lundi 5 mars 2018

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JANVIER 2018


LETTRE  A  UN  AMI

1er  mars 2018

Cher Jean-Claude*,

j'ai lu les articles que tu as eu la gentillesse de me photo­co­pier et j'ai réfléchi au problème. Je te donnes ci-dessous le ré­sul­tat (provisoire, sans doute) de ma réflexion.

1 Tout ce qui sera possible, dans l'avenir, à la médecine, la physique, la chimie, l'économie à travers leurs applications techniques sera réalisé en son temps. Rien n'arrêtera cette marche.


2  Les gouvernements prendront po­si­tion,  avec un temps de re­tard, par des Éthiques hu­ma­nistes qu'il leur faudra constam­ment remettre à jour.
 C'est leur devoir, on peut appeler cela une éthique de responsabilité.


3 Nos Églises n'ont pas d'idéologie, elles ont un témoignage.

a) Aucun devenir humain sur la planète Terre n'a la vie en soi. Chacun a un point de vue sur le vérité.
Le fait que mathématiques, physique, médecine apportent périodiquement des ap­pli­ca­tions qui peu­vent améliorer notre existence ne doit pas cacher ces faits : nul n'a la vie en soi, chaque science (exacte, humaine, sociale, morale et religieuse) a un point de vue, son point de vue, sur la vérité.
 Notre témoignage est que la vie, la vérité se reçoivent, qu'elles se reçoivent d'un ailleurs qui a nom l'Évangile.
Médecine, physique, chimie, économie sont vouées à la marche en avant dans ­l'igno­rance du but final vers lequel elles vont ou même s'il y a un but final (comme un automo­bi­liste lancé sur une route dont il ne connaît pas l'aboutissement, dont il ne sait même pas si elle aboutit quelque part), mais médecins, physiciens, chimistes, économistes ne sont pas vou­és à la marche aveugle en avant, à tout moment, ils peuvent recevoir le sens que l'Évan­gile donne à leur existence et à leur travail.
C'est ce que l'on peut appeler une éthique de conviction.

b) Nos Églises n'ont pas d'idéologie, elles ont une théologie.
Les premières réflexions qui méritent le nom de théo-logies sont les questions sur Dieu que posent le Père, le Fils, le Saint Esprit, et la personne à la fois humaine et divine de Jésus. Les solutions spéculatives données dans les premiers siècles de l'Église qui utilisent des notions de substance et de nature ne peuvent plus nous satisfaire aujourd'hui. Ces dogmes n'en sont pas moins porteurs d'intuitions théologiques (la tri-unité du Seigneur, la fonction médiatique de Jésus) qui demandent à être reprises dans les termes d'aujourd'hui.
La Réformation a posé les Écritures bibliques comme base à toute réflexion théolo­gique chrétienne. Elle a ainsi mis désormais à la disposition de la théologie des notions et des concepts non spéculatifs, des concepts en devenir peut-on dire.
Au 18e siècle, en Allemagne, suite au philosophe Immanuel Kant, une distinction s'est établie entre Révélation et Religion. Pour de nombreux protestants, aujourd'hui encore, la théologie est une théologie ou une histoire de religions qui envisage ces dernières de l'extérieur. La révélation, de son côté, a versé dans  un fondamentalisme sectaire.
L'exégèse savante (historico-critique) de la Bible, qui s'est développée, prin­ci­pa­le­ment en Alle­magne, aux 18e, 19e et 20e siècles, a mis à mal l'autorité des Écritures et a déplacé cette autorité théologique et pastorale vers la Bible comme Parole (parole de Dieu, prédication, témoignage).
C'est à partir de cette Parole biblique, de cette prédication, que les chrétiens d'au­jourd'hui sont appelés à répondre aux défis que les sciences et les événements politiques posent à la foi évangélique. À formuler et défendre un témoignage, même s'il en coûte.
Au 19e siècle et début 20e, nos Églises se sont embourgeoisées, elles se sont ap­puyées sur des valeurs, surtout morales et sociales, considérées comme chrétiennes. Ce n'é­tait pas un fondement solide pour répondre aux changements qui se sont annoncés et déjà réalisés en partie, après Mai 68, tout a volé en éclat. Á l'heure qu'il est notre protestantisme français s'est, en une très large mesure, renouvelé avec des apports venus du catholicisme, de la laïcité, de certaines Églises évangéliques, de l'immigration.
Je ne peux pas, ici, entrer plus dans le détail : quel message pouvons-nous apporter sur telle ou telle avancée scientifique, sur telle ou telle actualité politique ?
Un exemple, la PMA : nous réjouir de ce qu'un tel pouvoir nous ait été donné ; avoir un sentiment d'action de grâce ou même formuler une telle prière lors de la naissance de l'enfant ; nous réunir afin que cet enfant ait toutes les chances matérielles et psychologiques pour la vie ; ne pas le couvrir de cadeaux, mais lui donner des occasions de rencontrer l'É­van­gile.

J'espère que ces jalons suffiront, dans un premier temps, à répondre à tes questions. En attendant d'en reparler, je te fais toutes mes amitiés


Jacques Gruber
* médecin cardiologue

mardi 2 janvier 2018

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JANVIER 2017
LES  GUERRES  DE  RELIGION, suite et fin
compte-rendu de la réunion du 8 janvier 2017
ANGLETERRE
Marie la Sanglante : Marie Tudor (1516-1558) fille de Catherine d'Aragon, première épouse de Henri 8 persécute les protestants.
C'est elle qui va devenir reine d'Espagne par son mariage avec Philippe 2 (en 1554). Ils armeront l'Invincible Armada (1588) destinée à un débarquement catholique espagnol en Angleterre pour mettre fin au règne d'Élizabeth. Ce sera un désastre maritime.
Élizabeth 1ère : persécutions de certains seigneurs catholiques présumés comploteurs avec les espagnols et que le pape avait déliés de leur serment d'allégeance à la Reine.
Les puritains qui finiront par émigrer en Amérique, ne sont pas persécutés, ils sont discriminés. C'est eux qui, embarqués sur la May-Flower (1620), vont fonder en Amérique du Nord un pays où personne ne sera plus discriminé ou persécuté pour ses opinions.
 Marie Stuart (1542-1587), cousine d'Élisabeth 1ère, épouse François 2 (1544-1560), et devient reine de France, à la mort de son époux, elle est reine d'Écosse. C'est là qu'elle épouse  un protestant, lord Darnley. Ils ont un enfant baptisé protestant (1514-1572), James-Jacques (1566-1625). Marie Stuart prend un amant : James Boswell (1535-1578) dont elle se sert pour assassiner Darnley. Elle est déchue du trône d'Écosse et s'enfuit en Angleterre auprès d'Élisa­beth 1ere. Son fils Jacques devient roi d'Écosse (Jacques 6). À la mort d'Élisabeth 1ère, qui est sans descendance, Jacques Stuart, étant protestant, peut être fait roi d'Angleterre (Jacques 1er d'Angleterre, il réunit les deux couronnes et les deux royaumes, ainsi que la couronne d'Irlande).
La Boyne, 1690, en Irlande, victoire de Guillaume 3 (d'Orange), roi d'Angleterre sur Jacques 2 ex-roi d'Angleterre déchu pour s'être converti au catholicisme.
PAYS-BAS
Les Provinces Unies se trouvent être sous la domination espagnole de Philippe 2. 1567-1573. Le gouvernement du duc d'Albe est marqué par une répression systématique des protestants. En 1568, la Hollande et la Zélande se révoltent sous la direction de Guillaume d'Orange (1533-1584). La révolte s'étend à des provinces belges (Brabant Hainaut, Flandre) et françaises (Artois). En 1576, l'armée espagnole est expulsée, les Pays-Bas libérés se veulent un pays de protestants tolérants (dans l'esprit de Pères Pèlerins anglais de 1620). Guillaume d'Orange le Taciturne nommé "stathouder" : gouverneur -pas roi-. en 1576, sera assassiné par les Espagnols en 1584. L'indépendance des Pays-Bas est reconnue aux traités de Westphalie, en 1648, mais ce n'est qu'en 1815, après des périodes mouvementées, que le royaume des Pays-Bas sera vraiment établi au Congrès de Vienne.
La famille des princes d'Orange qui n'a plus rien à faire en France (la principauté va servir de refuge aux huguenots jusqu'au moment où Louis 14 y enverra ses dragons) va jouer un rôle important dans l'Europe de l'époque. Ne pas confondre Guillaume d'Orange, le Taciturne, (1533-1584) et Guillaume 3, dit, aussi, Guillaume d'Orange, de la dynastie des Stuart, roi d'Angleterre d'Écosse et d'Irlande (1689-1702), également stathouder des Provinces unies de 1672 à 1702, défenseur du protestantisme qui inondera le plat pays pour noyer l'invasion française  de Louis 14.
C'est aux Pays-Bas que trouveront refuge Pierre Bayle (1647-1706), Pierre Jurieu (1637-1713), les parents de Spinoza (1632-1677), que Descartes publiera ses œuvres.
ALLEMAGNE
En Allemagne : Guerre de Trente ans : 1618-1648. Elle commence par la défénestration de Prague (1618, les protestants se rebellent contre les Habsbourg). Les nations protestantes (Danemark, Suède, États protestants allemands) ne font pas le poids d'une manière décisive contre l'Autriche et l'Espagne réunies. C'est une intervention française qui va décider de la fin d'une guerre qui s'éternise. Richelieu qui sévit en France contre les protes­tants va prendre la tête des puissances protestantes contre l'Autriche et l'Espagne. dans les­quelles il voit une menace pour la France. La bataille de Rocroi (1643) où  l'armée espagnole est défaite par le duc d'Enghien, futur Grand Condé, sonne la fin de la récréation pour l'Espagne. Les traités de Westphalie (1648) reviennent à la Paix d'Augsbourg de 1555: cujus regio ejus religio (chaque région a la religion à laquelle la grande majorité de la population adhère). C'est une guerre pour rien qui laisse l'Allemagne et les pays du Nord dévastés,
Les Traités de Westphalie (1648) confirment l'indépen­dance de la Suisse, la souver­ai­neté des Provinces Unies. La France reçoit les Trois Évêchés (Metz, Toul, Verdun) et une partie de l'Alsace.
Les guerres de religion occupent tout le 17ème siècle. Les traités de Westphalie dessinent l'Europe que nous connaissons : un pays protestant créé : les Provinces unies ; des pays catholiques confirmés : France, Espagne, (après la défaite de l'Invincible Armada, la dissolution de la Ligue, en France, la défaite de Rocroi, elle est la grande perdante des guerres de religions européennes) Italie, Autriche, Irlande (sous domination anglaise) ; des pays protestants confirmés : Angleterre et Écosse ; Danemark, Suède, Norvège ; deux pays fédérés partagés selon les Länder ou les cantons : Allemagne et Suisse. Un cas particulier, la France, pays au tiers protestant à la date de la Saint Barthélémy, voué à l'élimination du pro­tes­tan­tisme : le centralisme de la monarchie absolue sacralisée ne s'accommode pas de deux reli­gions, la papauté pense rééditer l'extermination des cathares.
La théologie au 17ème siècle.
En cette période de confrontations, les théologies sont des textes idéologiques : la scolastique thomiste du côté catholique, les scolastiques luthérienne (Matin Chemnitz, Johann Gerhard, Leonhard Hutter, Abraham Calov, Johann Quenstedt, David Hollaz) et réformée (Gisbert Voetius, la Formula consensus helvetica de 1675, due au genevois Turretin et au zurichois Heidegger), du côté protestant. Suite à la querelle arminienne* (1504-1619), le Synode de Dordrecht (1618-1619) fixe pour longtemps l'orthodoxie calviniste. Notons cependant des cas exceptionnels du côté réformé : la théologie des Alliances de Johannes Coccejus;  Moïse Amyrault, professeur à l'Académie protestante de Saumur, théoricien d'un Décret de salut universel "hypothétique" qui précèderait le choix restreint de la grâce. Du côté catholique, un ouvrage qui renoue, lui aussi, avec la théologie de la grâce et le sens calvinien de la prédes­ti­na­tion, dû à l'évêque néerlandais Jansenius (1585-1638) :  l'Au­gu­stinus publié après la mort de son auteur, en 1640 (dont Bossuet, 1627-1704, dira que c'est "Un calvinisme rebouilli"). Con­damné par la Bulle Unig­e­ni­tus (Clément 11, en 1713). C'est l'origine du jansénisme, un catholicisme qui rompt avec la Contre-Réforme et va rallier cer­tains des plus grands esprits de l'époque (Blaise Pascal, 1623-1662, par exemple).
*Jakob Arminius (1560-1609), théologien néerlandais qui réinterprétait la prédesti­na­tion, dans un sens moins strict que les calvinistes purs.
Cette époque voit aussi les premiers pas de l'exégèse biblique et de l'histoire critique de l'Église. Du côté de l'exégèse, on doit citer les hébraïsants Johann Buxdorf père et fils (Bale), Louis Cappel, (1595-1658, protestant), Hugo Grotius (1583-1645, protestant arminien), fondateur du droit in­ter­national, exégète avec son De veritate religionis chris­tia­nae), Baruch Spinoza (Trac­ta­tus theologico-politicus, 1670, juif), Richard Simon (1638-1712, catholique), le plus souvent dans un esprit polémique. Du côté de l'histoire de l'Église : David Blondel, Isaac Casaubon, Joseph Scaliger, Gerhard Voss.

Jacques Gruber

FÉVRIER  2017
pas de réunion

MARS 2017
L'EUROPE  DES  LUMIÉRES
            Je n'oublie pas que notre sujet est l'histoire de l'Église ou des Églises, mais les Lu­mières sont un événement européen qui nous concerne encore aujourd'hui, quoique, pour ma part, je m'interroge sur leur état après les trois guerres européennes de 70, 14-18 et 39-45, mais nous verrons plus tard.

PRÉPARATION
            Les Lumières ne sont pas venues toutes seules, elles sont l'aboutissement de plusieurs siècles d'évolution, mais elles vont se caractériser par l'apport d'un esprit nouveau.
            En 1275, Marco Polo, navigateur portugais, longe les côtes occidentales de l'Afrique et double le rivage sud de ce continent, appelé, dès lors, Cap de Bonne Espérance. Il parvient jusqu'en Chine et la visite en partie, puis retourne par le même chemin à son port d'attache.
            Christophe Colomb, Génois armé par l'Espagne, atteint les côtes du continent qui sera nommé Amérique, en 1492.
            En 1520, Fernand de Magellan double le Sud de la Patagonie, par une mer déchaînée, au milieu d'ilots et de récifs, frayant ce qui sera désormais le Détroit de Magellan. Ensuite, il continue toujours vers l'Ouest et retrouve son point de départ. Il prouve ainsi que la terre est bien ronde. Ce qu'Ératosthène avait démontré théoriquement, au deuxième siècle avant notre ère, par un in­gé­nieux jeu de piquets de même taille, plantés à la même hauteur et à des dis­tances égales. Il en avait ensuite déduit sans grande erreur la circonférence de notre planète.
                Nicolas Copernic (Au sujet des révolutions des sphères célestes, 1543), astronome polonais, met fin à l'image du monde qui avait cours jusque là : le système de Ptolémée qui voyait une terre plate. À l'idée reçue que le soleil tourne autour de la terre, il établit que c'est notre terre qui tourne autour du soleil en 365 jours.
            Ambroise Paré, père de la chirurgie moderne échappe à la Saint Barthélémy (1572) grâce au fait qu'il est le médecin du roi Charles 9, qui ne fera pas d'obstacle à ce massacre.
            L'italien Galileo Galilei, construit une lunette astronomique assez puissante pour voir les reliefs de  la lune et le satellites de Jupiter (1609), il démontre que la terre tourne sur elle-même en vingt-quatre heures, ce qui lui vaut un interrogatoire de l'Inquisition en 1633. Il se rétracte du bout des lèvres. Sa réhabilitation interviendra … en 1992.
            Johannes Kepler, après des études de théologie en vue de devenir pasteur, décide de se consacrer aux travaux scientifiques qu'il a menés en parallèle. Il établit les équations qui gou­vern­ent les mouvements des planètes (1609). Ses lois sont encore utilisées aujourd'hui par les cos­monautes.
            Le Français Théophraste Renaudot crée le premier journal, la Gazette, en 1631.  
            Christian Huygens, (1629-1695),  néerlandais de naissance, fait faire des progrès aux mathématiques (calcul des probabilités), découvre l'anneau de Saturne et la planète Titan, conçoit la théorie du pendule, résout, en physique, le problème du choc des corps (dont s'était également occupé la philosophe français Malebranche, De la Recherche de la vérité, 1674-1675) explique le réflexion et la réfraction de la lumière en mettant en œuvre non plus l'idée de pixels, mais la notion d'ondes.
            Les européens découvrent des terres nouvelles, de gens différents, des animaux incon­nus, retrouvent des textes anciens, leur conception du monde est bouleversée/, la démarche scientifique leur fait découvrir des pos­sibilités insoupçonnées. La Renaissance italienne autant que rhénane joue un rôle principal dans l'évolution des esprits vers  l'humanisme et les Lu­mières. La Réformation contribue également à l'ouverture des esprits et de la société parce qu'elle ne touche pas que les érudits, les artistes, les philosophes et les savants.

TOLÉRANCE
            L'Habeas corpus de 1679, puis Le Tolerance Act  de Guillaume 3 d'Orange, 1688-1689, en Grande Bretagne ouvrent des temps nouveaux.
            Les Pays-Bas, dont la liberté sera reconnue par les Traités de Westphalie, en1648, se veulent un pays protestant tolérant, par le fait il accueilleront nombre d'esprit épris de liberté et de réfugiés huguenots.
            Les Pères Pèlerins de la May Flower (1620), puritains souffrant d'oppression en Grande Bretagne,  veulent créer sur une terre nouvelle un État où personne ne sera inquiété pour ses opinions.
            En 1689, John Locke (voir plus bas à l'empirisme) publie ses Lettres sur la tolérance.
            1727, les Quakers se déclarent contre l'esclavage.
            1751, l'État de Pennsylvanie abolit l'esclavage.       
            L'ouvrage de   Gotthold Ephraïm Lessing, Nathan le Sage, 1779, peut se lire comme un témoignage que judaïsme, christianisme et islam sont des religions sœurs  et, plus large­ment, que toutes les cultures humaines doivent pouvoir vivre ensemble de manière fraternelle (multiculturalisme).
             En 1787, le tout nouveau prince de Beauvau obtient de Louis 16 un Édit de tolérance pour les protestants (il y en avait donc encore), ceux-ci obtiendront l'état civil en 1789.
          La Convention de 1789, à Paris, avait stipulé la "tolérance religieuse" dans le projet de Constitution pour la France, le pasteur Rabaut-Saint-Étienne, obtient que l'on rectifie et inscrive la "liberté" religieuse, ce qui est toujours encore inscrit..
            Le Saint-Siège et des pays tels que l'Espagne ou l'Autriche, continuent la guerre par d'autres moyens, ceux de la politique.

