Ce qui a aussi changé, pensons-nous, est l’idée mythologique d’un Jugement dernier. Nous avons vu, plus haut, comment cette conception se trouve démythologi­sée dès lors que Jésus Christ transpose ce qui est Premier et Dernier au cœur et au centre de l’Histoire.

Nous pouvons ajouter qu’il existe un Jugement « avant-dernier » : le Jugement de l’Histoire, aux termes duquel certaines personnes, certaines catégories d’acteurs de l’histoire (criminels de guerre, criminels contre l’humanité, par exemple) sont voués à la détestation ainsi que ceux qui ont collaboré avec eux et ceux qui, par leur abstention, les ont laissé faire. La différence est qu’il s’agit d’un jugement humain, selon des critères qui, même s’ils sont humanistes et généreux, sont prononcés par des personnes (nous) qui, elles-mêmes ne sont pas « justes ». Le Tribunal international de La Haye montre combien difficile est une justice humaine qui se veut reconnue par un droit universel.

Dans l’optique d’un Jugement qui n’appartient qu’au Seigneur, nous nous garderons de faire nous-mêmes aucun tri (voir la parabole de l’ivraie dans Mt 13, 24-30 ; 36-43) et nous nous souviendrons du conseil de Calvin (pourtant partisan de la double prédestination des élus et des réprouvés) : « Regarder, dans la pratique, tout un chacun comme sauvé »[1].

Dans la vision de Matthieu 25 le Jugement est « dernier » non parce qu’il se situe à une fin mythique de l’Histoire et qu’il est prononcé par un Dieu qui siège dans l’Au-delà, mais parce qu’il se décide en fonction de Celui qui est Alpha et Ôméga, Premier et Dernier, du Juste qui a vécu au mi­lieu de nous, au cœur de l’Histoire, où il a eu faim et soif, il a été rejeté, il a été nu, malade et prisonnier ; ce Juste et ce Saint qui continue d’être présent (alors même que cela ne se produit pas de façon mani­feste) dans et par le rapport que sa parole établit entre sa personne et les affamés, assoif­fés, étrangers, nus, ma­lades, prison­niers de nos sociétés.

Pareille vision peut bien transformer la nouvelle année qui commence en une année « nouvelle » à partir du moment où ce qui est présenté dans l’Évangile comme une vision devient des réalisations à travers nos engagements.

Jacques Gruber

TABLE DES MESSAGES

AMOUR, décembre 2011

À quoi pensait Jésus entrant à Jérusalem (Rameaux) : avril 2007 ;

Apocalypse, le décor : janvier 2011 ; le langage : février 2011 ; le message : mars 2011 ; survol : avril 2011 ; Petite Apocalypse de poche : mai 2011 ;

Asia Bibi : juillet 2011

Berlin : septembre 2010 ;

Bouddha ou Jésus : mai 2010 ; bouddhisme : juin 2010 ;

Clément et Miséricordieux : février 2009 (Islam 1) ; Islam 2 : mars 2009 ;

Conduits par l’Esprit : mai 2009 ;

Confession de foi : novembre 2006 ;

Élection ou Plébiscite (élections présidentielles) : juillet 2007 ;

Esprit, qui es-tu, que fais-tu ? : février 2007 ;

Évangéliser : février 2008 ;

Islam, 1 : octobre 2010 ; Islam 2 : novembre 2010 : ;

Jean xv : avril 2009 ;

Jésus Fils : décembre 2008 ; Jésus homme : juin 2007 ;

Jugement dernier très actuel, janvier 2012

Juifs et chrétiens, la divergence du monothéisme (première et deuxième parties) : octobre-novembre 2007 ;

La feuille de route de Jésus (les Béatitudes) : janvier 2009 ,

La Grâce : juin 2008 (voir Le Don, janvier 2007) ;

La porte étroite : juillet 2010 ;

La voix du berger (Jn 10) juin 2011 ;

Le Chantier : mai 2008 ;

Le Don et l’Attente : janvier 2007 (voir La Grâce, juin 2008) ;

Les contemporains éloignés (Benoît xvi et moi) : février 2010 ;

Le Serpent : janvier 2008 ;

Les fourberies de Calvin : novembre 2009 ;

Les protestants, c’est le souk : mars 2007 ;

Malheurs : ?? 2010 ;

Messages pour les temps forts de l’année : octobre 2007 ;

Où en sommes-nous avec la vérité ? : mai 2007 ;

Pâques : avril 2007, avril 2008 ; avril 2010 ;

Pardonner : mars 2008 ;

Paroles d’Église(s) : septembre 2007 ;

Pour une rentrée : septembre 2009 ;

Prologues évangéliques : octobre 2008 ;

Retraites : décembre 2010 ;

Richesses : septembre 2008 ;

Rome et Cantorbery : juillet 2009 ; ?

Sécularisation : novembre 2011

Se souvenir et apprendre : mars 2010 ;

Suis-je création­niste ?: juillet 2008 ;

Témoignage : décembre 2006 ;

Terrorisme : octobre 2011 ;

Une vision pour le monde : novembre 2008 ;

Vœux : janvier 2010 ;

Les textes de ce blog peuvent être reproduits ou cités pour un usage personnel avec l’indica­tion : © Jacques Gruber « alleztheo », suivie de la mention du mois et de l’année de la parution.

Je répondrai aux commentaires à la mesure de mes moyens dans l’édition du mois suivant.



[1] Institution de la religion chrétienne,, III, xxiii, 14 où Calvin cite d’ailleurs Augustin, De correptione et gratia.