LA RAISON  REMPLACE  LA  RÉVÉLATION
            Le Rationalisme : René Descartes, philosophe français établi à La Haye, aux Pays Bas, avant d'être appelé à Stockholm par la reine Christine de Suède, montre la voie pour une pensée rationnelle : alors que l'on pensait expliquer les choses par une vertu -un dynamisme-propre qui n'était qu'un mot (le feu était expliqué par "une vertu phlogistique"), Descartes n'accepte que des idée claires et distinctes ; ne veut prendre appui que sur la certitude de soi (le cogito : ‟Je pense donc je suis”) ; ordonner ses pensées ; savoir traiter  les difficultés du raisonnement (Discours de la Méthode, 1637). Ensuite, particulièrement dans ses Médi­ta­tions métaphysiques, 1641, il donnera une preuve de l'existence de Dieu par l'idée de Parfait (Nous avons une idée claire et distincte de ce qui est parfait, or nous ne rencontrons rien de parfait dans la nature, dans la société, en nous-mêmes, il faut donc qu'il existe un être parfait quelque part et ce ne peut être que Dieu) et développera une morale de la générosité.
            Baruch Spinoza, est né dans une famille de marranes portugais qui a fui aux Pays-Bas la discrimination dont ils étaient l'objet chez eux ; il est chassé de la synagogue à vingt-trois ans pour des motifs non élucidés aujourd'hui encore et s'établit à Rotterdam comme tailleur et polisseur de lentilles de verres d'optique. Dans son œuvre  majeure, l'Éthique (publication posthume en 1677), il pose comme fondement, non le cogito, mais que Dieu et la Nature sont comme les deux faces d'une même médaille et il expose, sur le mode d'un traité de géométrie, comment chaque être peut atteindre sa spécificité et l'être humain parvenir à la Joie, la joie de la connaissance intellec­tuelle. Ce qui explique peut-être, que les intellectuels, parfois, mar­que­ront une préférence pour Spinoza. Nous retrouverons Spinoza dans le paragraphe relatif aux idées politiques.
            Le spiritualisme : Blaise Pascal (adepte du jansénisme qui, dans le catholicisme du 17ème siècle, fait retour à la  lecture personnelle de la Bible) fait montre d'un esprit hau­te­ment scientifique au cours des expérimentations qu'il mène au Puy-de-Dôme (voir plus loin au paragraphe sur la science), mais, dans ses Pensées (publication posthume, en 1670), il oppose fermement le ‟Dieu d'Abraham, Isaac et Jacob, le Dieu vivant” au ‟Dieu des philoso­phes” (celui de Descartes, de Spinoza, de Leibniz) avec lequel nous n'avons pas de relation pers­on­nelle.
            L'encyclopédisme : Pic de la Mirandole (1443-1494) grand nom de la Renaissance ita­lienne a laissé le souvenir d'un esprit encyclopédique. Voltaire, avec son ironie disait à son endroit : ‟Il savait tout et plusieurs autres choses encore”. Pierre Bayle, natif du Carla, en Ardèche, réfugié huguenot aux Pays-Bas, est le premier à publier un monumental Diction­naire historique et critique (1696-1697). La Cyclopaedia d'Ephraïm Chambers (1728) donne à Diderot l'idée d'une Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers (1751-1772) qui, avec ses planches est,  à la fois, une réussite scientifique et éditoriale. Les meilleurs esprits et spécialistes de l'époque y ont contribué.
            L'optimisme : Pour Gottfried Wilhelm Leibniz, diplomate, mathématicien, philosophe, esprit œcuménique avant l'heure, Dieu est comme un superordinateur qui garantit une harmo­nie universelle préé­ta­blie (Essai de Théodicée, 1710, Monadologie, 1714). Sa formule du ‟Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles” a été moquée par Voltaire dans son Candide ou de l'optimisme (1759), mais Voltaire omet le dernier mot, Leibniz parle d'un monde "possible".
            L'empirisme : Pour John Locke (que nous avons déjà rencontré à propos de la tolérance et que nous retrouverons aux idées politiques), toutes nos connaissances proviennent de l'expérience, nous ne pouvons pas atteindre aux essences et ne pouvons pas même savoir si de telles essences existent (Essai sur l'entendement humain, 1690). Il pense la relation entre raison et révélation (Que la religion chrétienne est très raisonnable,1695) et se consacre, dans ses dernières années à l'étude des épîtres de Paul.
            Le scepticisme : Adepte de l'empirisme, l'écossais David Hume fait la remarque que notre appréhension de l'expérience n'est jamais entièrement objective, de la subjectivité s'y mêle, d'où un certain scepticisme (Enquête sur l'entendement humain, 1748).
            Le déisme : On regroupe sous cette bannière les esprits, tels Voltaire, Diderot, les francs-maçons de l'époque, qui, à la suite de leurs réflexions personnelles sur le monde, croient en un Grand Esprit, créateur et conservateur, sans relation personnelle avec lui. C'est une élaboration du Dieu des philosophes.
            Le préromantisme : Jean-Jacques Rousseau (citoyen de la République de Genève, écrivain français) réagit au déisme, comme Pascal l'avait fait au Dieu des philosophes. Le sentiment garde tous ses droits à côté de la raison ; paroles provenant d'une conviction personnelle intérieure, notre conscience est un ‟instinct divin” ("Profession de foi d'un vicaire savoyard" dans Émile ou de l'éducation, 1762) ; nous pouvons surmonter notre destinée par la vertu (M. Wolmar dans Julie ou la Nouvelle Héloïse, 1761, écho de Richardson: Pamela ou La Vertu récompensée de 1740, mais ces héroïnes et héros de la vertu trouveront un contradicteur avec Justine ou les malheurs de la vertu, 1791, de Sade).; la nature trouve une place qu'elle n'avait jamais eue dans le littérature française (nouvelle sensibilité qui s'exprimera avec le "parc anglais").
            L'idéalisme : inauguré par Immanuel Kant (qui passa toute sa vie à Koenigsberg, ville prussienne devenue Kaliningrad après l'annexion par la Russie soviétique en 1945), il se poursuivra avec les postkantiens et des philosophes tels que Johann Gottlieb Fichte, Friedrich Hegel et ses nombreux disciples. Idéaliste, Kant l'est dans les deux domaines de l'épistémo­lo­gie et de la éthique : les conditions de possibilité de la vérité existent, mais elles sont exi­geantes (Critique de la raison pure, 1781) et l' "impératif moral" se trouve inscrit dans le cœur de tout être humain (Fondement de la métaphysique des mœurs, 1785)*. La liberté est toujours une liberté responsable (laïcisation de 2 Co 5,13, thème repris par Paul Ricoeur). Il est déiste si l'on veut car il ne parle plus de christianisme, mais de la "Religion", il laisse à penser qu'il faudrait inventer Dieu s'il n'existait pas (l' als ob dans la Critique du jugement, 1790).
* C'est l'Homme naturellement bon de Jean-Jacques Rousseau, la négation du péché originel héréditaire.

            Le naturalisme : pour Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832), il ne s'agit plus de suivre notre nature, mais la Nature (un Spinoza athée, une absolutisation de l'un des thèmes de Rousseau). Comme le dernier Rousseau, il s'intéresse à la botanique (La Métamorphose des plantes, 1790), avant Eugène Chevreul (1786-1889), il fait une théorie des couleurs (La Théorie des couleurs, 1810). Il est le père de routes les naturopathies.

UNE  EXPLOSION  DE TALENTS  LITTÉRAIRES  ET  ARTISTIQUES
            1700 Defoe, Robinson Crusoe ; 1709, Berkeley, Principes de la connaissance humaine; 1715, Vivaldi, Concerti ; 1717, Couperin, Art du clavecin ; 1717, Watteau, L'embarquement pour Cythère ; 1722, Corelli, Concerti grosssi ; 1723, J-S Bach, maître de chapelle de l'Église saint Thomas de Leipzig;  1725 Vico, Principes de la philosophie de l'histoire ; 1726 Swift, Voyages de Gulliver ; 1728 Chardin, La Raie ouverte ; 1733, Pergolèse, La Servante maîtresse ; 1733 Nattier, Le Bain ; 1735, Lancret , Déjeuner de jambon ;1735 Rameau, Les Indes Galantes ; 1738, Boucher, Le Déjeuner ; 1740, Richardson, Pamela, La Vertu récompensée ; 1741, La Tour, Le Président de  Rieux ; 1741, Le Messie de Haendel ; 1743, Swedenborg, début de ses visions ;  1745, Hogarth, Mariage à la mode ; 1747, La Mettrie, L'Homme-machine ; 1748-1750, Gainsborough, Portrait de Robert Andrews et de sa femme ; 1749, Swedenborg, Les Arcanes célestes ; 1753, Oudry, Le Cygne blanc ; 1753, Goldoni, La Locandiera ; 1754, Condillac, Traité des sensations ; 1755, Greuze, Le Père de famille ; 1756-1788, Gibbon, Histoire de la déchéance et de la chute de l'empire romain ; 1758, Helvetius, De l'Esprit ; 1759 Voltaire, Candide ; 1760, Reynolds, Portrait de  Miss Nelly O'Brien ; 1762 , Gluck, Orphée et Eurydice ; 1766, Goldsmith, Le Vicaire de Wakefield ; 1766, Fragonard, La Balançoire; 1770, d'Holbach, Système de la nature; 1773, Diderot, Jacques le Fataliste; 1774, Goethe, Werther ; 1775, Abbé Prévost, Manon Lescaut ; 1775, Spencer, Les Vrais droits de l'homme ; 1775, Beaumarchais, Le Barbier de Séville ; 1778, Goya, Marchand de porcelaine ; 1780, Lessing, Nathan le Sage ; 1782, Schiller, Les Brigands ; 1782, Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses ; 1784,Rivarol, Discours sur l'universalité de la langue française ; 1789, David, Le Serment du Jeu de paume ; 1791, Chateaubriand, Voyage en Amérique; 1791 (publié en 1827) ; Sade, Justine ou les malheurs de la vertu ; 1791, Mozart, La Flûte enchantée ; 1792, Rouget de l'Isle, La Marseillaise ; 1793, Condorcet, Les Progrès de l'esprit humain ; 1794, Fichte, Fondement de la science ; 1797 Cherubini, Médée ; 1797-1799, Hölderling, Hyperion ; 1798, Coleridge et Wordsworth, Ballades lyriques ; 1798, Haydn, La Création ; 1799, Beethoven, Sonate pathétique ; 1806, Hegel, La Phénoménologie de l'Esprit.
            Le  français est alors la langue des sociétés cultivées de l'Europe entière, (Leibniz rédige directement ses œuvres philosophiques dans un excellent français) Russie comprise. L'Eu­rope des Lu­mières est une civilisation qui se confond avec la culture, lorsque les pays occidentaux adopteront une civilisation multiculturaliste (à partir du milieu du 20ème siècle), on ne pourra plus parler d'Europe ou d'Occident des Lumières.

POLITIQUE
            Spinoza : il étudie le Premier Testament et y relève les versets politiques, il défend la thèse que le théologique et le politique ne doivent plus être confondus, qu'il faut séparer religion et politique (Traité théologico-politique, 1670).
            Locke fait la théorie de la monarchie constitutionnelle (Lettres sur la tolérance 1689)
            Montesquieu : dans un État bien conçu, il faut que l'exécutif, le législatif et le judiciaire soient séparés (De l'Esprit des lois, 1748).
            Rousseau : l'homme est naturellement bon, la société le pervertit, il faut changer la société pour que l'homme retrouve sa vraie nature, cette nouvelle société sera basée sur un "contrat social" où "chacun aliène tous ses biens au profit de l'ensemble" (Du Contrat social, 1762). C'est une conception communiste avant l'heure. Aliéner ses biens pour se désaliéner, ce sera la pensée du premier Marx (avant qu'il développe la dialectique de l'histoire dans le Capital, 1867 et années suivantes). La conception courante du contrat social que nous avons aujourd'hui (un accord entre gouvernants et gouvernés), remonte à Locke.
            Hobbes : ‟LÉtat est un monstre froid” (Léviathan, 1651).
            La Franc-maçonnerie, conventicules d'esprits libres théorisant sur tous les sujets de philosophie, de société, de politique, pouvant constituer des lobbies. Née au 17ème siècle en Grande-Bretagne, elle se déve­loppe en France au 18ème.

ÉCONOMIE
            C'est au 18ème siècle que naît la science de l'économie politique proprement dite avec Adam Smith, économiste écossais (Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776). Il prône l'économie capitalistique de marché comme la plus naturelle, sans se cacher les dangers qu'elle recèle, mais, rejoignant involontairement l'harmonie universelle de Leibniz, il pense qu'une "Main invisible" compense les déséquilibres (les injustices).
         En 1768, Louis 15 nomme un protestant (René Nicolas de Maupeou, 1714-1792) au poste de chancelier, mais ses réformes indispensables à la France, seront repoussées. En 1777, Louis 16 fera appel à Jacques Necker protestant suisse, banquier à Paris. Remercié et rappelé à plusieurs reprises Necker ne pourra pas sauver le pays, après le 14 juillet 1789, ce sera trop tard.

LA SCIENCE ET SES APPLICATIONS
            Jan Swammerdam, entomologiste néerlandais (1637-1680), entreprend les premières études à l'aide du microscope.
            Newton établit la gravitation universelle (1687).                 
            Leibniz, après des essais de Newton, invente le calcul différentiel et intégral (1676).
            Famille Bernoulli, protestants d'Anvers (Pays-Bas espagnols) réfugiés  à Bâle à la fin du 16ème siècle : Jacques 1er (1654-1705), complète le calcul différentiel et intégral de Leibniz, il est au point de départ du calcul des probabilités ; son frère Jean 1er (1667-1748), poursuit les travaux mathéma­tiques de Leibniz ; Daniel, second fils de Jean (1700-1782), physicien, établit un théorème fondamental de l'hydrodynamique, il est aussi connu pour ses travaux en mécanique.
            Fermat (1601-1665) met au point le calcul des probabilités.
            Huygens (1629-1695) améliore divers instruments d'optique, découvre l'Anneau de Saturne et la planète Titan.
            Pascal invente la première machine à calculer, expérimente l'existence de la pression atmosphérique (Expériences du Puy-de-Dôme, 1648).
            Descartes crée la géométrie analytique (Géométrie, 1637).
            Les frères Montgolfier inventent l'aéronef (Annonay, 1783).
            Linné, botaniste suédois (1707-1778), établit le nomenclature scientifique des plantes.
            Les nom de Newcomen, Watt, Cugnot, sont associés à ce qui sera la première révolu­tion industrielle (au 19ème siècle) : la vapeur. Jusqu'ici, nous ne disposions que de notre éner­gie musculaire ou de celle des animaux, de celle du vent ou de l'eau (qui faisaient tourner des moulins), Newcomen construit la première machine à vapeur complète (1712), Watt la perfec­tionne pour une utilisation industrielle, (le condenseur1769, les forces agissant sur le piston 1780), Cugnot réalise le premier véhicule automoteur à va­peur.
            Fahrenheit (allemand,1686-1736), Réaumur (français, thermomètre à alcool, vers 1730), Celsius (suédois, échelle thermométrique centésimale 1742) ont attaché leurs nom au thermomètre.
            Lavoisier (1743-1794) est l'un des créateurs de la chimie moderne (guillotiné parce qu'il avait été fermier général sous l'Ancien Régime:  ‟La révolution n'a pas besoin de chi­mistes”).
            On constate dans cette liste quelques noms de français, mais surtout des anglais (ou écossais), des allemands, des nordiques, des suisses, des habitants des Pays-Bas.

DES  OMBRES  À  CÔTÉ  DES  LUMIÈRES
            Les Lumières ne touchent que la société des personnes cultivées. Pour Descartes, les animaux sont des machines, pour La Mettrie, l'être humain aussi (L'Homme-machine, 1748). Le 18ème siècle sera, par excellence, celui de la traite négrière, (sur fond de rapts d'être humains par les des tribus arabes), celui d'un sexisme rémanent (Rousseau ne donne pas le droit de vote aux femmes), celui de la Révocation de l'Édit de Nantes (1685), celui du soulèvement des protestants cévenols (1700-1702), de l'affaire Calas (1762-1765), de la Terreur des années 1793-1794. Rousseau lui-même a, dans son Con­trat social de 1762, une phrase révélatrice : ‟La volonté générale ne peut errer, mais il ne s'ensuit pas que les délibération du peuple aient toujours la même rectitude” Livre 2, §§ 2 et 3).

            Ainsi, les Églises se trouvent-elles dans une civilisation nouvelle où la culture a pris la place de la religion, univers nouveau, étranger aux théolo­gies. Le mois prochain, nous verrons comment elles ont réagi.


AVRIL  2017
LES ÉGLISES  AUX  17ème ET 18ème SIÈCLES
LE  MONDE  ORTHODOXE
            Faut-il parler de l'Église orthodoxe ou des Églises orthodoxes ?     Ce débat trouve au­tant de partisans pour l'une ou l'autre alternative. Je n'ai pas de raison de trancher, je me contenterai de parler du "monde orthodoxe" (comme d'ailleurs aussi du monde catholique et du monde protestant).
            Jusqu'à aujourd'hui, les Églises d'Europe orientale, de Russie, du Proche Orient et l'Orient en général, n'ont été touchés ni par la Réformation ni par les Lumières.
            En 1589, le Patriarcat de Moscou estime être le successeur du Patriarcat de Constan­ti­nople, depuis que celui-ci a été réduit à la portion congrue par la domination turque. L'Église russe a une forte conscience de son identité et de sa force, elle se sépare officielle­ment du patriarcat orthodoxe grec qui a la prééminence sur tous les autres patriarcats .
            Nikon, patriarche de Moscou de 1652 à 1658 (décédé en 1681) réalise deux réformes de première importance si l'on sait que, dans la religion orthodoxe russe, la Liturgie est sacra­men­talisée : il unifie les liturgies et la traduit en langue vulgaire (elles étaient en vieux-slavon). Tombé en disgrâce auprès du Tsar, Nikon sera banni (concile de Moscou, 1667).
            Pierre le Grand (1672-1725),  poursuit une politique d'européanisation de la religion, obli­geant, par exemple, les popes à se raser la barbe.
            Ces réformes et tentatives de réforme provoquent la réaction populaire des Vieux croyants (Starowerzy) qui, bien que persécutés, existeront jusqu'en 1874.
            Après la mort du patriarche Adrien, en 1702, Pierre le Grand laisse le siège patriarcal vide et institue le Saint-Synode (1721), collège d'évêques qui dirige l'Église au nom du Tsar (lequel en est le Procureur suprême).
            En 1719, Pierre le Grand chasse de Russie les jésuites, accusés de noyautage en faveur du Saint-Siège.
            Cyrille Lukaris (1572-1638) formé à l'université européenne, proche du calvinisme, ennemi des jésuites, devenu Patriarche d'Alexandrie puis de Constantinople, avait projeté une confession de foi commune avec les calvinistes, il sera étranglé et noyé sur ordre du sultan travaillé par les jésuites.
            En 1672, un synode, réuni à Jérusalem par le patriarche Dosithée, sera, jusqu'ici, le dernier général de l'Église orthodoxe. Le calvinisme y est déclaré hérésie.
            Nestoriens, Arméniens, Jacobites, Coptes, Église abyssine, Chrétiens de Thomas aux Indes, restent en dehors de toute évolution.
LE  MONDE  CATHOLIQUE
           L'autorité du Saint-Siège est renforcée, certains ordres sont réformés*, d'autres sont créés**, de nombreux saints et saintes sont canonisé-es (le 17ème siècle est dit "siècle des saints")***, le culte (de latrie) de Marie****, du Saint-Sacrement (adoration perpétuelle de l'hostie) ainsi que celui (de dulie) des saints, et des reliques se développe, le culte du Sacré cœur de Jésus est créé (Marguerite-Marie Alacoque, 1647-1690)*****, la piété se renforce dans le sens de la super­sti­tion, du sacramentalisme, de la croyance aux miracles, l'art prolixe de la Contre-Réforme, exporté en Amérique latine par les jésuites, connaît une grande fortune. Le sacrement de la confession occupe une place importance et joue le rôle de contrôle social. La présentation de Jésus comme le Juge dernier (Chapelle Sixtine, Hospices de Beaune, par exemple), contribue à l'institution d'une ‟religion de la peur”, selon la formule de Jean Delumeau.
* On connaît les plus célèbres : celle des trappistes, avec Armand de Rancé (1626-1700 ; celle des Carmélites, par Thérèse d'Avila (1515-1582) et Jean de la Croix (1542-1591), les deux grands mystiques christiques du 16ème siècle catholique ;  les Cisterciens (avec les Feuillants de Toulouse), les Bénédictins avec les Mauristes.
** Citons les Théatins, Barnabites, Jésuites (1540), Capucins, Frères de la miséricorde, Ursulines, Visitandines, Oratoriens (Philippe de Neri 1574, Pierre de Bérulle 1611), Lazaristes (prêtres de la Mission de Vincent de Paul, 1624), les Petites sœurs des pauvres (Vincent de Paul, 1668), les Montfortains (Grignon de Montfort).
*** Par exemple : Népomucène, François de Sales et Jeanne-Françoise de Chantal, Thérèse d'Avila et Jean de la Croix, Charles Borromée, Vincent de Paul, Ignace de Loyola, François Xavier, Philippe Neri.
****Déclarée "Mère de Dieu" (theotokos) au concile d'Éphèse en 431, contre l'idée du patriarche Nestor qui préférait le titre de "Mère du Christ" (christotokos).
*****Les jésuites militaient pour un culte du Sacré Cœur de Marie.
  Sur le plan de la théologie, Thomas d'Aquin (1225-1274), dominicain, ca­no­nisé le 18 juillet 1323,  pro­clamé Docteur de l'Égli­se par Pie 5, le 11 avril 1567, qui sera fait "docteur commun" à la fin du XIXe siècle, après le concile de Vatican 1, par Léon 13 (1878-1903)*, dont le pape Pie 11 (1857-1939) fera le guide des études théo­lo­gi­ques et phi­lo­sophiques dans les sémi­naires est encore, à l'époque qui nous intéresse, controversé par les scotistes (Duns Scot, 1266-1308) ou par les Franciscains, mais, désormais, s'y ajoutent les jésuites dont le champion est Robert Bellarmin (1542-1621), par ailleurs polémiste anti-protestant (qui nous dit que la Bible est une autorité sinon la Tradition) et partisan déclaré d'une infaillibilité papale.
*Le même Léon 13 précisait qu'il ne faut interpréter Thomas d'Aquin que dans le sens donné au 16ème siècle à son œuvre (la Somme théologique) par le cardinal Cajetan (Jacques de Vio, 1469-1534), controversiste romain attitré de Luther. Paul 6 et Jean-Paul 2 confirmeront ces recommandations, leur donnant force de loi.
            Les jésuites se distinguent, à cette époque, par une réflexion d'ordre moral : la casuistique théorisée par Luis Molina (1535-1601), la direction de conscience, la restriction mentale que Blaise Pascal attaquera dans ses Lettres d'un provincial (1656-1657). Les jésuites remettront à l'ordre du jour le probabilisme, la réserve mentale, les directeurs de conscience.
            On retrouve ici la grande controverse du monde chrétien , celle de la grâce ou du libre arbitre*. Ce dernier est, en particulier, nié par les jansénistes et les quiétistes (qui, sur ce cha­pitre, rejoignent Luther et Calvin, avant Freud).
            *Dans le salut, nous avons une part active (Pélage) que combattait Augustin partisan de la toute puissance de la grâce (dans des livres longtemps mis à l'Index) ;
                dans le salut, il existe une synergie divino-humaine à l'image des deux natures (divine et humaine) du Christ, doctrine des Églises orthodoxes ;
                dans le salut, la grâce fait le commencement, nous faisons la suite (semi-pélagianisme catho­lique) ;
                dans le salut, la grâce fait tout, nous ne faisons que témoigner de son action personnelle en parole et en acte (Luther et Calvin, Jansenius).
                Comparaison qui ne prétend pas faire raison : le Jour nous est non seulement offert, mais donné, sans aucune contribution de notre part, il nous reste extérieur, n'effectue aucune opération volontariste sur nous et pourtant nous sommes éveillés par lui à toutes sortes d'activités propres à nous et néanmoins toujours grâce à Lui.

           
            Le jansénisme : en 1640 est publié l'Augustinus, œuvre posthume de Cornelius Jansen (Jansenius, 1585-1638) où l'auteur reprend la théologie de la grâce d'Augustin (dans ses livres contre Pélage qui soutenait que nous pouvons avoir une action personnelle efficace dans le salut ; livres interdits par l'Église catholique) et retrouve la théologie augustinienne de Calvin, si bien que Bossuet, en 1710, parlera d'un : ‟calvinisme rebouilli”. Le jansénisme sera con­dam­né par la Bulle Unigenitus (1653). Louis 14 fera raser l'abbaye de  Port-Royal à Paris et Port-Royal-des-Champs, dans la Vallée de Chevreuse. Les jansénistes étaient adversaires des Jésuites, dont Pascal se moque avec esprit dans ses Lettres d'un provincial (1656).
            Le quiétisme est une mystique de l'abandon à la grâce inaugurée en Espagne par Miguel Molinos (1628-1696), ce mouvement avait eu une branche française avec Mme. Guyon (1618-1717) et Fénelon (1651-1715), archevêque de Cambrai, homme de lettres, précepteur du grand Dauphin.  Mme. Guyon, qui joignait à son quiétisme une excitation charismatique, finira embastillée.
            L'élimination des protestants : mise en œuvre par les souverains agissant au titre de bras séculier de l'Église. En France, l'Église du Désert  : Église privée de pasteurs, illustrée par Abraham Mazel et les prophètes cévénols tel Esprit Séguier, par les cultes de plein air dans des lieux sauvages. La seule possession d'une Bible conduisait alors les hommes aux Galères, les femmes à la détention à vie. Les conversions forcées suite aux dragonnades, la destruction des temples, l'enlèvement des enfants à partir de l'âge de sept ans, pour être éduqués dans des congrégations catholiques , le soulèvement camisard avec Jean Cavalier, le brûlement des Cé­vennes en 1703, et l'Église des Galères (les galériens pour la foi avaient réussi à se regrouper pour des moments de prière et de remé­mo­ration des textes bibliques) ont marqué pour toujours ces temps et ces lieux. L'affaire Calas (1762-1765) montre que l'intolérance dure longtemps*. Louvois (1639-1691), ministre de la guerre de Louis 14, ravage le Palatinat en 1689** et recatholicise cet État allemand à coup de conversions forcées. Pendant tout le 18ème siècle, les protestant de cet État connaîtront l'oppression. Dans l'Autriche des Habsbourg, en Pologne, en Bohême, une même politique d'élimination des protestants est mise en œuvre. Les pro­tes­tants de Bohême trouvent refuge sur les terres du comte Nicolas de Zin­zen­dorf, lequel avait été acquis à l'Évangile retrouvé, ils y fondent l'Église des Frères moraves. Cette Église existe toujours et produit chaque année des recueils de méditations évangéliques. En Autriche il faudra attendre l'empereur Joseph 1er (1678-1711) pour qu'il soit mis fin à cette politique (les calvinistes hongrois obtiennent droit de cité)
            * Jean Calas, marchand toulousain dont le fils est trouvé pendu, accusé de l'avoir tué, au motif qu'il voulait se convertir au catholicisme, a été roué vif. Voltaire obtiendra la révision de ce procès et la réhabilitation posthume de Jean Calas en 1765
                ** Les troupes françaises brûlent le château de Heidelberg. Les palatins l'ont laissé jusqu'à aujourd'hui dans l'état, ses murailles calcinées sont un mémorial des violences subies à cette époque.          

            Les Missions catholiques : Les Jésuites catholicisent le Paraguay ; en Chine, Mathieu Ricci, tente de christianiser le confucianisme (d'où la querelle au sujet des rites chinois), François Xavier à partir des possessions portugaises en Asie, pousse jusqu'au Japon. À la même époque, les Anglais et les Hollandais évangélisent dans leurs colonies.
            La suppression de l'Ordre des jésuites : comme on l'a vu, les jésuites sont, à cette époque, le fer de lance du catholicisme, mais leur excès de zèle finit par importuner les ca­tholiques eux-mêmes. Au Portugal, c'est l'affaire à rebondissements du marquis de Pombal, homme des Lumières qui veut retirer aux jésuites le privilège de l'éducation et les fait expulser en 1759 et qui contribue à l'avènement de Joseph 1er, en Autriche ; en France, ce sont les plaintes de la marquise de Pompadour. En 1773, le pape Clément 14 est amené à supprimer l'Ordre des jésuites (Bref de Dominus ac Redemptor de 1773) qui trouvent refuge dans la Russie orthodoxe ou la Prusse protestante. L'Ordre sera rétabli par Pie 7 en 1814.
            Le Joséphisme : Joseph 2 (1741-1790), empereur Habsbourg, despote éclairé, soumet le clergé cat­holi­que à un contrôle.. 
Jacques Gruber
au mois de mai prochain : le monde protestant aux 17ème et 18ème siècles

MAI  2017
LE  MONDE  PROTESTANT  AUX 17ème ET 18ème SIÈCLES

En un siècle (1648 : Traités de Westphalie, fin des guerres de religion -1743 : Synode et Confession de Westminster qui marquent l'adoption du régime presbytérien-synodal par l'Église d'Angleterre), le monde protestant qui n'existait encore pas est né et a pris forme.

Dans les pays protestants, l'alphabétisation prend de l'avance, car il faut que chacun puisse lire sa Bible dans sa langue maternelle, des écoles de filles se créent (les premières par Luther), des établissements d'enseignement supérieur et des "maisons de santé", ouvrent ou se développent dans les pays allemands, scandinaves, en Angleterre et en Écosse ; la formation des pasteurs est intellectuellement forte.

LES  GRANDES  INTENTIONS

L'Église est là où le Parole de Dieu est fidèlement annoncée et les sacrements cor­recte­­ment administrés. (Calvin ajoutait : la Discipline synodale observée).

Le Salut par la seule Grâce, la seule Foi, la seule Écriture (ou Parole)*.
*Seule la foi saisit le Salut par la seule grâce et comprend que seule l'Écriture (biblique) y donne accès ; la grâce seule est don de la seule foi et inspiratrice de la seule Écriture ; c'est par la seule Écriture que nous recevons le témoignage de la grâce seule et de la seule foi. Le Salut n'est pas proposé, pas offert, il est donné, donné sans condition.
Le Salut par la foi s'oppose à un salut par les œuvres, il n'est pas proposé ou offert, il est donné, donné sans condition.. Les œuvres, ce sont les rites (les sacrements) ou les œuvres méritoires. Les Églises protestantes pratiquent des sacrements (baptême et cène) qui n'agissent pas par eux-mêmes, qui sont "donnés à la foi, par la foi, avec la foi", de même, des" œuvres de la foi", données, sans recherche de mérite. Le mariage est une bénédiction, les enterrements, cultes d'actions de grâce, célébrations diverses, peuvent être qualifiés d'actes ecclésials.

Des Églises dépouillées, sans objets de culte ou de dévotion. Le tutoiement du Sei­gneur. Le culte protestant n'est pas un spectacles, pas un psychodrame, ce n'est pas non plus une conférence, c'est plutôt une salle de concert. D'abord parce que la musique et le chant de l'assemblée  y tiennent une place importante, ensuite parce que l'on vient pour "écouter" , écouter une Parole retransmise par la prédication*.
* Le culte protestant des prochains temps durera sans doute deux heures ou deux heures et demie. Le message de la prédication (bref) viendra en point final des groupes ou chacun aura pu s'exprimer librement sur le texte biblique.

Une Église réformée doit toujours se réformer (selon l'Écriture -ou la Parole- : ‟L'autorité de l'Écriture est celle de la Parole ”, Johann Salomo Semler, voir plus bas).

Le sacerdoce universel ; il n'y a plus de clergé, même s'il existe des sacrements et des pasteurs ; ouver­ture pour un pastorat féminin (fin du 20ème siècle). 

DES  CONTROVERSES  ET  DES  ACCORDS

Dès lors que l'on reconnaît la liberté de conscience, de pensée et de parole, on ne peut empêcher que des controverses, voire des querelles naissent. Ceci s'est produit aux 16ème et 17ème siècles, mais a abouti à des accords.
Indiquons brièvement : a) la querelle arminienne aux Pays-Bas qui concerne l'inter­préta­tion modérée ou stricte de la prédestination. Les troubles jetés par cette querelle ont conduit Guillaume d'Orange à convoquer un Synode à Dordrecht (1618-1619) qui tranchera en faveur de l'interprétation stricte.
En Allemagne :
b) la question de la "justice forensique" : la justice conférée par grâce, par le moyen de la foi reste extérieure à nous. Melanchthon ayant évolué sur cette question, il s'en est suivi des partis (philippistes et anti-philippistes) -du prénom de Mélanchthon- et des disputes.
c) Johann Agricola enseignait que le croyant justifié (sauvé) par la foi était libre à l'égard de la Loi (querelle antinomiste), il avait été désapprouvé par les théologiens proches de Luther ;
d) Osiander, réformateur de Marbourg avait repris la mystique de Maître Eckart con­cer­nant une habitation  du Christ en nous, en particulier suite au sacrement de la cène. Luther, revenu en hâte de la Wartbourg où il traduisait la Bible en allemand, avait donné une série de prédications à Wittenberg pour contrer cette thèse ;
e) au sujet de la collaboration de l'être humain avec Dieu dans le salut (la synergie), Melanchthon et Pfeffinger (opposés à cette conception) avaient dû combattre Amsdorf et Flacius ;
La Formule de Concorde datée de 1577, dont le titre est éloquent,  mettra fin à ces dif­fé­rents en terre allemande.
f) le débat sur la cène : le pain et le vin sont-ils des symboles (Zwingli) ou y a-t-il une consubstantiation (Luther) qui avait donné lieu au colloque de Marbourg lequel s'était terminé sans anathèmes réciproques, avait repris en Suisse, entre Ulrich Zwingli et Henri Bullinger (pour qui le  pain et le vin sont des signes). Un consensus (Le Consensus de Zurich, 1549, publié en 1551), suivi d'une nouvelle Confession Helvétique, publiée en 1565, mettront fin au dissentiment.

LES  DIFFÉRENTES FORMES d'ÉGLISE

Le Régime presbytérien-synodal
L'Église se gouverne avec une hiérarchie d'assemblées élues : conseils presbytéraux, synodes régionaux, synodes nationaux.
Ce régime est, à l'origine celui des Églises réformées (calvinistes). Il va s'étendre à l'Église d'Angleterre et aux Églises anglicanes (ou épiscopaliennes) à partir du Synode de West­minster (1743). Jusque là l''Église d'Angleterre était une Église de la couronne, son chef , en dernier ressort, était le roi. Lors de ce synode, l'Église d'Angleterre (qui avait déjà adopté le calvinisme avec Édouard 6) adopte le régime presbytérien-synodal, emboîtant le pas à l'Église d''Écosse. Désormais, le roi sera son Protecteur (titre honorifique). Les Églises luthériennes, Églises de la couronne dans les différents États allemands ou scandinaves, adopteront le régime presbytérien-synodal au 19ème siècle.
Ces Églises sont des Églises multitudinistes, qui acceptent les croyants de toute qualité : petits, moyen, grands (S M L, pour reprendre les sigles des vêtements).
Au 20ème siècle, se constitueront des unions mondiales non délibératives : La Fédéra­tion luthérienne mondiale, L'Alliance réformée mondiale (auxquelles s'ajouteront des Al­liances mondiales baptiste et méthodiste).

Le congrégationalisme
Pour ,comprendre, il faut remonter aux dissidents anglais qui émigreront en Amé­rique. Des groupes de chrétiens d'origine réformée, en désaccord avec l'Église établie, vont former des Églises autonomes qui n'acceptent d'autre autorité qu'elles-mêmes. La forte cons­cience de l'élection dont la réussite personnelle est le signe, qu'ont ces chrétiens leur donnent un sentiment de plus grande authen­ti­cité (ce sont des chrétiens XL, pourrait-on dire).
Les Églises congrégationalistes n'ont pas de synodes, mais peuvent se rassembler lors de Conventions. Ces réunions, parfois importantes, ne sont pas délibératives, elles sont axées sur les valeurs de la prédication, de la fraternité, de l'entraide, des échanges d'expériences. Tout chrétien, toute Église particulière peuvent en revenir avec de nouvelles impulsions, de grandes résolutions.
Historiquement, le congrégationalisme prendra principalement les formes du baptisme et du méthodisme.

le baptisme :
Il ne faut pas le confondre avec l'anabaptisme du 16ème siècle. L'anabaptisme, comme son nom l'indique, rebaptise les chrétiens adultes, le baptême reçu dans l'enfance étant consi­déré comme nul alors que le baptisme prône le refus du baptême institutionnel des petits enfants pour un baptême personnel d'adultes matures qui n'ont pas reçu le baptême dans leur enfance, ce qui n'implique pas, le cas échéant, de re-baptême.
L'anabaptisme du 16ème siècle est une idéologie chrétienne extrémiste (XXL) qui a pour théâtre l'Alle­magne des débuts de la Réformation luthérienne. Sous la direction de Mel­chior Hoffmann, nouveau Savo­na­role, des chrétiens acquis aux idées de Luther, s'étaient rassemblés dans la ville de Munster pour y établir un ‟ Reich Christi” (Royaume du Christ). Il s'y développe alors un règne de sectarisme religieux et moral tel que les mécréants y étaient passés au fil de l'épée. Il faudra un siège et une capitulation au cours desquels Melchior Hoffmann trouvera la mort pour que la ville revienne à la normale (en 1635).
Un anabaptisme pacifique se développera plus tard avec les disciples de Simon Mennon (les mennonites).
Le baptisme s'implantera en Amérique avec Roger Williams (1603-04 - 1684), créateur de l'État de Rhode Island (capitale Providence) qui inscrit la tolérance religieuse dans sa constitution. Amorce d'un succès après des Églises afro-américaines. Le pasteur Martin Luther King était baptiste.

le méthodisme :
On pourrait aussi bien parler de Réveil, de revivalisme, car le mot de "méthodiste" est un sobriquet entre étudiants. Á l'université, les frères Wesley et leurs amis  menaient une vie si bien organisée, avec, en particulier, des moments réservés à la prière, l'étude biblique, l'édification, que leurs condisciples les avaient qualifiés de "méthodistes".
George Wesley (1702-1791), après être passé par une conversion très affective et qui sert encore au­­jourd'hui de modèle aux méthodistes, avait conçu, avec son frère et ses amis, le projet de réveiller l'Église d'Angleterre qui s'était assoupie (c'était leur message). Ils n'y parviendront pas de sorte que leur mouvement se développera hors de l''Eglise et, tout particu­lière­ment, auprès des masses populaires. C'est l'époque d'un extraordinaire développement de l'industrie en Grande Bretagne, avec la naissance des premiers prolétariats. L'Histoire a conservé l'image de George Whitefield (1704-1770), bras droit de Wesley, évangélisant les mineurs ou les ouvriers d'usine, en plein air, sur le site. Les "méthodistes" ajoutaient l'acte à la parole, en ouvrant des "salles d'asile" où les femmes et les enfants des prolétaires étaient chauffés et recevaient un repas, les femmes pouvaient s'y occuper à de petits ouvrages rétribués.
George Wesley finira par quitter l'Église d'Angleterre qu'il n'avait pu réveiller, alors que George Whitefield ne s'en séparera à aucun moment.
Les conversions retentissantes, les grands "camp meetings" (réunion d'évangélisation en plein air), resteront la marque du  méthodisme (chrétiens XL) qui espère toujours réveiller les Églises multitudinistes qui en ont effectivement toujours besoin.

les Quakers
Quakers, ceux qui Tremblent devant le Seigneur, dans la ligne des croyants d'Israël (voir la vocation d'Essaie dans Essaie 6). Petite Église fondée par George Fox (1624-1691), les "amis" comme ils se saluent luttent ,entre autre, contre l'esclavage.

Les Pentecôtistes viendront ,à la fin du 19ème siècle, compléter ce tableau du monde protestant qui reste aujourd'hui encore assez semblable à ce que nous venons de voir.

LES  COURANTS

Il s'agit de courants qui traversent les Églises protestantes multitudinistes depuis le 18ème siècle, sans constituer d'Églises particulières.

les piétistes
Philipp Spener (1635-1705), pasteur alsacien, a, en 1675, l'idée de former dans les Églises multitudinistes de petites Églises (ecclesiolae) plutôt que de fonder chaque fois une Église nouvelle, c'est ce que nous appelons aujour­d'hui des "Églises de maison". L'assiduité aux cultes ne permet pas les échanges spiri­tuels sur une méditation bi­blique, la prière libre, l'édification mutuelle, ainsi, entre deux cultes, les chrétiens qualifiés de "pieux" à l'époque, peuvent-ils se réunir librement pour ces exercices. Nombre de nos cantiques les plus connus, toujours appréciés, sont d'origine piétiste. (Paul Gerhardt, 1607-1676)

les unitariens
On nomme ainsi des personnes qui n'adhèrent pas au dogme de la Trinité (qui ne le comprennent pas, n'en ont pas besoin). Au départ, le mouvement unitarien n'a pas de lien avec la Réformation, il en aurait plutôt avec l'humanisme de la Renaissance. On pense qu'il serait né en Europe centrale et qu'il aurait ensuite rejoint le monde protestant. Il se distingue du Déisme par le lien personnel qu'il entretien avec le Dieu Un. Les unitariens peuvent se trouver dans les diverses grandes Églises multitu­dinistes, mais en Amérique, ils forment des Églises et possèdent même des universités.

Les libéraux sont un autre courant du protestantisme qui se constitue au 19ème siècle.

LES  SECTES

Ce sont des électrons libres du protestantisme (Mennonites, Darbystes, Adven­tistes) ou, franchement, des mouve­ments para-chrétiens (Témoins de Jéhova) ou non chrétiens (Mormons). Dans l'en­semble, quand ces groupes se fondent sur une vérité biblique absolutisée (souvent apocalyptique), ce qui les caractérise est un esprit sectaire de croyants chrétiens que l'ont pourrait qualifier de XXL. Pour eux, le petit ombre n'est pas négatif, au contraire c'est un signe d'élection. Les "sectes", sou­vent d'origine anglo-saxonne, se sont développées au 19ème siècle. Aujour­d'hui, plusieurs d'entre celles qui se posaient précédemment en face du christia­nisme, se reven­diquent aujourd'hui comme "chrétiennes". On rapporte à Ron Hubbard, fonda­teur de la Scientologie, cette proposition cynique : ‟Aujourd'hui, si vous voulez gagner de l'argent, inventez une religion”.

L'universalité de la Parole scripturaire biblique rayonne des Églises  dont elle est la nourriture quotidienne. 
Ce n'est pas l'Église sujet d'un universalisme totalisant où la Parole tient la sixième place, après l'Institution, la Tradition, l'Épiscopat, les sacrements, les reliques.
Mais avec les sectes, le sens de l'Église universelle (qui reste vivant dans les grandes Églises congrégationalistes) peut se perdre entièrement.


LA THÉOLOGIE

La théologie protestante (comme aussi la catholique) était jusqu'ici une scolas­­tique (scolastique luthérienne -Johann Andreas Quenstedt, mort en 1688, David Hollaz, mort en 1713-, scolastique calviniste -Gisbert Voetius, mort en1676, Johann Coccejus, mort en 1609- ; face à la scolastique thomiste), qui développait des idéologies de combat. L'Académie protestante de Saumur s'illustrait alors avec Moïse Amyraut qui parlait, dans le cadre de la prédestination, d'un hypothétique décret de salut universel*.
* Peut-être s'inspirait-il de Calvin qui notait, dans le premier chapitre de son Institution de la relation chrétienne, après avoir parlé de la prédestination : ‟Dans la vie courante, considérez tout le monde comme sauvé”.
Les débuts de l'exégèse historico-critique : il est de mise de citer l'oratorien  Richard Simon comme initiateur de l'exégèse. C'est mal connaître l'histoire. Richard Simon (1638-1712) est l'auteur d'un Histoire critique du Vieux Testament (1678) qui relève plus de l'étude biblique que de l'exégèse. Il est connu, en particulier, pour son esprit polémique : en montrant que la Bible contenait des erreurs, des lacunes, des contradictions il voulait prouver qu'elle ne peut, sans l'intervention de l'autorité de l'Église qui supplée à ses manques, servir de fonde­ment à la vraie Religion, comme le prétendaient les protestants. Le véritable départ d'une exégèse critique dégagée de préjugés est Louis Cappel, hébraïsant, professeur d'Ancien Testa­ment à l'Académie protestante de Saumur. Dans son livre  Le secret de la ponctuation révélé (Leyde, 1624) il se pose la question de savoir la date à partir de laquelle les rabbins ont introduit les points-voyelles dans le texte hébreu du Premier Testament (vocalisation). Il établit que cela ne peut être avant le cinquième siècle de notre ère. Sa thèse, objet de beaucoup de critiques à l'époque (en particulier en Suisse où sa thèse est condamnée dans le Consensus Helveticus de 1675) et même après, est aujourd'hui considérée comme la plus vraisemblable.
Les fondateurs de l'exégèse historico critique proprement dite sont les professeurs pro­testants allemands David Michaelis (1717-1791) pour le Premier Testament et Johann Salomo Semler (1725-1791), pour le Nouveau.

Outre ses écrits philosophiques et politiques, Locke avait écrit Que le christianisme est une religion très rationnelle (1695), mais l''essor d'une pensée religieuse protestante que l'ont peut qualifier d'éclairée date de Chris­tian Wolff (1679-1754), mathématicien, philosophe, théologien (philosophe de la religion), auteur de nombreux manuels scolaires en dehors de ses productions universitaires, disciple et successeur de Leibniz, connaisseur de Descartes et de Locke. C'est l'époque de la "Néologie", servie par des penseurs que l'on pourrait qualifier de "philosophes de la Religion". Les  théolo­giens protestants au 18ème siècle se clas­sent d'ailleurs, de façon significative pour l'avenir, en rationalistes (qui refusent les miracles) et supra­natu­ralistes (qui acceptent le miracle). Cela ne va pas sans débats ou même querelles : August Hermann Francke (1663-1727), professeur à la Faculté de théologie piétiste de Halle, fondée en 1694, entrera en conflit avec Christian Wolff.

Le monde protestant qui n'existait pas avant, s'est constitué de la moitié du 17ème siècle à la moitié du 18ème , il ressemble à celui que nous connaissons encore aujourd'hui.


Jacques Gruber


MAI  2017

MODERNITÉ : 1er 19ème s.

Tout par l'Homme et pour l'Homme
Une foi partagée dans le Progrès

ÉVÉNEMENTS
progrès matériels et révolutions sociales
de la Révolution française à la guerre de 70.
Révolutions (1789 les Droits de l'Homme et du citoyen), 1802-1815 : Consulat, Napo­léon, 1er Empire.
Napoléon 1er (1769-1821) : épopée, à partir du coup d'État du 18 Brumaire 1802, la légitimité donnée par les victoires ;  La Révolution française abolit l'esclavage en 1794, Napo­léon le rétablit en 1802. Le Congrès de Vienne 1814-1815 : réorganisation de l'Europe après Napoléon, les Pays-Bas reconnus comme nation à part entière.
Restauration , 1815-1830, 1830, fin de la monarchie des Bourbons, ; 1848 révolutions sociales européennes, (Manifeste du Communisme, Marx-Engels), 2ème Répu­bli­que 1848-1852 ; Napoléon 3, Second Empire 1852-1870 (la Commune de Paris);
Révolu­tions industrielles de la vapeur (1822, premières ligne de chemin de fer, en Angleterre, en France : 1833) de l'électricité, du moteur à explosion, de l'énergie de l'atome et aujourd'hui du numé­rique. Époque d'inventeurs, d'entrepreneurs industriels de grandes con­cen­­tration de capital produisant beaucoup d'intérêt au profit de quelques familles qui font ra­pi­de­­ment de grandes fortunes (Les Schneider au Creusot) Le machinisme au service de l'industrialisation, engendre des prolétariats.
En Angleterre, c'est le siècle de Victoria (1837-1901) dont la morale bourgeoise est adoptée par les bourgeoisies européennes.
L'Angleterre émancipe ses esclaves en 1833. Victor Schœlcher en 1848, obtient l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises, abolition en Russie (1858), aux États-Unis en 1865, au Brésil en 1888.
Suivant l'exemple de son oncle, Napoléon 3, prend le pouvoir par un coup d'État et cherche à asseoir la légitimité de son pouvoir par des victoires : guerre de Crimée, guerre du Mexique, mais il perdra la guerre contre la Prusse, défaite de 1870. Bismarck proclame l'Empire allemand, en 1871, dans la Galerie des glaces du château de Versailles.
De 1831 à 1870, les italiens, par une suite de mouvements de libération, obtiennent  l' Unité de l'Italie (royauté de Victor-Emmanuel 2). Le pape Pie 9 (règne de 1846 à 1878) perd ses États, réfugié à Gaète, il sera rétabli au Vatican par une intervention militaire française. La papauté s'estime, dès lors, prisonnière en Italie.
C'est un siècle d'inventeurs, de découvertes, d'explorateurs.

1796 : Laplace : Exposition du Système du Monde ; 1800, Volta, la pile électrique ; 1801, Gauss : Recherches arithmétiques ; Bichat : Anatomie ; 1805, métier à tisser de Jacquard, 1806, Argand, les nombres imaginaires ; 1812, Laplace, Théorie des probabilités ; 1812, Cuvier : Recherches sur des ossements fossiles ; 1820, Ampère : lois de l'électro­ma­gné­tique ; 1830, machine à coudre de Thimonnier ; 1831, Gauss, théorie des nombres complexes  ; 1832, Sauvage : invention de l'hélice pour les bateaux à vapeur ; 1837, Morse : télégraphe électrique ; 1839, Daguerre et Niepce : la photographie ; 1845-1858, Humboldt : Cosmos ou description physique du monde ; 1846, Le Verrier découvre Neptune par le calcul ; 1848, Mill, Principes de l'Économie politique  ; 1834, Sainte-Claire Deville isole l'alumi­nium ; 1855, synthèse de l'alcool par Berthelot ; 1836, synthèse de l'aniline par Perkin  ; 1859, forage du premier puits de pétrole par Drake ; 1862, synthèse de l'acétylène par Berthelot ; 1863, Beau de Rochas : moteur à explosion à quatre temps ; 1864, Maxwell, théorie de l'électro­ma­gné­tisme  ; 1864, première voiture à essence de Delamare et Bouteville ; 1865, Claude Bernard, Introduction à la médecine expérimentale ; 1866, Alfred Nobel, invention de la dynamite  ; 1869, Classification périodique des éléments de Mendeleiev ; 1869, première utilisation de la houille blanche ; 1875, découverte des chromosomes (Strassburger et Fleming) ; 1876, invention du téléphone (Bell) ; 1877 invention du phonographe (Edison) ; 1884 invention du stylographe (Waterman) ; 1884, invention du transformateur électrique (Gaulard) ; 1885, vaccin antirabique de Pasteur ; 1887, découverte des ondes électroma­gné­tiques (Herz) ; 1889, découverte de l'hématologie (Hayem) ; 1890, invention du pneumatique (Dunlop) ; 1874, Stanley explore l'Afrique, 1975, Savorgnan de Brazza explore le Congo, Alexander von Humboldt (1769-1859) explore l'Amérique tropicale et l'Asie centrale.

L'ÉVOLUTION DES ESPRITS, DE LA SOCIÉTÉ ET DES ARTS

L'hégélianisme : Sécularisation de la théologie protestante : Johann Gottlieb Fichte (1762-1814) Théorie de la science 1801-1804, nationalisme du Dis­cours à la nation allemande (1807) ; Luther, Commentaire de Romains) d'où Hegel (1770-1831) le devenir remplace l'être puis Kierkegaard , l'existence remplace le devenir.
Friedrich Hegel (1770-1831, est contemporain de Schelling (qui aboutit à un panthéisme), de Schiller (grande figure du romantisme avec Goethe), de Schleiermacher (qui reste théologien). Hegel (1770-1831) : Phénoménologie de l'Esprit (Geist, 1807), la phénomé­no­lo­gie remplace les conditions de possi­bi­li­té kan­tiennes, il formule la dialectique de la thèse, l'antithèse, la syn­thèse, et dé­bouche sur une philosophie de l'histoire (l'Histoire possède une Logique propre qu'elle développe à travers ses époques successives).
Hégéliens de droite (et de gauche). Hégéliens de droite (la sainte famille des Bauer, Marheinecke, le professeur de dogmatique de Kierkegaard) et de gauche : Ludwig Feuerbach (1804-1872) (théoricien de l'aliénation religieuse : après avoir placé le meilleur de nous-mêmes en Dieu, il ne nous reste plus qu'à nous confesser pécheurs) ; Marx-Engels (dénonciation de l'aliénation sociale puis, avec le Capital, théorie d'un socialisme scientifique,  la dialectique historique va vers le Socialisme)
Sören Kierkegaard (1813-1855) un autre théologien qui ne deviendra pas pasteur, mais héros de  la vie évangélique), en réaction contre l'hégélianisme, il remplace le devenir par l'existence, l'absurde de l'existence ; la dialectique hégélienne, par les trois stades de l'existence ; l'affirmation que la vérité, c'est la subjectivité, il fustige par ailleurs l'Église établie. de son pays, le Danemark.

NB : Pascal contre le Dieu des philosophes (cartésianisme) ; Rousseau contre le déisme, Kierkegaard contre l'hégélianisme ; Barth contre l'Église embourgeoisée, contre la théologie libérale, contre le nazisme.

Le socialisme : Déjà, en 1762, Jean-Jacques Rousseau donnait la définition d'un socialisme collec­tiviste : "Une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé  et par laquelle, chacun s'unissant à tous, n'obéisse pourtant qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant"  […] "L'aliénation de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté, car, premièrement, chacun se donnant tout entier, la condition est égale pour tous, nul n'a intérêt à la -rendre onéreuse aux autres"  (Contrat social, livre 2, chapitre 1, 6).

Au 18ème siècle, Adam Smith avait mené une réflexion économique, il sera suivi par   la doctrine imparable de l'utilitarisme de Bentham (1748-1832) continué par James Mill (1773-1836). C'est également de cette époque que datent ceux, qu'à juste titre, Karl Marx appellera des socialistes "utopistes" : Charles Fourier (1772-1837) ; Robert Qwen (1771-1858) ; Étienne Cabet (1788-1856) ; Pierre Joseph Proudhon (1809-1865).

Mais les premiers à se révolter sont les anarchistes : communards de la Commune de Paris (1871) ; théoriciens tel Kropotkine (1842-1921); terroristes individuels comme Ravachol (1859-1892) ou Caserio (1873-1894). C'est Lénine, avec les bolcheviques, au 20ème siècle, qui se fixera comme but d'anéantir les anarchistes et les socialistes (dits : "sociaux-traîtres").

Karl Marx (1818-1883), lui-même, passera par trois étapes au moins : l'idéalisme de sa jeunesse ; la lutte pour l'abolition de l'aliénation sociale ; le socialisme scientifique basé sur les relations entre capital et travail ; la propriété des moyens de production ; une logique de l'histoire qui implique le passage obligé, mais, en théorie, provisoire, par une dictature du prolétariat. Au 20ème siècle, nous en connaîtrons diverses réinterprétations : le bolchevisme, le trotskisme, le maoïsme, le gauchisme, le réformisme althussérien.

Le matérialisme, puis le nietzschéisme, vont être les vecteurs de l'athéisme en occi­dent.

Le romantisme : réaction du sentiment contre la Science. Point de départ : l'Angle­terre et l'Allemagne, en France : Rousseau, Alphonse de Lamartine, Victor Hugo, Alfred de Vigny, Alfred de Musset.

1796-1799, Schiller Wallenstein  ;1796-1831, Goethe, Les Années d'apprentissage et de Voyage de Wilhelm Meister ; # 1797, Novalis, Hymnes à la Nuit  ; 1799, Beethoven : La Pathétique ; 1800, Mme de Staël : De la Littérature ; 1800, Haydn : Les Saison ; 1802, Chateaubriand : Le Génie du christianisme ; 1807, Hegel, Phénoménologie de l'Esprit ; 1808, Fichte :Discours à la Nation allemande ; 1812, Hegel, Science de la Logique ; 1818, Schopenhauer, Le Monde, comme volonté et comme représentation ; 1820, Lamartine, Méditations poétiques ; 1822, Schubert, La Symphonie inachevée ; 1823, Stendhal : Armance ; 1824-1826, Vigny : Poèmes antiques et modernes, Cinq-Mars ; 1830, Balzac, Gobseck ; 1830-1842, Comte, Cours de philosophie positive ; Jules Vernes (1828-1905)

Les Arts : 1800, Ingres, Torse d'homme ;  David, Mme. Récamier ; Goya, La Famille du roi Charles 4 d'Espagne ; 1804, Ingres, Portrait de Napoléon ; 1806, Jean-François Chalgrin, L'Arc de Triomphe de Paris ; 1807, Turner, La Tamise vue de Walton Bridge ; 1809, Constable, Malvern Hall ; 1812, Géricault, L'Officier de chasseur ; 1814-1815, Exécution des Rebelles à Madrid ; 1822, Delacroix, Dante et Virgile aux Enfers ; 1824, Delacroix, Massacre de Scio ; 1827, Corot, Pont de Narni ; 1832-1836, Rude, Départ des Volontaires (Arc de Triomphe) ; Chassériau, Portrait du Père Lacordaire ; 1848, formation du groupe des Préraphaélites ; 1849, Courbet, L'Enterrement d'Ornans ; 1857, Millet, Les Glaneuses ; 1862-1874, Garnier, Opéra de Paris ; 1863, Manet, Le Déjeuner sur l'herbe ; 1866, Monet, Femmes au jardin ; 1867, Cézanne, La Montagne Sainte-Victoire ; 1867, Bazille, Réunion de famille ; 1874, Première exposition des Impressionnistes à Paris ; 1874 début de la construction du Sacré -Cœur à Paris ; 1876, Renoir, Le Moulin de la Galette ; 1879, Degas, Danseuse au repos ; 1883, Sisley, Une rue à Louveciennes ; 1884, Seurat, La Grande Jatte ; 1885, Van Gogh, Les Mangeuses de pommes de terre ; 1887-1889, construction de la Tour Eiffel à Paris ; 1888 James Ensor, L'Entrée du Christ à Bruxelles en 1886 ; 1886-1898, les deux sculptures intitulées Le Baiser ; 1889, Les Nabis, La Revue Blanche ; 1891, Toulouse-Lautrec, La Goulue.

L'Histoire : Edward Gibbon : Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain, 1776-1788 ; Jules Michelet, Histoire de France (1833-1846, reprise en 1855-1867) ; Augustin Thierry, Récits des temps mérovingiens (1835-1840) ; Friedrich Dahlmann (1785-1860), Johann Gustav Droysen (1808-1884).

Le pangermanisme (Richard Wagner, 1813-1883) , le panslavisme (N.I. Danilevski, 1822-1885).

Les doctrines de perfectionnement de l'Homme : le Goetheanum, le sport,  l'eugé­nisme (le racisme) ;

Friedrich Nietzsche (1804-1900), la fin de la culture universitaire occidentale (La Naissance de la tragédie 1872; ‟La philosophie à coups de marteau”, Le Gai savoir,1882), le dépassement du nihilisme (l'éternel retour du même), le dépassement de soi au mépris des autres, l'avènement du Sur-Homme, d'une Sur-Humanité (Ainsi parla Zarathoustra, 1883).

Charles Darwin (De l'Origine des espèces, 1859) : l'être humain est un animal comme un autre, l'Homme est remis à sa place

 Alexis de Tocqueville découvre la démocratie américaine De la démocratie en Amérique 1835-1840.

Henri Dunant, suite au spectacle des blessés et des mourants sur le champ de bataille de Solferino (24 juin 1859, Italie) et réentendant l'appel de la parabole du  Samaritain de Luc 10, promeut la Convention de Genève de 1864 qui est à l'origine de la Croix-Rouge

1872, création du Parc de Yellowstone

1873, la Nouvelle-Zélande donne le droit de vote aux femmes


Jacques Gruber


JUIN  2017
.
LES ÉGLISES ET LA MODERNITÉ
le 19ème siècle

La question se pose de savoir si L'Église est une "société ouverte"  ou une "société fermée" (selon les expressions de Henri Bergson) ?

LE CATHOLICISME
Sous le 1er Empire (Concordat), la Restauration, le Second Empire, le catholicisme retrouve sa position de religion d'État en France, comme dans la plupart des pays d'Europe. La deuxième République a une trop courte existence pour que le problème se pose, mais il va revenir avec la Commune de Paris et la Troisième République (puis au 20ème siècle, avec la Loi de séparation de l'Église et de l'État).

Les Grandes voix :
De grandes voix se sont élevées dans le catholicisme du 19ème siècle. En 1802, Chateaubriand (René de, 1768-1848) avec Le Génie du christianisme est réputé avoir rouvert  les portes des églises après la tourmente révolutionnaire.

La Mennais (Félicité de, 1782-1854), adversaire des gallicans, il n'en rompt pas moins avec Rome en 1834 et publie, la même année, ses Paroles d'un croyant, témoignage d'une mystique libre.

Lacordaire (Henri,1802-1867) ne suit pas son maître (La Mennais) après sa rupture avec Rome, élu député en 1848, il milite pour la démocratie chrétienne à l'aide de son journal L'Ère Nouvelle. Déçu par l'activisme politique, il se fait dominicain et se consacre au rétablis­sement de l'Ordre des dominicains en France.          

John Newman (1801-1890 est un théologien catholique d'avenir. Prêtre anglican, membre du Mouvement d'Oxford qui, à l'époque, dialogue avec les membres de l'Église catholique, il se convertit (come on dit) au catholicisme. Devenu prêtre, puis évêque, il sera nommé cardinal dans les dernières années de sa vie. Critiquant le Sola Scriptura de la Réformation, il met en avant ce qu'il appelle les ‟lacunes de l'Écriture”, en ce qui concerne la conception que l'Église a d'elle-même. Ces lacunes sont comblées, au cours de l'histoire, par une ‟Tradition prophétique”  qu'il situe à côté de la ‟Tradition épiscopale”. Ainsi va naître, dans le catholicisme, la conception de la Tradition qui, sans évoluer, sans changer d'identité, se complète. Sans John Newman, l'aggiornarmento de Jean 23 convoquant le concile de Vati­can  2, n'aurait pas été possible.

Certains romantiques, comme Victor Hugo, développent un sentimentalisme religieux (La légende des siècles, 1883, son théâtre) alors que d'autres, plus jeunes, élèvent des critiques (quasi nietzschéennes) à l'égard du christia­nisme (Gérard de Nerval, ‟Le Christ au jardin des Oliviers”, sonnet des Chimères, 1854).

Des Crises
En France, la Constitution civile du clergé, imposée par la Révolution, fonctionnarisait les membres des clergés, l'État les paye en retour d'un serment de loyauté envers lui. Accep­table pour les protestants* et, semble-t-il aussi par les Juifs, ce serment est inadmissible pour le Saint Siège et pour beaucoup de catholiques. D'où, dans l'Église de France, un conflit entre "prêtres jureurs" et "prêtres réfractaires".
*Suivant Rm 13, 1-7 (écrit dans le contexte de la Pax romana -la "Paix romaine"- ), les protestants considèrent comme légitime la loyauté envers le Pouvoir qui a une fonction d'ordre et de paix (la résistance à ce Pouvoir est aussi impérative dès lors qu'il professe une idéologie totalitaire quelle qu'elle soit. Voir Église confessante allemande).

C'est en France aussi qu'éclate la crise du Sillon, nom donné en 1894, par Marc Sangnier (1873-1950), au mouvement et au journal qui répandaient les idées sociales du corporatisme et les conceptions politiques qui donneront naissance à la démocratie chrétienne. Le Sillon sera désavoué par le pape Pie 10, pourtant la démocratie chrétienne prendra racine en Europe.

La crise du Modernisme touche aussi la France catholique, mais n'épargne pas le catholicisme d'autres pays européens. Elle concerne les exégètes catholiques qui adopteront l'exégèse historico-critique. Bien que condamné par le pape Pie 10 (1835-1914), le moder­nisme s'étendra jusqu'au début du 20ème siècle.

Crise entre Église gallicane et ultramontains. Depuis Philippe le Bel et jusqu'à Louis 14,  le Gallicanisme est favorisé par les souverains français, Bossuet en sera un champion avec sa Déclaration des Quatre articles, 1682, véritable Charte du gallicanisme. Suite à la Révolution française, au concordat napoléonien, puis à la Loi de Séparation de l'Église et de l'État (1906), les ultramontains l'emporteront en France.

Le schisme de l' "Église catholique chrétienne" ou  "Vieux catholiques", c'est ainsi que prendra nom le schisme qui suivra la proclamation du dogme de l'infaillibilité pontificale par Pie 10, lors du concile de Vatican 1, en 1871. Ce schisme, mené par le prêtre (et historien) Johann von Döllinger (1799-1890), excommunié en 1871, est surtout répandu dans les pays aléma­niques, il n'est toujours pas résorbé aujourd'hui.

De nouveaux dogmes
La piété mariale s'est répandue très tôt dans les communautés chrétiennes du Proche Orient. Au concile d'Éphèse (431), Marie est proclamée "Mère de Dieu" (theotokos), dès lors, la piété donne place à un culte de Marie tant dans les églises orthodoxes que catholique..
Le 19ème siècle est le siècle des apparitions de la Vierge Marie (une"apparition" se distingue d'une" vision" en cela que la Vierge y parle et donne un message) : Rome, 1842 ;  La Salette, 1846 ; Lourdes 1858 ; Champion États-Unis, 1859 ; Pontmain, 1871 ; Gielzrwald (Pologne), 1877 ; Knock (Irlande) 1879 : soit 7 sur 15.

Du côté catholique, le pape Pie 9 proclame l'"Immaculée conception" de Marie (1854). Marie est née sans que ses parents (Anne et Joaquim) aient eu des relations sexuelles, considérées comme pécheresses*.
* En 1950, le pape Pie 12, proclamera l' "Assomption de Marie" (Marie n'est pas morte, elle  s'est endormie et a  été élevée, dans ces conditions  jusques aux cieux [la "Dormition" orthodoxe n'est pas un dogme].

                L'Immaculée Conception est une manière de désigner la Vierge Marie « sans tache » (latin : macula), c'est-à-dire sans péché, et également une fête de l'Église catholique, à l'occasion de laquelle ce mystère est célébré. Cette désignation renvoie à l'un des dogmes catholiques, la conception immaculée de Marie, qui précise que Marie, depuis sa conception dans le sein de sa mère, n'a pas été entachée par le péché originel.
                La formulation « Immaculée Conception » ne concerne que la conception de Marie elle-même, et non pas celle de Jésus-Christ. D'autre part, ce qu'affirme le dogme est que, contrairement au reste de l'humanité, Marie n'a jamais eu besoin de purification ou de conversion.
                La proclamation de ce dogme par le pape Pie IX en 1854 est le fruit d'une lente évolution dans l’Église catholique. La fête de la Conception de la Vierge est célébrée en Orient au VIIIe siècle, elle arrive en Occident autour du Xe siècle et se répand progressivement en Europe. Un débat théologique s'établit entre des théologiens de différents ordres. Les uns et les autres s'appuient sur les Pères de l’Église qui dès les premiers siècles avaient évoqué cette croyance. Le débat se développe à partir du XIVe siècle et s'étend jusqu'au XVIIIe siècle avec des prises de position de plus en plus répétées des papes, qui tout en encourageant les fidèles à célébrer la fête de l'Immaculée Conception se refusent toujours à en prononcer le dogme. Pie IX, après avoir consulté l'ensemble des évêques catholiques (qui marquent leur agrément à une très large majorité) ainsi que des commissions de théologiens, définit ce dogme de manière solennelle le 8 décembre 1854, par la bulle Ineffabilis Deus.
                La fête de l'Immaculée Conception est liturgiquement fixée au 8 décembre.                                                                     
                Si l'Église orthodoxe célèbre la fête de la Conception de Marie et nomme Marie « l'Immaculée », elle ne reconnaît cependant pas ce dogme de l'Immaculée Conception, de même que les protestants ou les autres Églises chrétiennes. Note de Michel Dulon


1869-1870, le 1er concile du Vatican proclamera, malgré des oppositions ouvertes, le dogme de l'"Infaillibilité pontificale". Cela signifie que le pape est infaillible lors des plus solennelles occasions où il lui est donné de définir un aspect essentiel de la foi catholique. 
L'unité italienne s'achève en 1870 par l'annexion de Rome. Le pape perd ses États et se considère comme prisonnier dans le Vatican. Le catholicisme se replie sur lui-même, jus­qu'aux "Accords de Latran" signés avec Mussolini en 1929 qui font de la Cité du Vatican à Rome un État reconnu*.
*Le concile de Vatican 2 (1962-1965, sous les pontificats de Jean 23, puis de Paul 6) sera le concile de l'ouverture (aux Juifs, aux pro­testants, aux monophysites ou Nestoriens, aux laïcs, aux femmes) mais les deux pontificats suivants seront tenus par des papes qui faisaient partie des opposants au cours de ce concile (Karol Wojtila -Jean-Paul 2- puis Joseph Ratzinger -Benoît 16-).

LES  PROTESTANTS
Quand ils ne sont pas discriminés ou persécutés, les protestants adhèrent au Progrès.  Tentent de se mettre à la hauteur de la modernité sans trahir les grandes intentions de la Réformation.
Les protestants français ont retrouvé leur état civil avec la Révolution, mais, suite aux Articles organiques, signés en 1802 par Napoléon Bonaparte, 1er Consul, ils demeurent privés de leurs synodes jusqu'à la Troisième République.

Une pensée théologique libérée
Le protestantisme est touché par la crise du modernisme à sa façon, avec une rivalité (pas -encore- une scission) entre deux courants : les conservateurs (Piétistes, Orthodoxes, Évangéliques, Attes­tants) ou les Libéraux de divers types.

Avec la fin des guerres de religion, c'est la fin des scolastiques (luthérienne ou calviniste), les théologiens se libèrent des idéologies de combat du 16ème-17ème siècle. La pensée théologique protestante occidentale redevient une pensée libre qui veut prendre une attitude positive vis- à-vis des Lumières et de la modernité. D'où une théologie qui tend à être éthique, anthro­po­lo­gie religieuse, philosophie ou histoire de la religion, théologie de la reli­gion, voire sagesse teintée de monothéisme ou d'exégèse biblique. Suite à la critique des Écri­tures, on va avoir une critique de la théologie vue depuis divers points de vue (anthropologie, psychologie, histoire, philosophies), une critique de la religion, une critique de l'Église.

Les positions se sont établies dès le 18ème siècle, qu'il s'agisse de ra­tio­nalistes et su­pra­naturalistes, de latitudinaristes anglais ou de néologues allemands face à des piétistes, d'or­tho­­doxes contre libéraux, aujourd'hui d'attes­tants et de libéraux. D'une part, des Églises fidèles à une idéologie fondamentaliste biblique iden­ti­taire. qui peut engendrer le sectarisme. De l'autre, des Églises qui se veulent ouvertes à la modernité, dont la théologie peut aboutir au n'importe quoi.

Outre quoi, deux réactions, l'une, existentielle, avec Kierkegaard (au 19ème s.), l'autre avec la théologie dialectique de Karl Barth (1886-1968, au 20ème siècle).

Les deux courants, attestants et libéraux, héritiers du 19ème siècle, se retrouvent dans les mêmes paroisses, les mêmes cultes, autour de la même cène, dans les mêmes synodes où chacun est tenu de voter selon sa propre conviction au moment du vote (pas de lobbying). Entre ces deux courants, n'appartenant spécialement à aucun des deux, il y a ceux que j'appel­lerai les "protestants sans parti-pris".

Pour comprendre, il faut partir de Rousseau et de Kant, plutôt que de Hegel (1770-1831) et bien qu'il y ait aussi eu des théologiens protestants hégéliens, tels Christian Baur (1792-1860) dont Schleiermacher se séparera ou Philipp Marhein­ecke (1780-1846), le professeur de Sören Kierkegaard (1813-1855).

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778): à côté de la raison, le sentiment réclame ses droits ; il n'y a plus de péché originel, l'homme est naturellement bon, la cons­cience est un instinct divin, par ses propres moyens, l'être humain peut atteindre, ici-bas, à la vertu.

Immanuel Kant (1724-1804) : la Raison n'a rien à voir avec la Révélation, mais peut concerner la Religion (La religion dans la limite de la simple raison, 1793). L'Épitaphe choisie pour lui-même résume ses positions  : ‟Le ciel au-dessus de ma tête, l''impératif moral gravé au fond de mon cœur”; c'est à dire : a) quelle que soit notre façon de scruter l'univers, nous ne trouvons nulle par la raison première ou dernière de son existence (pourquoi un univers et pourquoi pas), de sorte que la preuve de l'existence de Dieu par la contingence du monde (preuve a contingentia mundi) est à  juste titre la plus populaire ; b) nous avons une con­nais­sance innée du bien et du mal en vue de faire le bien : l'impératif moral. Il en sortira une éthique du Devoir (die Pflicht, du sollste : tu dois, ‟Wer will, der kann” : celui qui veut, peut, de la liberté responsable), qui va profondément marquer l'éduca­tion prussienne et, au-delà, allemande.

À Halle, Christian Wolff (1679-1754) et August Francke (1663-1727) : philosophe de la religion contre la foi piétiste de tendance repristinatienne*.
* Projet de reproduire dans l'Église le temps biblique -particulièrement celui du Livre des Actes-, c'est à dire des époques de l'histoire du salut où il n'y avait pas d'Écritures néotestamentaires et où le Saint Esprit guidait directement les croyants.

Schleiermacher (Friedrich, 1768-1834), fils d'un aumônier militaire réformé, élevé chez les frères moraves, artisan de l'union entre luthériens et réformés allemands, il montre la voie d'une réflexion théologique personnelle dans ses Discours sur la religion à ceux de ses détracteurs qui sont des personnes cultivées (1799),  les théo­lo­giens y sont comparés à des "virtuoses" en leur domaine. Dans sa Christliche Glauben­s­lehre (Doctrine de la foi chré­tienne, 1821), à partir du ‟sentiment de dépendance absolue”, qui est le sentiment religieux uni­versel, il décrit le sentiment (non la sensation) que la communauté chrétienne évan­gé­lique a d'elle-même*. Il ne laisse pas de côté les définitions patristiques, mais La Trinité, par exemple, se trouve traitée en une demi page tout à la fin des deux volumes de la Christliche Glaubenslehre
* Hegel, Schleiermacher et Schelling sont des camarades d'études. Dans sa Phéno­mé­no­logie de l'Esprit (1807), Hegel décrit la conscience dans son devenir universel (ce qu'il appelle l'Esprit)  dans un temps circulaire. Dans sa Glaubenslehre (1821), Schleiermacher décrit le sentiment personnel et comm­u­nau­taire chré­tien dans une perspective de temps ouvert. La dernière pensée de  Schelling mêle philoso­phie, sagesse et religion dans un panthéisme (Philosophie de la mythologie, 1842) .
Hegel adopte le temps ouvert dans ses derniers cours sur La philosophie de l'Histoire qui porte sa fin en elle. Entre les deux, il y a la démarche dialectique (thèse, antithèse, synthèse) qui vaut pour tous les temps. 
Schleiermacher dépasse la théologie, il est le créateur de l'herméneutique moderne (dont Paul Ricoeur (1913-2005) est le dernier représentant - pour une part de son œuvre seulement -) .

Après lui, avec Aloïs Biedermann (1819-1885), va naître le courant libéral propre­ment dit, démarche essentiellement critique. la théologie devient une "histoire et philosophie de la religion" (La théologie libre, philosophie et christianisme en combat et en paix, 1844), En France, création d' Évangile et Liberté en 1886. La démy­thologisation appartient au 20ème siècle.

Parallèlement, l'Institut biblique de Stuttgart, fondé en 1812, poursuit son travail d'établissement des textes hébreu pour le Premier Testament, grec pour le Nouveau, texte que nous utilisons toujours aujourd'hui. Biblia Hebraica, Stuttgartensia, Novum Testamentum Graece .

Pour donner une idée de la richesse de la production théologique des facultés de théologie protestantes au 19ème siècle, je cite ici quelques noms entre de nombreux autres.

Albrecht Ritschl (1822-1889) : pour donner une idée, je dirai que, pour Ritschl, la foi chrétienne fidèle au principe scripturaire (exégèse historico-critique de la Bible) est fondée sur des faits historiques et par ailleurs, en ce qui concerne la foi (justification, réconciliation), ne répond pas à des jugements de fait, mais à des jugements de valeur (qu'il définit comme non con­co­­mitants, mais indépen­dants)*. La doctrine chrétienne de la justification et de la ré­con­­ci­lia­tion, 1870-1874.
*Exemple évangélique de jugement de valeur, pour la justification comme pour la réconciliation : ‟Ne valez-vous pas beaucoup plus que les oiseaux du ciel ?” (Matthieu 6,26), ‟Vous valez plus que beaucoup de moineaux” (Matthieu 10,31).  Les premiers philosophes des valeurs (axiologie), Wilhelm Windelband (1848-1915), Heinrich Rickert (1863-1936),  sont postérieurs à Ritschl.

L'École de Paris : Auguste Sabatier (1858-1928) critique les symboles qui consti­tuent le langage religieux (dont celui de la Bible), Eugène Ménégoz développe l'idée de la foi comme confiance donnée à la personne de Jésus indépendamment de toute espèce de croyances. Ensemble, ils définissent ce que l'on appellera le symbolo-fidéisme.

Richard Rothe (1799-1867) (son Éthique, 1845-1848)) il n'est pas exclu de penser que le royaume de Dieu (terrestre) sortira, un jour, du progrès.

Ernst Troeltsch (1865-1923) : son point de départ est l'existence d'un "apriori reli­gieux", autrement dit, que la religion est un phénomène universel, ensuite, il préconise de rechercher des com­pro­mis entre Raison et Révéla­tion pour le double profit du christianisme et de la société.

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LE  CHRISTIANISME  PRATIQUE
On n'est pas sauvé si on a une bonne doctrine (orthodoxie), le salut s'adresse à la personne en son entier.
Souvenons-nous qu'il n'y a pas de Sécurité Sociale avant la moitié du 20ème siècle.

William Booth (1829-1912) et son épouse Catherine (1829-1890) : l'Armée du Salut dont le slogan est : ‟Soupe, Savon, Salut” :  car on n'annoncera l'Évangile qu'après avoir per­mis aux gens de se nourrir et de se laver.  Mouvement qui s'adresse à tous les démunis engendrés par les villes industrelles. Réhabilitation aux yeux d'eux-mêmes et évangélisation sont les buts fixés. Née en Angleterre, l'Armée du Salut essaimera à travers le monde entier. Ce n'est pas une Église (on n'y célèbre pas de sacrements), c'est un mouvement en relation avec les Églises (L'Armée du Salut est membre de la Fédération protestante de France).. On y trouve, bien avant ces dernières, une égalité entre homme et femme : les femmes peuvent devenir soldates, officières, générales. À Paris, l'Armée du Salut bâtit un immeuble intitulé "Palais de la femme", car ce sont toujours elles qui sont les premières victimes. Il ne s'agit pas de faire du recrutement, on entre à l'Armée du Salut par vocation.  l'Armée du Salut adresse celles et ceux qu'elle a pu aider à se relever et qui manifestent le besoin d'une communauté chrétienne,  vers la paroisse catholique ou protestant la plus proche.

Diaconesses : communauté caritative féminine protestante : en 1836, Theodor Flied­ner fonde une première maison près de Hambourg ; en 1841, Caroline Malvesin et Antoine Ver­meil, fondent l'Hôpital de Reuilly (Paris).

Henri Dunant (1828-1910) : la Croix Rouge, au point de départ, il y a le spectacle atroce des agonisants et des blessés abandonnés sur le champ de bataille de Solferino (victoire de Napoléon 3, en 1859). Poussé par sa foi (en particulier par la parabole du Samaritain de Luc 10), il obtient, en 1863, le vote de la Convention internationale de Genève qui fixe les devoirs de secours aux blessés de guerre. Ce sera le germe de la Croix Rouge inter­na­tionale (1864). La Croix veut rappeler le symbole de la croix blanche sur le drapeau Suisse, elle peut aussi renvoyer à l'Évangile.

La Mission populaire du pasteur anglais Robert McAll (francisé en MacAll) se veut, au départ, en 1872, une évangélisation du peuple de Paris, après la Commune. Aujourd'hui, mouvement d'évangé­lisation des quartiers populaires.

Les racines du Christianisme social, dans sa conception protestante (qui ne veut pas offrir une alternative qui entre en concurrence avec les idéaux sociaux de la République), se trouvent au 19ème siècle (prédication de Tommy Fallot (1844-1904) en 1878 à la Chapelle Taitbout de Paris).

L'Arbre de Noël : dans le Nord de l'Europe, la coutume est de décorer et d'illuminer un épicéa pour marquer le solstice d'hiver. Cet arbre de lumière est associé à la Nativité. Longtemps, cet us, associant l'Arbre à la Crèche, au domicile et au temple, a été propre aux seuls protestants, en France, il permettait de se distinguer des catholiques. Peu à peu, la fête de Noël autour de l'Arbre et de la Crèche, au temple, deviendra l'une des plus suivies par les familles et quasi rituelle. Par la suite, l'Arbre de Noël se popularisera, perdant tout sens christianisé.

Jacques Gruber

Pour le mois prochain, les Églises au 20ème siècle.



 MAI  2017

MODERNITÉ : 1er 19ème s.

Tout par l'Homme et pour l'Homme
Une foi partagée dans le Progrès

ÉVÉNEMENTS
progrès matériels et révolutions sociales
de la Révolution française à la guerre de 70.
Révolutions (1789 les Droits de l'Homme et du citoyen), 1802-1815 : Consulat, Napo­léon, 1er Empire.
Napoléon 1er (1769-1821) : épopée, à partir du coup d'État du 18 Brumaire 1802, la légitimité donnée par les victoires ;  La Révolution française abolit l'esclavage en 1794, Napo­léon le rétablit en 1802. Le Congrès de Vienne 1814-1815 : réorganisation de l'Europe après Napoléon, les Pays-Bas reconnus comme nation à part entière.
Restauration , 1815-1830, 1830, fin de la monarchie des Bourbons, ; 1848 révolutions sociales européennes, (Manifeste du Communisme, Marx-Engels), 2ème Répu­bli­que 1848-1852 ; Napoléon 3, Second Empire 1852-1870 (la Commune de Paris);
Révolu­tions industrielles de la vapeur (1822, premières ligne de chemin de fer, en Angleterre, en France : 1833) de l'électricité, du moteur à explosion, de l'énergie de l'atome et aujourd'hui du numé­rique. Époque d'inventeurs, d'entrepreneurs industriels de grandes con­cen­­tration de capital produisant beaucoup d'intérêt au profit de quelques familles qui font ra­pi­de­­ment de grandes fortunes (Les Schneider au Creusot) Le machinisme au service de l'industrialisation, engendre des prolétariats.
En Angleterre, c'est le siècle de Victoria (1837-1901) dont la morale bourgeoise est adoptée par les bourgeoisies européennes.
L'Angleterre émancipe ses esclaves en 1833. Victor Schœlcher en 1848, obtient l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises, abolition en Russie (1858), aux États-Unis en 1865, au Brésil en 1888.
Suivant l'exemple de son oncle, Napoléon 3, prend le pouvoir par un coup d'État et cherche à asseoir la légitimité de son pouvoir par des victoires : guerre de Crimée, guerre du Mexique, mais il perdra la guerre contre la Prusse, défaite de 1870. Bismarck proclame l'Empire allemand, en 1871, dans la Galerie des glaces du château de Versailles.
De 1831 à 1870, les italiens, par une suite de mouvements de libération, obtiennent  l' Unité de l'Italie (royauté de Victor-Emmanuel 2). Le pape Pie 9 (règne de 1846 à 1878) perd ses États, réfugié à Gaète, il sera rétabli au Vatican par une intervention militaire française. La papauté s'estime, dès lors, prisonnière en Italie.
C'est un siècle d'inventeurs, de découvertes, d'explorateurs.

1796 : Laplace : Exposition du Système du Monde ; 1800, Volta, la pile électrique ; 1801, Gauss : Recherches arithmétiques ; Bichat : Anatomie ; 1805, métier à tisser de Jacquard, 1806, Argand, les nombres imaginaires ; 1812, Laplace, Théorie des probabilités ; 1812, Cuvier : Recherches sur des ossements fossiles ; 1820, Ampère : lois de l'électro­ma­gné­tique ; 1830, machine à coudre de Thimonnier ; 1831, Gauss, théorie des nombres complexes  ; 1832, Sauvage : invention de l'hélice pour les bateaux à vapeur ; 1837, Morse : télégraphe électrique ; 1839, Daguerre et Niepce : la photographie ; 1845-1858, Humboldt : Cosmos ou description physique du monde ; 1846, Le Verrier découvre Neptune par le calcul ; 1848, Mill, Principes de l'Économie politique  ; 1834, Sainte-Claire Deville isole l'alumi­nium ; 1855, synthèse de l'alcool par Berthelot ; 1836, synthèse de l'aniline par Perkin  ; 1859, forage du premier puits de pétrole par Drake ; 1862, synthèse de l'acétylène par Berthelot ; 1863, Beau de Rochas : moteur à explosion à quatre temps ; 1864, Maxwell, théorie de l'électro­ma­gné­tisme  ; 1864, première voiture à essence de Delamare et Bouteville ; 1865, Claude Bernard, Introduction à la médecine expérimentale ; 1866, Alfred Nobel, invention de la dynamite  ; 1869, Classification périodique des éléments de Mendeleiev ; 1869, première utilisation de la houille blanche ; 1875, découverte des chromosomes (Strassburger et Fleming) ; 1876, invention du téléphone (Bell) ; 1877 invention du phonographe (Edison) ; 1884 invention du stylographe (Waterman) ; 1884, invention du transformateur électrique (Gaulard) ; 1885, vaccin antirabique de Pasteur ; 1887, découverte des ondes électroma­gné­tiques (Herz) ; 1889, découverte de l'hématologie (Hayem) ; 1890, invention du pneumatique (Dunlop) ; 1874, Stanley explore l'Afrique, 1975, Savorgnan de Brazza explore le Congo, Alexander von Humboldt (1769-1859) explore l'Amérique tropicale et l'Asie centrale.

L'ÉVOLUTION DES ESPRITS, DE LA SOCIÉTÉ ET DES ARTS

L'hégélianisme : Sécularisation de la théologie protestante : Johann Gottlieb Fichte (1762-1814) Théorie de la science 1801-1804, nationalisme du Dis­cours à la nation allemande (1807) ; Luther, Commentaire de Romains) d'où Hegel (1770-1831) le devenir remplace l'être puis Kierkegaard , l'existence remplace le devenir.
Friedrich Hegel (1770-1831, est contemporain de Schelling (qui aboutit à un panthéisme), de Schiller (grande figure du romantisme avec Goethe), de Schleiermacher (qui reste théologien). Hegel (1770-1831) : Phénoménologie de l'Esprit (Geist, 1807), la phénomé­no­lo­gie remplace les conditions de possi­bi­li­té kan­tiennes, il formule la dialectique de la thèse, l'antithèse, la syn­thèse, et dé­bouche sur une philosophie de l'histoire (l'Histoire possède une Logique propre qu'elle développe à travers ses époques successives).
Hégéliens de droite (et de gauche). Hégéliens de droite (la sainte famille des Bauer, Marheinecke, le professeur de dogmatique de Kierkegaard) et de gauche : Ludwig Feuerbach (1804-1872) (théoricien de l'aliénation religieuse : après avoir placé le meilleur de nous-mêmes en Dieu, il ne nous reste plus qu'à nous confesser pécheurs) ; Marx-Engels (dénonciation de l'aliénation sociale puis, avec le Capital, théorie d'un socialisme scientifique,  la dialectique historique va vers le Socialisme)
Sören Kierkegaard (1813-1855) un autre théologien qui ne deviendra pas pasteur, mais héros de  la vie évangélique), en réaction contre l'hégélianisme, il remplace le devenir par l'existence, l'absurde de l'existence ; la dialectique hégélienne, par les trois stades de l'existence ; l'affirmation que la vérité, c'est la subjectivité, il fustige par ailleurs l'Église établie. de son pays, le Danemark.

NB : Pascal contre le Dieu des philosophes (cartésianisme) ; Rousseau contre le déisme, Kierkegaard contre l'hégélianisme ; Barth contre l'Église embourgeoisée, contre la théologie libérale, contre le nazisme.

Le socialisme : Déjà, en 1762, Jean-Jacques Rousseau donnait la définition d'un socialisme collec­tiviste : "Une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé  et par laquelle, chacun s'unissant à tous, n'obéisse pourtant qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant"  […] "L'aliénation de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté, car, premièrement, chacun se donnant tout entier, la condition est égale pour tous, nul n'a intérêt à la -rendre onéreuse aux autres"  (Contrat social, livre 2, chapitre 1, 6).

Au 18ème siècle, Adam Smith avait mené une réflexion économique, il sera suivi par   la doctrine imparable de l'utilitarisme de Bentham (1748-1832) continué par James Mill (1773-1836). C'est également de cette époque que datent ceux, qu'à juste titre, Karl Marx appellera des socialistes "utopistes" : Charles Fourier (1772-1837) ; Robert Qwen (1771-1858) ; Étienne Cabet (1788-1856) ; Pierre Joseph Proudhon (1809-1865).

Mais les premiers à se révolter sont les anarchistes : communards de la Commune de Paris (1871) ; théoriciens tel Kropotkine (1842-1921); terroristes individuels comme Ravachol (1859-1892) ou Caserio (1873-1894). C'est Lénine, avec les bolcheviques, au 20ème siècle, qui se fixera comme but d'anéantir les anarchistes et les socialistes (dits : "sociaux-traîtres").

Karl Marx (1818-1883), lui-même, passera par trois étapes au moins : l'idéalisme de sa jeunesse ; la lutte pour l'abolition de l'aliénation sociale ; le socialisme scientifique basé sur les relations entre capital et travail ; la propriété des moyens de production ; une logique de l'histoire qui implique le passage obligé, mais, en théorie, provisoire, par une dictature du prolétariat. Au 20ème siècle, nous en connaîtrons diverses réinterprétations : le bolchevisme, le trotskisme, le maoïsme, le gauchisme, le réformisme althussérien.

Le matérialisme, puis le nietzschéisme, vont être les vecteurs de l'athéisme en occi­dent.

Le romantisme : réaction du sentiment contre la Science. Point de départ : l'Angle­terre et l'Allemagne, en France : Rousseau, Alphonse de Lamartine, Victor Hugo, Alfred de Vigny, Alfred de Musset.

1796-1799, Schiller Wallenstein  ;1796-1831, Goethe, Les Années d'apprentissage et de Voyage de Wilhelm Meister ; # 1797, Novalis, Hymnes à la Nuit  ; 1799, Beethoven : La Pathétique ; 1800, Mme de Staël : De la Littérature ; 1800, Haydn : Les Saison ; 1802, Chateaubriand : Le Génie du christianisme ; 1807, Hegel, Phénoménologie de l'Esprit ; 1808, Fichte :Discours à la Nation allemande ; 1812, Hegel, Science de la Logique ; 1818, Schopenhauer, Le Monde, comme volonté et comme représentation ; 1820, Lamartine, Méditations poétiques ; 1822, Schubert, La Symphonie inachevée ; 1823, Stendhal : Armance ; 1824-1826, Vigny : Poèmes antiques et modernes, Cinq-Mars ; 1830, Balzac, Gobseck ; 1830-1842, Comte, Cours de philosophie positive ; Jules Vernes (1828-1905)

Les Arts : 1800, Ingres, Torse d'homme ;  David, Mme. Récamier ; Goya, La Famille du roi Charles 4 d'Espagne ; 1804, Ingres, Portrait de Napoléon ; 1806, Jean-François Chalgrin, L'Arc de Triomphe de Paris ; 1807, Turner, La Tamise vue de Walton Bridge ; 1809, Constable, Malvern Hall ; 1812, Géricault, L'Officier de chasseur ; 1814-1815, Exécution des Rebelles à Madrid ; 1822, Delacroix, Dante et Virgile aux Enfers ; 1824, Delacroix, Massacre de Scio ; 1827, Corot, Pont de Narni ; 1832-1836, Rude, Départ des Volontaires (Arc de Triomphe) ; Chassériau, Portrait du Père Lacordaire ; 1848, formation du groupe des Préraphaélites ; 1849, Courbet, L'Enterrement d'Ornans ; 1857, Millet, Les Glaneuses ; 1862-1874, Garnier, Opéra de Paris ; 1863, Manet, Le Déjeuner sur l'herbe ; 1866, Monet, Femmes au jardin ; 1867, Cézanne, La Montagne Sainte-Victoire ; 1867, Bazille, Réunion de famille ; 1874, Première exposition des Impressionnistes à Paris ; 1874 début de la construction du Sacré -Cœur à Paris ; 1876, Renoir, Le Moulin de la Galette ; 1879, Degas, Danseuse au repos ; 1883, Sisley, Une rue à Louveciennes ; 1884, Seurat, La Grande Jatte ; 1885, Van Gogh, Les Mangeuses de pommes de terre ; 1887-1889, construction de la Tour Eiffel à Paris ; 1888 James Ensor, L'Entrée du Christ à Bruxelles en 1886 ; 1886-1898, les deux sculptures intitulées Le Baiser ; 1889, Les Nabis, La Revue Blanche ; 1891, Toulouse-Lautrec, La Goulue.

L'Histoire : Edward Gibbon : Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain, 1776-1788 ; Jules Michelet, Histoire de France (1833-1846, reprise en 1855-1867) ; Augustin Thierry, Récits des temps mérovingiens (1835-1840) ; Friedrich Dahlmann (1785-1860), Johann Gustav Droysen (1808-1884).

Le pangermanisme (Richard Wagner, 1813-1883) , le panslavisme (N.I. Danilevski, 1822-1885).

Les doctrines de perfectionnement de l'Homme : le Goetheanum, le sport,  l'eugé­nisme (le racisme) ;

Friedrich Nietzsche (1804-1900), la fin de la culture universitaire occidentale (La Naissance de la tragédie 1872; ‟La philosophie à coups de marteau”, Le Gai savoir,1882), le dépassement du nihilisme (l'éternel retour du même), le dépassement de soi au mépris des autres, l'avènement du Sur-Homme, d'une Sur-Humanité (Ainsi parla Zarathoustra, 1883).

Charles Darwin (De l'Origine des espèces, 1859) : l'être humain est un animal comme un autre, l'Homme est remis à sa place

 Alexis de Tocqueville découvre la démocratie américaine De la démocratie en Amérique 1835-1840.

Henri Dunant, suite au spectacle des blessés et des mourants sur le champ de bataille de Solferino (24 juin 1859, Italie) et réentendant l'appel de la parabole du  Samaritain de Luc 10, promeut la Convention de Genève de 1864 qui est à l'origine de la Croix-Rouge

1872, création du Parc de Yellowstone

1873, la Nouvelle-Zélande donne le droit de vote aux femmes


Jacques Gruber


JUIN  2017
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LES ÉGLISES ET LA MODERNITÉ
le 19ème siècle

La question se pose de savoir si L'Église est une "société ouverte"  ou une "société fermée" (selon les expressions de Henri Bergson) ?

LE CATHOLICISME
Sous le 1er Empire (Concordat), la Restauration, le Second Empire, le catholicisme retrouve sa position de religion d'État en France, comme dans la plupart des pays d'Europe. La deuxième République a une trop courte existence pour que le problème se pose, mais il va revenir avec la Commune de Paris et la Troisième République (puis au 20ème siècle, avec la Loi de séparation de l'Église et de l'État).

Les Grandes voix :
De grandes voix se sont élevées dans le catholicisme du 19ème siècle. En 1802, Chateaubriand (René de, 1768-1848) avec Le Génie du christianisme est réputé avoir rouvert  les portes des églises après la tourmente révolutionnaire.

La Mennais (Félicité de, 1782-1854), adversaire des gallicans, il n'en rompt pas moins avec Rome en 1834 et publie, la même année, ses Paroles d'un croyant, témoignage d'une mystique libre.

Lacordaire (Henri,1802-1867) ne suit pas son maître (La Mennais) après sa rupture avec Rome, élu député en 1848, il milite pour la démocratie chrétienne à l'aide de son journal L'Ère Nouvelle. Déçu par l'activisme politique, il se fait dominicain et se consacre au rétablis­sement de l'Ordre des dominicains en France.          

John Newman (1801-1890 est un théologien catholique d'avenir. Prêtre anglican, membre du Mouvement d'Oxford qui, à l'époque, dialogue avec les membres de l'Église catholique, il se convertit (come on dit) au catholicisme. Devenu prêtre, puis évêque, il sera nommé cardinal dans les dernières années de sa vie. Critiquant le Sola Scriptura de la Réformation, il met en avant ce qu'il appelle les ‟lacunes de l'Écriture”, en ce qui concerne la conception que l'Église a d'elle-même. Ces lacunes sont comblées, au cours de l'histoire, par une ‟Tradition prophétique”  qu'il situe à côté de la ‟Tradition épiscopale”. Ainsi va naître, dans le catholicisme, la conception de la Tradition qui, sans évoluer, sans changer d'identité, se complète. Sans John Newman, l'aggiornarmento de Jean 23 convoquant le concile de Vati­can  2, n'aurait pas été possible.

Certains romantiques, comme Victor Hugo, développent un sentimentalisme religieux (La légende des siècles, 1883, son théâtre) alors que d'autres, plus jeunes, élèvent des critiques (quasi nietzschéennes) à l'égard du christia­nisme (Gérard de Nerval, ‟Le Christ au jardin des Oliviers”, sonnet des Chimères, 1854).

Des Crises
En France, la Constitution civile du clergé, imposée par la Révolution, fonctionnarisait les membres des clergés, l'État les paye en retour d'un serment de loyauté envers lui. Accep­table pour les protestants* et, semble-t-il aussi par les Juifs, ce serment est inadmissible pour le Saint Siège et pour beaucoup de catholiques. D'où, dans l'Église de France, un conflit entre "prêtres jureurs" et "prêtres réfractaires".
*Suivant Rm 13, 1-7 (écrit dans le contexte de la Pax romana -la "Paix romaine"- ), les protestants considèrent comme légitime la loyauté envers le Pouvoir qui a une fonction d'ordre et de paix (la résistance à ce Pouvoir est aussi impérative dès lors qu'il professe une idéologie totalitaire quelle qu'elle soit. Voir Église confessante allemande).

C'est en France aussi qu'éclate la crise du Sillon, nom donné en 1894, par Marc Sangnier (1873-1950), au mouvement et au journal qui répandaient les idées sociales du corporatisme et les conceptions politiques qui donneront naissance à la démocratie chrétienne. Le Sillon sera désavoué par le pape Pie 10, pourtant la démocratie chrétienne prendra racine en Europe.

La crise du Modernisme touche aussi la France catholique, mais n'épargne pas le catholicisme d'autres pays européens. Elle concerne les exégètes catholiques qui adopteront l'exégèse historico-critique. Bien que condamné par le pape Pie 10 (1835-1914), le moder­nisme s'étendra jusqu'au début du 20ème siècle.

Crise entre Église gallicane et ultramontains. Depuis Philippe le Bel et jusqu'à Louis 14,  le Gallicanisme est favorisé par les souverains français, Bossuet en sera un champion avec sa Déclaration des Quatre articles, 1682, véritable Charte du gallicanisme. Suite à la Révolution française, au concordat napoléonien, puis à la Loi de Séparation de l'Église et de l'État (1906), les ultramontains l'emporteront en France.

Le schisme de l' "Église catholique chrétienne" ou  "Vieux catholiques", c'est ainsi que prendra nom le schisme qui suivra la proclamation du dogme de l'infaillibilité pontificale par Pie 10, lors du concile de Vatican 1, en 1871. Ce schisme, mené par le prêtre (et historien) Johann von Döllinger (1799-1890), excommunié en 1871, est surtout répandu dans les pays aléma­niques, il n'est toujours pas résorbé aujourd'hui.

De nouveaux dogmes
La piété mariale s'est répandue très tôt dans les communautés chrétiennes du Proche Orient. Au concile d'Éphèse (431), Marie est proclamée "Mère de Dieu" (theotokos), dès lors, la piété donne place à un culte de Marie tant dans les églises orthodoxes que catholique..
Le 19ème siècle est le siècle des apparitions de la Vierge Marie (une"apparition" se distingue d'une" vision" en cela que la Vierge y parle et donne un message) : Rome, 1842 ;  La Salette, 1846 ; Lourdes 1858 ; Champion États-Unis, 1859 ; Pontmain, 1871 ; Gielzrwald (Pologne), 1877 ; Knock (Irlande) 1879 : soit 7 sur 15.

Du côté catholique, le pape Pie 9 proclame l'"Immaculée conception" de Marie (1854). Marie est née sans que ses parents (Anne et Joaquim) aient eu des relations sexuelles, considérées comme pécheresses*.
* En 1950, le pape Pie 12, proclamera l' "Assomption de Marie" (Marie n'est pas morte, elle  s'est endormie et a  été élevée, dans ces conditions  jusques aux cieux [la "Dormition" orthodoxe n'est pas un dogme].

                L'Immaculée Conception est une manière de désigner la Vierge Marie « sans tache » (latin : macula), c'est-à-dire sans péché, et également une fête de l'Église catholique, à l'occasion de laquelle ce mystère est célébré. Cette désignation renvoie à l'un des dogmes catholiques, la conception immaculée de Marie, qui précise que Marie, depuis sa conception dans le sein de sa mère, n'a pas été entachée par le péché originel.
                La formulation « Immaculée Conception » ne concerne que la conception de Marie elle-même, et non pas celle de Jésus-Christ. D'autre part, ce qu'affirme le dogme est que, contrairement au reste de l'humanité, Marie n'a jamais eu besoin de purification ou de conversion.
                La proclamation de ce dogme par le pape Pie IX en 1854 est le fruit d'une lente évolution dans l’Église catholique. La fête de la Conception de la Vierge est célébrée en Orient au VIIIe siècle, elle arrive en Occident autour du Xe siècle et se répand progressivement en Europe. Un débat théologique s'établit entre des théologiens de différents ordres. Les uns et les autres s'appuient sur les Pères de l’Église qui dès les premiers siècles avaient évoqué cette croyance. Le débat se développe à partir du XIVe siècle et s'étend jusqu'au XVIIIe siècle avec des prises de position de plus en plus répétées des papes, qui tout en encourageant les fidèles à célébrer la fête de l'Immaculée Conception se refusent toujours à en prononcer le dogme. Pie IX, après avoir consulté l'ensemble des évêques catholiques (qui marquent leur agrément à une très large majorité) ainsi que des commissions de théologiens, définit ce dogme de manière solennelle le 8 décembre 1854, par la bulle Ineffabilis Deus.
                La fête de l'Immaculée Conception est liturgiquement fixée au 8 décembre.                                                                     
                Si l'Église orthodoxe célèbre la fête de la Conception de Marie et nomme Marie « l'Immaculée », elle ne reconnaît cependant pas ce dogme de l'Immaculée Conception, de même que les protestants ou les autres Églises chrétiennes. Note de Michel Dulon


1869-1870, le 1er concile du Vatican proclamera, malgré des oppositions ouvertes, le dogme de l'"Infaillibilité pontificale". Cela signifie que le pape est infaillible lors des plus solennelles occasions où il lui est donné de définir un aspect essentiel de la foi catholique. 
L'unité italienne s'achève en 1870 par l'annexion de Rome. Le pape perd ses États et se considère comme prisonnier dans le Vatican. Le catholicisme se replie sur lui-même, jus­qu'aux "Accords de Latran" signés avec Mussolini en 1929 qui font de la Cité du Vatican à Rome un État reconnu*.
*Le concile de Vatican 2 (1962-1965, sous les pontificats de Jean 23, puis de Paul 6) sera le concile de l'ouverture (aux Juifs, aux pro­testants, aux monophysites ou Nestoriens, aux laïcs, aux femmes) mais les deux pontificats suivants seront tenus par des papes qui faisaient partie des opposants au cours de ce concile (Karol Wojtila -Jean-Paul 2- puis Joseph Ratzinger -Benoît 16-).

LES  PROTESTANTS
Quand ils ne sont pas discriminés ou persécutés, les protestants adhèrent au Progrès.  Tentent de se mettre à la hauteur de la modernité sans trahir les grandes intentions de la Réformation.
Les protestants français ont retrouvé leur état civil avec la Révolution, mais, suite aux Articles organiques, signés en 1802 par Napoléon Bonaparte, 1er Consul, ils demeurent privés de leurs synodes jusqu'à la Troisième République.

Une pensée théologique libérée
Le protestantisme est touché par la crise du modernisme à sa façon, avec une rivalité (pas -encore- une scission) entre deux courants : les conservateurs (Piétistes, Orthodoxes, Évangéliques, Attes­tants) ou les Libéraux de divers types.

Avec la fin des guerres de religion, c'est la fin des scolastiques (luthérienne ou calviniste), les théologiens se libèrent des idéologies de combat du 16ème-17ème siècle. La pensée théologique protestante occidentale redevient une pensée libre qui veut prendre une attitude positive vis- à-vis des Lumières et de la modernité. D'où une théologie qui tend à être éthique, anthro­po­lo­gie religieuse, philosophie ou histoire de la religion, théologie de la reli­gion, voire sagesse teintée de monothéisme ou d'exégèse biblique. Suite à la critique des Écri­tures, on va avoir une critique de la théologie vue depuis divers points de vue (anthropologie, psychologie, histoire, philosophies), une critique de la religion, une critique de l'Église.

Les positions se sont établies dès le 18ème siècle, qu'il s'agisse de ra­tio­nalistes et su­pra­naturalistes, de latitudinaristes anglais ou de néologues allemands face à des piétistes, d'or­tho­­doxes contre libéraux, aujourd'hui d'attes­tants et de libéraux. D'une part, des Églises fidèles à une idéologie fondamentaliste biblique iden­ti­taire. qui peut engendrer le sectarisme. De l'autre, des Églises qui se veulent ouvertes à la modernité, dont la théologie peut aboutir au n'importe quoi.

Outre quoi, deux réactions, l'une, existentielle, avec Kierkegaard (au 19ème s.), l'autre avec la théologie dialectique de Karl Barth (1886-1968, au 20ème siècle).

Les deux courants, attestants et libéraux, héritiers du 19ème siècle, se retrouvent dans les mêmes paroisses, les mêmes cultes, autour de la même cène, dans les mêmes synodes où chacun est tenu de voter selon sa propre conviction au moment du vote (pas de lobbying). Entre ces deux courants, n'appartenant spécialement à aucun des deux, il y a ceux que j'appel­lerai les "protestants sans parti-pris".

Pour comprendre, il faut partir de Rousseau et de Kant, plutôt que de Hegel (1770-1831) et bien qu'il y ait aussi eu des théologiens protestants hégéliens, tels Christian Baur (1792-1860) dont Schleiermacher se séparera ou Philipp Marhein­ecke (1780-1846), le professeur de Sören Kierkegaard (1813-1855).

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778): à côté de la raison, le sentiment réclame ses droits ; il n'y a plus de péché originel, l'homme est naturellement bon, la cons­cience est un instinct divin, par ses propres moyens, l'être humain peut atteindre, ici-bas, à la vertu.

Immanuel Kant (1724-1804) : la Raison n'a rien à voir avec la Révélation, mais peut concerner la Religion (La religion dans la limite de la simple raison, 1793). L'Épitaphe choisie pour lui-même résume ses positions  : ‟Le ciel au-dessus de ma tête, l''impératif moral gravé au fond de mon cœur”; c'est à dire : a) quelle que soit notre façon de scruter l'univers, nous ne trouvons nulle par la raison première ou dernière de son existence (pourquoi un univers et pourquoi pas), de sorte que la preuve de l'existence de Dieu par la contingence du monde (preuve a contingentia mundi) est à  juste titre la plus populaire ; b) nous avons une con­nais­sance innée du bien et du mal en vue de faire le bien : l'impératif moral. Il en sortira une éthique du Devoir (die Pflicht, du sollste : tu dois, ‟Wer will, der kann” : celui qui veut, peut, de la liberté responsable), qui va profondément marquer l'éduca­tion prussienne et, au-delà, allemande.

À Halle, Christian Wolff (1679-1754) et August Francke (1663-1727) : philosophe de la religion contre la foi piétiste de tendance repristinatienne*.
* Projet de reproduire dans l'Église le temps biblique -particulièrement celui du Livre des Actes-, c'est à dire des époques de l'histoire du salut où il n'y avait pas d'Écritures néotestamentaires et où le Saint Esprit guidait directement les croyants.

Schleiermacher (Friedrich, 1768-1834), fils d'un aumônier militaire réformé, élevé chez les frères moraves, artisan de l'union entre luthériens et réformés allemands, il montre la voie d'une réflexion théologique personnelle dans ses Discours sur la religion à ceux de ses détracteurs qui sont des personnes cultivées (1799),  les théo­lo­giens y sont comparés à des "virtuoses" en leur domaine. Dans sa Christliche Glauben­s­lehre (Doctrine de la foi chré­tienne, 1821), à partir du ‟sentiment de dépendance absolue”, qui est le sentiment religieux uni­versel, il décrit le sentiment (non la sensation) que la communauté chrétienne évan­gé­lique a d'elle-même*. Il ne laisse pas de côté les définitions patristiques, mais La Trinité, par exemple, se trouve traitée en une demi page tout à la fin des deux volumes de la Christliche Glaubenslehre
* Hegel, Schleiermacher et Schelling sont des camarades d'études. Dans sa Phéno­mé­no­logie de l'Esprit (1807), Hegel décrit la conscience dans son devenir universel (ce qu'il appelle l'Esprit)  dans un temps circulaire. Dans sa Glaubenslehre (1821), Schleiermacher décrit le sentiment personnel et comm­u­nau­taire chré­tien dans une perspective de temps ouvert. La dernière pensée de  Schelling mêle philoso­phie, sagesse et religion dans un panthéisme (Philosophie de la mythologie, 1842) .
Hegel adopte le temps ouvert dans ses derniers cours sur La philosophie de l'Histoire qui porte sa fin en elle. Entre les deux, il y a la démarche dialectique (thèse, antithèse, synthèse) qui vaut pour tous les temps. 
Schleiermacher dépasse la théologie, il est le créateur de l'herméneutique moderne (dont Paul Ricoeur (1913-2005) est le dernier représentant - pour une part de son œuvre seulement -) .

Après lui, avec Aloïs Biedermann (1819-1885), va naître le courant libéral propre­ment dit, démarche essentiellement critique. la théologie devient une "histoire et philosophie de la religion" (La théologie libre, philosophie et christianisme en combat et en paix, 1844), En France, création d' Évangile et Liberté en 1886. La démy­thologisation appartient au 20ème siècle.

Parallèlement, l'Institut biblique de Stuttgart, fondé en 1812, poursuit son travail d'établissement des textes hébreu pour le Premier Testament, grec pour le Nouveau, texte que nous utilisons toujours aujourd'hui. Biblia Hebraica, Stuttgartensia, Novum Testamentum Graece .

Pour donner une idée de la richesse de la production théologique des facultés de théologie protestantes au 19ème siècle, je cite ici quelques noms entre de nombreux autres.

Albrecht Ritschl (1822-1889) : pour donner une idée, je dirai que, pour Ritschl, la foi chrétienne fidèle au principe scripturaire (exégèse historico-critique de la Bible) est fondée sur des faits historiques et par ailleurs, en ce qui concerne la foi (justification, réconciliation), ne répond pas à des jugements de fait, mais à des jugements de valeur (qu'il définit comme non con­co­­mitants, mais indépen­dants)*. La doctrine chrétienne de la justification et de la ré­con­­ci­lia­tion, 1870-1874.
*Exemple évangélique de jugement de valeur, pour la justification comme pour la réconciliation : ‟Ne valez-vous pas beaucoup plus que les oiseaux du ciel ?” (Matthieu 6,26), ‟Vous valez plus que beaucoup de moineaux” (Matthieu 10,31).  Les premiers philosophes des valeurs (axiologie), Wilhelm Windelband (1848-1915), Heinrich Rickert (1863-1936),  sont postérieurs à Ritschl.

L'École de Paris : Auguste Sabatier (1858-1928) critique les symboles qui consti­tuent le langage religieux (dont celui de la Bible), Eugène Ménégoz développe l'idée de la foi comme confiance donnée à la personne de Jésus indépendamment de toute espèce de croyances. Ensemble, ils définissent ce que l'on appellera le symbolo-fidéisme.

Richard Rothe (1799-1867) (son Éthique, 1845-1848)) il n'est pas exclu de penser que le royaume de Dieu (terrestre) sortira, un jour, du progrès.

Ernst Troeltsch (1865-1923) : son point de départ est l'existence d'un "apriori reli­gieux", autrement dit, que la religion est un phénomène universel, ensuite, il préconise de rechercher des com­pro­mis entre Raison et Révéla­tion pour le double profit du christianisme et de la société.

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LE  CHRISTIANISME  PRATIQUE
On n'est pas sauvé si on a une bonne doctrine (orthodoxie), le salut s'adresse à la personne en son entier.
Souvenons-nous qu'il n'y a pas de Sécurité Sociale avant la moitié du 20ème siècle.

William Booth (1829-1912) et son épouse Catherine (1829-1890) : l'Armée du Salut dont le slogan est : ‟Soupe, Savon, Salut” :  car on n'annoncera l'Évangile qu'après avoir per­mis aux gens de se nourrir et de se laver.  Mouvement qui s'adresse à tous les démunis engendrés par les villes industrelles. Réhabilitation aux yeux d'eux-mêmes et évangélisation sont les buts fixés. Née en Angleterre, l'Armée du Salut essaimera à travers le monde entier. Ce n'est pas une Église (on n'y célèbre pas de sacrements), c'est un mouvement en relation avec les Églises (L'Armée du Salut est membre de la Fédération protestante de France).. On y trouve, bien avant ces dernières, une égalité entre homme et femme : les femmes peuvent devenir soldates, officières, générales. À Paris, l'Armée du Salut bâtit un immeuble intitulé "Palais de la femme", car ce sont toujours elles qui sont les premières victimes. Il ne s'agit pas de faire du recrutement, on entre à l'Armée du Salut par vocation.  l'Armée du Salut adresse celles et ceux qu'elle a pu aider à se relever et qui manifestent le besoin d'une communauté chrétienne,  vers la paroisse catholique ou protestant la plus proche.

Diaconesses : communauté caritative féminine protestante : en 1836, Theodor Flied­ner fonde une première maison près de Hambourg ; en 1841, Caroline Malvesin et Antoine Ver­meil, fondent l'Hôpital de Reuilly (Paris).

Henri Dunant (1828-1910) : la Croix Rouge, au point de départ, il y a le spectacle atroce des agonisants et des blessés abandonnés sur le champ de bataille de Solferino (victoire de Napoléon 3, en 1859). Poussé par sa foi (en particulier par la parabole du Samaritain de Luc 10), il obtient, en 1863, le vote de la Convention internationale de Genève qui fixe les devoirs de secours aux blessés de guerre. Ce sera le germe de la Croix Rouge inter­na­tionale (1864). La Croix veut rappeler le symbole de la croix blanche sur le drapeau Suisse, elle peut aussi renvoyer à l'Évangile.

La Mission populaire du pasteur anglais Robert McAll (francisé en MacAll) se veut, au départ, en 1872, une évangélisation du peuple de Paris, après la Commune. Aujourd'hui, mouvement d'évangé­lisation des quartiers populaires.

Les racines du Christianisme social, dans sa conception protestante (qui ne veut pas offrir une alternative qui entre en concurrence avec les idéaux sociaux de la République), se trouvent au 19ème siècle (prédication de Tommy Fallot (1844-1904) en 1878 à la Chapelle Taitbout de Paris).

L'Arbre de Noël : dans le Nord de l'Europe, la coutume est de décorer et d'illuminer un épicéa pour marquer le solstice d'hiver. Cet arbre de lumière est associé à la Nativité. Longtemps, cet us, associant l'Arbre à la Crèche, au domicile et au temple, a été propre aux seuls protestants, en France, il permettait de se distinguer des catholiques. Peu à peu, la fête de Noël autour de l'Arbre et de la Crèche, au temple, deviendra l'une des plus suivies par les familles et quasi rituelle. Par la suite, l'Arbre de Noël se popularisera, perdant tout sens christianisé.

Jacques Gruber

Pour le mois prochain, les Églises au 20ème siècle.


 MAI  2017

MODERNITÉ : 1er 19ème s.

Tout par l'Homme et pour l'Homme
Une foi partagée dans le Progrès

ÉVÉNEMENTS
progrès matériels et révolutions sociales
de la Révolution française à la guerre de 70.
Révolutions (1789 les Droits de l'Homme et du citoyen), 1802-1815 : Consulat, Napo­léon, 1er Empire.
Napoléon 1er (1769-1821) : épopée, à partir du coup d'État du 18 Brumaire 1802, la légitimité donnée par les victoires ;  La Révolution française abolit l'esclavage en 1794, Napo­léon le rétablit en 1802. Le Congrès de Vienne 1814-1815 : réorganisation de l'Europe après Napoléon, les Pays-Bas reconnus comme nation à part entière.
Restauration , 1815-1830, 1830, fin de la monarchie des Bourbons, ; 1848 révolutions sociales européennes, (Manifeste du Communisme, Marx-Engels), 2ème Répu­bli­que 1848-1852 ; Napoléon 3, Second Empire 1852-1870 (la Commune de Paris);
Révolu­tions industrielles de la vapeur (1822, premières ligne de chemin de fer, en Angleterre, en France : 1833) de l'électricité, du moteur à explosion, de l'énergie de l'atome et aujourd'hui du numé­rique. Époque d'inventeurs, d'entrepreneurs industriels de grandes con­cen­­tration de capital produisant beaucoup d'intérêt au profit de quelques familles qui font ra­pi­de­­ment de grandes fortunes (Les Schneider au Creusot) Le machinisme au service de l'industrialisation, engendre des prolétariats.
En Angleterre, c'est le siècle de Victoria (1837-1901) dont la morale bourgeoise est adoptée par les bourgeoisies européennes.
L'Angleterre émancipe ses esclaves en 1833. Victor Schœlcher en 1848, obtient l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises, abolition en Russie (1858), aux États-Unis en 1865, au Brésil en 1888.
Suivant l'exemple de son oncle, Napoléon 3, prend le pouvoir par un coup d'État et cherche à asseoir la légitimité de son pouvoir par des victoires : guerre de Crimée, guerre du Mexique, mais il perdra la guerre contre la Prusse, défaite de 1870. Bismarck proclame l'Empire allemand, en 1871, dans la Galerie des glaces du château de Versailles.
De 1831 à 1870, les italiens, par une suite de mouvements de libération, obtiennent  l' Unité de l'Italie (royauté de Victor-Emmanuel 2). Le pape Pie 9 (règne de 1846 à 1878) perd ses États, réfugié à Gaète, il sera rétabli au Vatican par une intervention militaire française. La papauté s'estime, dès lors, prisonnière en Italie.
C'est un siècle d'inventeurs, de découvertes, d'explorateurs.

1796 : Laplace : Exposition du Système du Monde ; 1800, Volta, la pile électrique ; 1801, Gauss : Recherches arithmétiques ; Bichat : Anatomie ; 1805, métier à tisser de Jacquard, 1806, Argand, les nombres imaginaires ; 1812, Laplace, Théorie des probabilités ; 1812, Cuvier : Recherches sur des ossements fossiles ; 1820, Ampère : lois de l'électro­ma­gné­tique ; 1830, machine à coudre de Thimonnier ; 1831, Gauss, théorie des nombres complexes  ; 1832, Sauvage : invention de l'hélice pour les bateaux à vapeur ; 1837, Morse : télégraphe électrique ; 1839, Daguerre et Niepce : la photographie ; 1845-1858, Humboldt : Cosmos ou description physique du monde ; 1846, Le Verrier découvre Neptune par le calcul ; 1848, Mill, Principes de l'Économie politique  ; 1834, Sainte-Claire Deville isole l'alumi­nium ; 1855, synthèse de l'alcool par Berthelot ; 1836, synthèse de l'aniline par Perkin  ; 1859, forage du premier puits de pétrole par Drake ; 1862, synthèse de l'acétylène par Berthelot ; 1863, Beau de Rochas : moteur à explosion à quatre temps ; 1864, Maxwell, théorie de l'électro­ma­gné­tisme  ; 1864, première voiture à essence de Delamare et Bouteville ; 1865, Claude Bernard, Introduction à la médecine expérimentale ; 1866, Alfred Nobel, invention de la dynamite  ; 1869, Classification périodique des éléments de Mendeleiev ; 1869, première utilisation de la houille blanche ; 1875, découverte des chromosomes (Strassburger et Fleming) ; 1876, invention du téléphone (Bell) ; 1877 invention du phonographe (Edison) ; 1884 invention du stylographe (Waterman) ; 1884, invention du transformateur électrique (Gaulard) ; 1885, vaccin antirabique de Pasteur ; 1887, découverte des ondes électroma­gné­tiques (Herz) ; 1889, découverte de l'hématologie (Hayem) ; 1890, invention du pneumatique (Dunlop) ; 1874, Stanley explore l'Afrique, 1975, Savorgnan de Brazza explore le Congo, Alexander von Humboldt (1769-1859) explore l'Amérique tropicale et l'Asie centrale.

L'ÉVOLUTION DES ESPRITS, DE LA SOCIÉTÉ ET DES ARTS

L'hégélianisme : Sécularisation de la théologie protestante : Johann Gottlieb Fichte (1762-1814) Théorie de la science 1801-1804, nationalisme du Dis­cours à la nation allemande (1807) ; Luther, Commentaire de Romains) d'où Hegel (1770-1831) le devenir remplace l'être puis Kierkegaard , l'existence remplace le devenir.
Friedrich Hegel (1770-1831, est contemporain de Schelling (qui aboutit à un panthéisme), de Schiller (grande figure du romantisme avec Goethe), de Schleiermacher (qui reste théologien). Hegel (1770-1831) : Phénoménologie de l'Esprit (Geist, 1807), la phénomé­no­lo­gie remplace les conditions de possi­bi­li­té kan­tiennes, il formule la dialectique de la thèse, l'antithèse, la syn­thèse, et dé­bouche sur une philosophie de l'histoire (l'Histoire possède une Logique propre qu'elle développe à travers ses époques successives).
Hégéliens de droite (et de gauche). Hégéliens de droite (la sainte famille des Bauer, Marheinecke, le professeur de dogmatique de Kierkegaard) et de gauche : Ludwig Feuerbach (1804-1872) (théoricien de l'aliénation religieuse : après avoir placé le meilleur de nous-mêmes en Dieu, il ne nous reste plus qu'à nous confesser pécheurs) ; Marx-Engels (dénonciation de l'aliénation sociale puis, avec le Capital, théorie d'un socialisme scientifique,  la dialectique historique va vers le Socialisme)
Sören Kierkegaard (1813-1855) un autre théologien qui ne deviendra pas pasteur, mais héros de  la vie évangélique), en réaction contre l'hégélianisme, il remplace le devenir par l'existence, l'absurde de l'existence ; la dialectique hégélienne, par les trois stades de l'existence ; l'affirmation que la vérité, c'est la subjectivité, il fustige par ailleurs l'Église établie. de son pays, le Danemark.

NB : Pascal contre le Dieu des philosophes (cartésianisme) ; Rousseau contre le déisme, Kierkegaard contre l'hégélianisme ; Barth contre l'Église embourgeoisée, contre la théologie libérale, contre le nazisme.

Le socialisme : Déjà, en 1762, Jean-Jacques Rousseau donnait la définition d'un socialisme collec­tiviste : "Une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé  et par laquelle, chacun s'unissant à tous, n'obéisse pourtant qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant"  […] "L'aliénation de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté, car, premièrement, chacun se donnant tout entier, la condition est égale pour tous, nul n'a intérêt à la -rendre onéreuse aux autres"  (Contrat social, livre 2, chapitre 1, 6).

Au 18ème siècle, Adam Smith avait mené une réflexion économique, il sera suivi par   la doctrine imparable de l'utilitarisme de Bentham (1748-1832) continué par James Mill (1773-1836). C'est également de cette époque que datent ceux, qu'à juste titre, Karl Marx appellera des socialistes "utopistes" : Charles Fourier (1772-1837) ; Robert Qwen (1771-1858) ; Étienne Cabet (1788-1856) ; Pierre Joseph Proudhon (1809-1865).

Mais les premiers à se révolter sont les anarchistes : communards de la Commune de Paris (1871) ; théoriciens tel Kropotkine (1842-1921); terroristes individuels comme Ravachol (1859-1892) ou Caserio (1873-1894). C'est Lénine, avec les bolcheviques, au 20ème siècle, qui se fixera comme but d'anéantir les anarchistes et les socialistes (dits : "sociaux-traîtres").

Karl Marx (1818-1883), lui-même, passera par trois étapes au moins : l'idéalisme de sa jeunesse ; la lutte pour l'abolition de l'aliénation sociale ; le socialisme scientifique basé sur les relations entre capital et travail ; la propriété des moyens de production ; une logique de l'histoire qui implique le passage obligé, mais, en théorie, provisoire, par une dictature du prolétariat. Au 20ème siècle, nous en connaîtrons diverses réinterprétations : le bolchevisme, le trotskisme, le maoïsme, le gauchisme, le réformisme althussérien.

Le matérialisme, puis le nietzschéisme, vont être les vecteurs de l'athéisme en occi­dent.

Le romantisme : réaction du sentiment contre la Science. Point de départ : l'Angle­terre et l'Allemagne, en France : Rousseau, Alphonse de Lamartine, Victor Hugo, Alfred de Vigny, Alfred de Musset.

1796-1799, Schiller Wallenstein  ;1796-1831, Goethe, Les Années d'apprentissage et de Voyage de Wilhelm Meister ; # 1797, Novalis, Hymnes à la Nuit  ; 1799, Beethoven : La Pathétique ; 1800, Mme de Staël : De la Littérature ; 1800, Haydn : Les Saison ; 1802, Chateaubriand : Le Génie du christianisme ; 1807, Hegel, Phénoménologie de l'Esprit ; 1808, Fichte :Discours à la Nation allemande ; 1812, Hegel, Science de la Logique ; 1818, Schopenhauer, Le Monde, comme volonté et comme représentation ; 1820, Lamartine, Méditations poétiques ; 1822, Schubert, La Symphonie inachevée ; 1823, Stendhal : Armance ; 1824-1826, Vigny : Poèmes antiques et modernes, Cinq-Mars ; 1830, Balzac, Gobseck ; 1830-1842, Comte, Cours de philosophie positive ; Jules Vernes (1828-1905)

Les Arts : 1800, Ingres, Torse d'homme ;  David, Mme. Récamier ; Goya, La Famille du roi Charles 4 d'Espagne ; 1804, Ingres, Portrait de Napoléon ; 1806, Jean-François Chalgrin, L'Arc de Triomphe de Paris ; 1807, Turner, La Tamise vue de Walton Bridge ; 1809, Constable, Malvern Hall ; 1812, Géricault, L'Officier de chasseur ; 1814-1815, Exécution des Rebelles à Madrid ; 1822, Delacroix, Dante et Virgile aux Enfers ; 1824, Delacroix, Massacre de Scio ; 1827, Corot, Pont de Narni ; 1832-1836, Rude, Départ des Volontaires (Arc de Triomphe) ; Chassériau, Portrait du Père Lacordaire ; 1848, formation du groupe des Préraphaélites ; 1849, Courbet, L'Enterrement d'Ornans ; 1857, Millet, Les Glaneuses ; 1862-1874, Garnier, Opéra de Paris ; 1863, Manet, Le Déjeuner sur l'herbe ; 1866, Monet, Femmes au jardin ; 1867, Cézanne, La Montagne Sainte-Victoire ; 1867, Bazille, Réunion de famille ; 1874, Première exposition des Impressionnistes à Paris ; 1874 début de la construction du Sacré -Cœur à Paris ; 1876, Renoir, Le Moulin de la Galette ; 1879, Degas, Danseuse au repos ; 1883, Sisley, Une rue à Louveciennes ; 1884, Seurat, La Grande Jatte ; 1885, Van Gogh, Les Mangeuses de pommes de terre ; 1887-1889, construction de la Tour Eiffel à Paris ; 1888 James Ensor, L'Entrée du Christ à Bruxelles en 1886 ; 1886-1898, les deux sculptures intitulées Le Baiser ; 1889, Les Nabis, La Revue Blanche ; 1891, Toulouse-Lautrec, La Goulue.

L'Histoire : Edward Gibbon : Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain, 1776-1788 ; Jules Michelet, Histoire de France (1833-1846, reprise en 1855-1867) ; Augustin Thierry, Récits des temps mérovingiens (1835-1840) ; Friedrich Dahlmann (1785-1860), Johann Gustav Droysen (1808-1884).

Le pangermanisme (Richard Wagner, 1813-1883) , le panslavisme (N.I. Danilevski, 1822-1885).

Les doctrines de perfectionnement de l'Homme : le Goetheanum, le sport,  l'eugé­nisme (le racisme) ;

Friedrich Nietzsche (1804-1900), la fin de la culture universitaire occidentale (La Naissance de la tragédie 1872; ‟La philosophie à coups de marteau”, Le Gai savoir,1882), le dépassement du nihilisme (l'éternel retour du même), le dépassement de soi au mépris des autres, l'avènement du Sur-Homme, d'une Sur-Humanité (Ainsi parla Zarathoustra, 1883).

Charles Darwin (De l'Origine des espèces, 1859) : l'être humain est un animal comme un autre, l'Homme est remis à sa place

 Alexis de Tocqueville découvre la démocratie américaine De la démocratie en Amérique 1835-1840.

Henri Dunant, suite au spectacle des blessés et des mourants sur le champ de bataille de Solferino (24 juin 1859, Italie) et réentendant l'appel de la parabole du  Samaritain de Luc 10, promeut la Convention de Genève de 1864 qui est à l'origine de la Croix-Rouge

1872, création du Parc de Yellowstone

1873, la Nouvelle-Zélande donne le droit de vote aux femmes


Jacques Gruber


JUIN  2017
.
LES ÉGLISES ET LA MODERNITÉ
le 19ème siècle

La question se pose de savoir si L'Église est une "société ouverte"  ou une "société fermée" (selon les expressions de Henri Bergson) ?

LE CATHOLICISME
Sous le 1er Empire (Concordat), la Restauration, le Second Empire, le catholicisme retrouve sa position de religion d'État en France, comme dans la plupart des pays d'Europe. La deuxième République a une trop courte existence pour que le problème se pose, mais il va revenir avec la Commune de Paris et la Troisième République (puis au 20ème siècle, avec la Loi de séparation de l'Église et de l'État).

Les Grandes voix :
De grandes voix se sont élevées dans le catholicisme du 19ème siècle. En 1802, Chateaubriand (René de, 1768-1848) avec Le Génie du christianisme est réputé avoir rouvert  les portes des églises après la tourmente révolutionnaire.

La Mennais (Félicité de, 1782-1854), adversaire des gallicans, il n'en rompt pas moins avec Rome en 1834 et publie, la même année, ses Paroles d'un croyant, témoignage d'une mystique libre.

Lacordaire (Henri,1802-1867) ne suit pas son maître (La Mennais) après sa rupture avec Rome, élu député en 1848, il milite pour la démocratie chrétienne à l'aide de son journal L'Ère Nouvelle. Déçu par l'activisme politique, il se fait dominicain et se consacre au rétablis­sement de l'Ordre des dominicains en France.          

John Newman (1801-1890 est un théologien catholique d'avenir. Prêtre anglican, membre du Mouvement d'Oxford qui, à l'époque, dialogue avec les membres de l'Église catholique, il se convertit (come on dit) au catholicisme. Devenu prêtre, puis évêque, il sera nommé cardinal dans les dernières années de sa vie. Critiquant le Sola Scriptura de la Réformation, il met en avant ce qu'il appelle les ‟lacunes de l'Écriture”, en ce qui concerne la conception que l'Église a d'elle-même. Ces lacunes sont comblées, au cours de l'histoire, par une ‟Tradition prophétique”  qu'il situe à côté de la ‟Tradition épiscopale”. Ainsi va naître, dans le catholicisme, la conception de la Tradition qui, sans évoluer, sans changer d'identité, se complète. Sans John Newman, l'aggiornarmento de Jean 23 convoquant le concile de Vati­can  2, n'aurait pas été possible.

Certains romantiques, comme Victor Hugo, développent un sentimentalisme religieux (La légende des siècles, 1883, son théâtre) alors que d'autres, plus jeunes, élèvent des critiques (quasi nietzschéennes) à l'égard du christia­nisme (Gérard de Nerval, ‟Le Christ au jardin des Oliviers”, sonnet des Chimères, 1854).

Des Crises
En France, la Constitution civile du clergé, imposée par la Révolution, fonctionnarisait les membres des clergés, l'État les paye en retour d'un serment de loyauté envers lui. Accep­table pour les protestants* et, semble-t-il aussi par les Juifs, ce serment est inadmissible pour le Saint Siège et pour beaucoup de catholiques. D'où, dans l'Église de France, un conflit entre "prêtres jureurs" et "prêtres réfractaires".
*Suivant Rm 13, 1-7 (écrit dans le contexte de la Pax romana -la "Paix romaine"- ), les protestants considèrent comme légitime la loyauté envers le Pouvoir qui a une fonction d'ordre et de paix (la résistance à ce Pouvoir est aussi impérative dès lors qu'il professe une idéologie totalitaire quelle qu'elle soit. Voir Église confessante allemande).

C'est en France aussi qu'éclate la crise du Sillon, nom donné en 1894, par Marc Sangnier (1873-1950), au mouvement et au journal qui répandaient les idées sociales du corporatisme et les conceptions politiques qui donneront naissance à la démocratie chrétienne. Le Sillon sera désavoué par le pape Pie 10, pourtant la démocratie chrétienne prendra racine en Europe.

La crise du Modernisme touche aussi la France catholique, mais n'épargne pas le catholicisme d'autres pays européens. Elle concerne les exégètes catholiques qui adopteront l'exégèse historico-critique. Bien que condamné par le pape Pie 10 (1835-1914), le moder­nisme s'étendra jusqu'au début du 20ème siècle.

Crise entre Église gallicane et ultramontains. Depuis Philippe le Bel et jusqu'à Louis 14,  le Gallicanisme est favorisé par les souverains français, Bossuet en sera un champion avec sa Déclaration des Quatre articles, 1682, véritable Charte du gallicanisme. Suite à la Révolution française, au concordat napoléonien, puis à la Loi de Séparation de l'Église et de l'État (1906), les ultramontains l'emporteront en France.

Le schisme de l' "Église catholique chrétienne" ou  "Vieux catholiques", c'est ainsi que prendra nom le schisme qui suivra la proclamation du dogme de l'infaillibilité pontificale par Pie 10, lors du concile de Vatican 1, en 1871. Ce schisme, mené par le prêtre (et historien) Johann von Döllinger (1799-1890), excommunié en 1871, est surtout répandu dans les pays aléma­niques, il n'est toujours pas résorbé aujourd'hui.

De nouveaux dogmes
La piété mariale s'est répandue très tôt dans les communautés chrétiennes du Proche Orient. Au concile d'Éphèse (431), Marie est proclamée "Mère de Dieu" (theotokos), dès lors, la piété donne place à un culte de Marie tant dans les églises orthodoxes que catholique..
Le 19ème siècle est le siècle des apparitions de la Vierge Marie (une"apparition" se distingue d'une" vision" en cela que la Vierge y parle et donne un message) : Rome, 1842 ;  La Salette, 1846 ; Lourdes 1858 ; Champion États-Unis, 1859 ; Pontmain, 1871 ; Gielzrwald (Pologne), 1877 ; Knock (Irlande) 1879 : soit 7 sur 15.

Du côté catholique, le pape Pie 9 proclame l'"Immaculée conception" de Marie (1854). Marie est née sans que ses parents (Anne et Joaquim) aient eu des relations sexuelles, considérées comme pécheresses*.
* En 1950, le pape Pie 12, proclamera l' "Assomption de Marie" (Marie n'est pas morte, elle  s'est endormie et a  été élevée, dans ces conditions  jusques aux cieux [la "Dormition" orthodoxe n'est pas un dogme].

                L'Immaculée Conception est une manière de désigner la Vierge Marie « sans tache » (latin : macula), c'est-à-dire sans péché, et également une fête de l'Église catholique, à l'occasion de laquelle ce mystère est célébré. Cette désignation renvoie à l'un des dogmes catholiques, la conception immaculée de Marie, qui précise que Marie, depuis sa conception dans le sein de sa mère, n'a pas été entachée par le péché originel.
                La formulation « Immaculée Conception » ne concerne que la conception de Marie elle-même, et non pas celle de Jésus-Christ. D'autre part, ce qu'affirme le dogme est que, contrairement au reste de l'humanité, Marie n'a jamais eu besoin de purification ou de conversion.
                La proclamation de ce dogme par le pape Pie IX en 1854 est le fruit d'une lente évolution dans l’Église catholique. La fête de la Conception de la Vierge est célébrée en Orient au VIIIe siècle, elle arrive en Occident autour du Xe siècle et se répand progressivement en Europe. Un débat théologique s'établit entre des théologiens de différents ordres. Les uns et les autres s'appuient sur les Pères de l’Église qui dès les premiers siècles avaient évoqué cette croyance. Le débat se développe à partir du XIVe siècle et s'étend jusqu'au XVIIIe siècle avec des prises de position de plus en plus répétées des papes, qui tout en encourageant les fidèles à célébrer la fête de l'Immaculée Conception se refusent toujours à en prononcer le dogme. Pie IX, après avoir consulté l'ensemble des évêques catholiques (qui marquent leur agrément à une très large majorité) ainsi que des commissions de théologiens, définit ce dogme de manière solennelle le 8 décembre 1854, par la bulle Ineffabilis Deus.
                La fête de l'Immaculée Conception est liturgiquement fixée au 8 décembre.                                                                     
                Si l'Église orthodoxe célèbre la fête de la Conception de Marie et nomme Marie « l'Immaculée », elle ne reconnaît cependant pas ce dogme de l'Immaculée Conception, de même que les protestants ou les autres Églises chrétiennes. Note de Michel Dulon


1869-1870, le 1er concile du Vatican proclamera, malgré des oppositions ouvertes, le dogme de l'"Infaillibilité pontificale". Cela signifie que le pape est infaillible lors des plus solennelles occasions où il lui est donné de définir un aspect essentiel de la foi catholique. 
L'unité italienne s'achève en 1870 par l'annexion de Rome. Le pape perd ses États et se considère comme prisonnier dans le Vatican. Le catholicisme se replie sur lui-même, jus­qu'aux "Accords de Latran" signés avec Mussolini en 1929 qui font de la Cité du Vatican à Rome un État reconnu*.
*Le concile de Vatican 2 (1962-1965, sous les pontificats de Jean 23, puis de Paul 6) sera le concile de l'ouverture (aux Juifs, aux pro­testants, aux monophysites ou Nestoriens, aux laïcs, aux femmes) mais les deux pontificats suivants seront tenus par des papes qui faisaient partie des opposants au cours de ce concile (Karol Wojtila -Jean-Paul 2- puis Joseph Ratzinger -Benoît 16-).

LES  PROTESTANTS
Quand ils ne sont pas discriminés ou persécutés, les protestants adhèrent au Progrès.  Tentent de se mettre à la hauteur de la modernité sans trahir les grandes intentions de la Réformation.
Les protestants français ont retrouvé leur état civil avec la Révolution, mais, suite aux Articles organiques, signés en 1802 par Napoléon Bonaparte, 1er Consul, ils demeurent privés de leurs synodes jusqu'à la Troisième République.

Une pensée théologique libérée
Le protestantisme est touché par la crise du modernisme à sa façon, avec une rivalité (pas -encore- une scission) entre deux courants : les conservateurs (Piétistes, Orthodoxes, Évangéliques, Attes­tants) ou les Libéraux de divers types.

Avec la fin des guerres de religion, c'est la fin des scolastiques (luthérienne ou calviniste), les théologiens se libèrent des idéologies de combat du 16ème-17ème siècle. La pensée théologique protestante occidentale redevient une pensée libre qui veut prendre une attitude positive vis- à-vis des Lumières et de la modernité. D'où une théologie qui tend à être éthique, anthro­po­lo­gie religieuse, philosophie ou histoire de la religion, théologie de la reli­gion, voire sagesse teintée de monothéisme ou d'exégèse biblique. Suite à la critique des Écri­tures, on va avoir une critique de la théologie vue depuis divers points de vue (anthropologie, psychologie, histoire, philosophies), une critique de la religion, une critique de l'Église.

Les positions se sont établies dès le 18ème siècle, qu'il s'agisse de ra­tio­nalistes et su­pra­naturalistes, de latitudinaristes anglais ou de néologues allemands face à des piétistes, d'or­tho­­doxes contre libéraux, aujourd'hui d'attes­tants et de libéraux. D'une part, des Églises fidèles à une idéologie fondamentaliste biblique iden­ti­taire. qui peut engendrer le sectarisme. De l'autre, des Églises qui se veulent ouvertes à la modernité, dont la théologie peut aboutir au n'importe quoi.

Outre quoi, deux réactions, l'une, existentielle, avec Kierkegaard (au 19ème s.), l'autre avec la théologie dialectique de Karl Barth (1886-1968, au 20ème siècle).

Les deux courants, attestants et libéraux, héritiers du 19ème siècle, se retrouvent dans les mêmes paroisses, les mêmes cultes, autour de la même cène, dans les mêmes synodes où chacun est tenu de voter selon sa propre conviction au moment du vote (pas de lobbying). Entre ces deux courants, n'appartenant spécialement à aucun des deux, il y a ceux que j'appel­lerai les "protestants sans parti-pris".

Pour comprendre, il faut partir de Rousseau et de Kant, plutôt que de Hegel (1770-1831) et bien qu'il y ait aussi eu des théologiens protestants hégéliens, tels Christian Baur (1792-1860) dont Schleiermacher se séparera ou Philipp Marhein­ecke (1780-1846), le professeur de Sören Kierkegaard (1813-1855).

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778): à côté de la raison, le sentiment réclame ses droits ; il n'y a plus de péché originel, l'homme est naturellement bon, la cons­cience est un instinct divin, par ses propres moyens, l'être humain peut atteindre, ici-bas, à la vertu.

Immanuel Kant (1724-1804) : la Raison n'a rien à voir avec la Révélation, mais peut concerner la Religion (La religion dans la limite de la simple raison, 1793). L'Épitaphe choisie pour lui-même résume ses positions  : ‟Le ciel au-dessus de ma tête, l''impératif moral gravé au fond de mon cœur”; c'est à dire : a) quelle que soit notre façon de scruter l'univers, nous ne trouvons nulle par la raison première ou dernière de son existence (pourquoi un univers et pourquoi pas), de sorte que la preuve de l'existence de Dieu par la contingence du monde (preuve a contingentia mundi) est à  juste titre la plus populaire ; b) nous avons une con­nais­sance innée du bien et du mal en vue de faire le bien : l'impératif moral. Il en sortira une éthique du Devoir (die Pflicht, du sollste : tu dois, ‟Wer will, der kann” : celui qui veut, peut, de la liberté responsable), qui va profondément marquer l'éduca­tion prussienne et, au-delà, allemande.

À Halle, Christian Wolff (1679-1754) et August Francke (1663-1727) : philosophe de la religion contre la foi piétiste de tendance repristinatienne*.
* Projet de reproduire dans l'Église le temps biblique -particulièrement celui du Livre des Actes-, c'est à dire des époques de l'histoire du salut où il n'y avait pas d'Écritures néotestamentaires et où le Saint Esprit guidait directement les croyants.

Schleiermacher (Friedrich, 1768-1834), fils d'un aumônier militaire réformé, élevé chez les frères moraves, artisan de l'union entre luthériens et réformés allemands, il montre la voie d'une réflexion théologique personnelle dans ses Discours sur la religion à ceux de ses détracteurs qui sont des personnes cultivées (1799),  les théo­lo­giens y sont comparés à des "virtuoses" en leur domaine. Dans sa Christliche Glauben­s­lehre (Doctrine de la foi chré­tienne, 1821), à partir du ‟sentiment de dépendance absolue”, qui est le sentiment religieux uni­versel, il décrit le sentiment (non la sensation) que la communauté chrétienne évan­gé­lique a d'elle-même*. Il ne laisse pas de côté les définitions patristiques, mais La Trinité, par exemple, se trouve traitée en une demi page tout à la fin des deux volumes de la Christliche Glaubenslehre
* Hegel, Schleiermacher et Schelling sont des camarades d'études. Dans sa Phéno­mé­no­logie de l'Esprit (1807), Hegel décrit la conscience dans son devenir universel (ce qu'il appelle l'Esprit)  dans un temps circulaire. Dans sa Glaubenslehre (1821), Schleiermacher décrit le sentiment personnel et comm­u­nau­taire chré­tien dans une perspective de temps ouvert. La dernière pensée de  Schelling mêle philoso­phie, sagesse et religion dans un panthéisme (Philosophie de la mythologie, 1842) .
Hegel adopte le temps ouvert dans ses derniers cours sur La philosophie de l'Histoire qui porte sa fin en elle. Entre les deux, il y a la démarche dialectique (thèse, antithèse, synthèse) qui vaut pour tous les temps. 
Schleiermacher dépasse la théologie, il est le créateur de l'herméneutique moderne (dont Paul Ricoeur (1913-2005) est le dernier représentant - pour une part de son œuvre seulement -) .

Après lui, avec Aloïs Biedermann (1819-1885), va naître le courant libéral propre­ment dit, démarche essentiellement critique. la théologie devient une "histoire et philosophie de la religion" (La théologie libre, philosophie et christianisme en combat et en paix, 1844), En France, création d' Évangile et Liberté en 1886. La démy­thologisation appartient au 20ème siècle.

Parallèlement, l'Institut biblique de Stuttgart, fondé en 1812, poursuit son travail d'établissement des textes hébreu pour le Premier Testament, grec pour le Nouveau, texte que nous utilisons toujours aujourd'hui. Biblia Hebraica, Stuttgartensia, Novum Testamentum Graece .

Pour donner une idée de la richesse de la production théologique des facultés de théologie protestantes au 19ème siècle, je cite ici quelques noms entre de nombreux autres.

Albrecht Ritschl (1822-1889) : pour donner une idée, je dirai que, pour Ritschl, la foi chrétienne fidèle au principe scripturaire (exégèse historico-critique de la Bible) est fondée sur des faits historiques et par ailleurs, en ce qui concerne la foi (justification, réconciliation), ne répond pas à des jugements de fait, mais à des jugements de valeur (qu'il définit comme non con­co­­mitants, mais indépen­dants)*. La doctrine chrétienne de la justification et de la ré­con­­ci­lia­tion, 1870-1874.
*Exemple évangélique de jugement de valeur, pour la justification comme pour la réconciliation : ‟Ne valez-vous pas beaucoup plus que les oiseaux du ciel ?” (Matthieu 6,26), ‟Vous valez plus que beaucoup de moineaux” (Matthieu 10,31).  Les premiers philosophes des valeurs (axiologie), Wilhelm Windelband (1848-1915), Heinrich Rickert (1863-1936),  sont postérieurs à Ritschl.

L'École de Paris : Auguste Sabatier (1858-1928) critique les symboles qui consti­tuent le langage religieux (dont celui de la Bible), Eugène Ménégoz développe l'idée de la foi comme confiance donnée à la personne de Jésus indépendamment de toute espèce de croyances. Ensemble, ils définissent ce que l'on appellera le symbolo-fidéisme.

Richard Rothe (1799-1867) (son Éthique, 1845-1848)) il n'est pas exclu de penser que le royaume de Dieu (terrestre) sortira, un jour, du progrès.

Ernst Troeltsch (1865-1923) : son point de départ est l'existence d'un "apriori reli­gieux", autrement dit, que la religion est un phénomène universel, ensuite, il préconise de rechercher des com­pro­mis entre Raison et Révéla­tion pour le double profit du christianisme et de la société.

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LE  CHRISTIANISME  PRATIQUE
On n'est pas sauvé si on a une bonne doctrine (orthodoxie), le salut s'adresse à la personne en son entier.
Souvenons-nous qu'il n'y a pas de Sécurité Sociale avant la moitié du 20ème siècle.

William Booth (1829-1912) et son épouse Catherine (1829-1890) : l'Armée du Salut dont le slogan est : ‟Soupe, Savon, Salut” :  car on n'annoncera l'Évangile qu'après avoir per­mis aux gens de se nourrir et de se laver.  Mouvement qui s'adresse à tous les démunis engendrés par les villes industrelles. Réhabilitation aux yeux d'eux-mêmes et évangélisation sont les buts fixés. Née en Angleterre, l'Armée du Salut essaimera à travers le monde entier. Ce n'est pas une Église (on n'y célèbre pas de sacrements), c'est un mouvement en relation avec les Églises (L'Armée du Salut est membre de la Fédération protestante de France).. On y trouve, bien avant ces dernières, une égalité entre homme et femme : les femmes peuvent devenir soldates, officières, générales. À Paris, l'Armée du Salut bâtit un immeuble intitulé "Palais de la femme", car ce sont toujours elles qui sont les premières victimes. Il ne s'agit pas de faire du recrutement, on entre à l'Armée du Salut par vocation.  l'Armée du Salut adresse celles et ceux qu'elle a pu aider à se relever et qui manifestent le besoin d'une communauté chrétienne,  vers la paroisse catholique ou protestant la plus proche.

Diaconesses : communauté caritative féminine protestante : en 1836, Theodor Flied­ner fonde une première maison près de Hambourg ; en 1841, Caroline Malvesin et Antoine Ver­meil, fondent l'Hôpital de Reuilly (Paris).

Henri Dunant (1828-1910) : la Croix Rouge, au point de départ, il y a le spectacle atroce des agonisants et des blessés abandonnés sur le champ de bataille de Solferino (victoire de Napoléon 3, en 1859). Poussé par sa foi (en particulier par la parabole du Samaritain de Luc 10), il obtient, en 1863, le vote de la Convention internationale de Genève qui fixe les devoirs de secours aux blessés de guerre. Ce sera le germe de la Croix Rouge inter­na­tionale (1864). La Croix veut rappeler le symbole de la croix blanche sur le drapeau Suisse, elle peut aussi renvoyer à l'Évangile.

La Mission populaire du pasteur anglais Robert McAll (francisé en MacAll) se veut, au départ, en 1872, une évangélisation du peuple de Paris, après la Commune. Aujourd'hui, mouvement d'évangé­lisation des quartiers populaires.

Les racines du Christianisme social, dans sa conception protestante (qui ne veut pas offrir une alternative qui entre en concurrence avec les idéaux sociaux de la République), se trouvent au 19ème siècle (prédication de Tommy Fallot (1844-1904) en 1878 à la Chapelle Taitbout de Paris).

L'Arbre de Noël : dans le Nord de l'Europe, la coutume est de décorer et d'illuminer un épicéa pour marquer le solstice d'hiver. Cet arbre de lumière est associé à la Nativité. Longtemps, cet us, associant l'Arbre à la Crèche, au domicile et au temple, a été propre aux seuls protestants, en France, il permettait de se distinguer des catholiques. Peu à peu, la fête de Noël autour de l'Arbre et de la Crèche, au temple, deviendra l'une des plus suivies par les familles et quasi rituelle. Par la suite, l'Arbre de Noël se popularisera, perdant tout sens christianisé.

Jacques Gruber

Pour le mois prochain, les Églises au 20ème siècle.


OCTOBRE 2017
LES ÉGLISES  AU  VINGTIÈME SIÈCLE  : première partie
 Partie consacrée à un aperçu de ce qu'a été le 20e siècle et aux Églises dans leur en­semble. Une seconde partie (en novembre 2017) présentera plus proprement l'histoire des Églises à cette époque.
APERçU DU 20e SIECLE
Considérons le 20e siècle comme allant de 1890 à 1990, après cette dernière date on peut considérer que commence le 21e siècle, celui d'une hyper-modernité.
1890 est l'année de l'Exposition universelle de Paris où, vingt ans après la défaite de Sedan, on  inaugure la Tour Eiffel. Ce sera le siècle de la post-modernité, siècle de l'énergie atomique et de la libération sexuelle mais où l'on en viendra pourtant à douter de la raison à se déprendre du progrès, l'une et l'autre ayant participé activement à des entreprises déshu­ma­ni­santes (Choah, Hirochima).
L'année 1990, précédée, en 1989 de la destruction du mur de Berlin, est l'année de la chute de l'Union soviétique, de la disparition du rideau de fer. Par hyper-modernité, on entendra le siècle de la mondialisation (montée en puissance de la Chine, de l'Inde, du Brésil), du multicuturalisme, de la révolution électronique (cy­ber­nétique, informatique, numérique) qui poseront aux Églises de nouveaux problèmes.

LE  SIECLE  DE  LA LIBERTE AVEC
L A  V I O L E N C E

Violences nationalistes entre la France et l'Allemagne qui vont provoquer deux guerres mondiales en 14-18 et 39-45 (dix années de conflit, avec des millions de morts de part et d'autre). Expansion colonialiste des grandes puissances, l'Italie fasciste de Mussolini conquiert l'Éthiopie en 1936-1937.
Violences racistes, particulièrement antisémites. Exposition coloniale de Paris en 1931 où les personnes issues de nos colonies sont exposées comme des animaux dans un Zoo ; Con­fé­rence de Wannsee de 1942 qui met sur pied la Solution finale d'extermination des Juifs, Camp d'extermination d'Au­schwitz, la Choah par balles. Élimination des handicapés, des ho­mo­sexuel-les, des Tsiganes.
Violence des révolutions sociales qui débouchent sur des totalitarismes : bolchevisme, fascisme, nazisme, stalinisme, mao­ïsme (aujourd'hui : djihadisme).
Violence des guerres de libération : Viet-Nam (1954-1975), Algérie (1954-1962), Khmers  rouges au Cambodge (1975- 1979).
Violence faite à la Planète : augmentation du CO2 due à un excès d'utilisation du char­bon et des hydrocarbures qui provoque un réchauffement de la Planète et une dislocation de la couche d'ozone.
Violence faite à la Nature : l'accès aux éléments, les atomes en physique, les chromo­somes de l'ADN en biologie, par exemple, permettent de jouer avec la matière (recomposition des aromes, fraction ou fission de l'atome) ou avec la vie (avortement, PMA, changement de sexe, donner la mort ?), les progrès de la physique, de la médecine et de la chirurgie posent des problèmes moraux aux­quels nos sociétés ne sont pas en mesure de répondre sinon par la Loi qui énonce des interdits.
Violence dans l'espace : entre 1905 et 1915, Albert Einstein énonce les théories de la relativité qui trouveront plus tard leur confirmation dans l'expérience. On ne peut pas parler de viol de l'espace tant qu'il s'agit de l'exploration spatiale, il en va autrement des installations que nous ferons sur des planètes devenues accessibles et, dès à présent, des déchets de nos  entreprises qui encombrent l'espace.  
Violence faite aux cultures ou de l'intérieur même de la culture : lorsque les missionnaires imposent leur culture avec l'Évangile aux populations qu'ils touchent ; suite aux révolutions dites "culturelles" (Chine de 1966 à 1976) ; dans le processus de déconstruction (le mot est de Jacques Derrida*, 1930-2004) que la culture occidentale pense poursuivre sur elle-même depuis Friedrich Nietzsche (1844-1900) et Martin Heidegger (1889-1976) ; quand violence est faite aux textes bibliques par une exégèse hypercritique ou à des textes qui peuvent contenir des assertions gênantes pour les pouvoirs en place.
*Issu d'une famille marrane, partisan d'un christianisme sans Église.
Violence de la culture : elle peut être illustrée par la musique lorsque celle-ci ‟Re­tourne au bruit” (selon André Gide, 1869-1951) et au bruit assourdissant ou dans l'expérience de la musique atonale (Arnold Schönberg, 1874-1951, Pierre Boulez, 1925-2016 , Iannis Xenakis, 1922-2001) ; dans la peinture qui donne l'image d'un être humain déformé (le dernier Picasso, 1881-1976, Francis Bacon, 1909-1992) ou dans la sculpture qui s'exprime par des com­po­sitions d'objets hétéroclites, sans rapport entre eux que celui que le "sculpteur" a dans son esprit ; par une littérature, un cinéma, sans aucun  tabou.

Parallèlement aux violences, une volonté de paix va s'attester dans des institutions, (ONU, 1945, maintien de la paix entre les nations, UNESCO, 1945, protection et  dé­ve­lop­pe­ment de la culture, Déclaration des droits de l'Homme, 1948, 1966, Union européenne 1992-1993), des initiatives particulières (les ONG, aujourd'hui nombreuses et couvrant l'ensemble des besoins humains et écologiques), des partis politiques (Écologie*, Verts) et un nouvel esprit interreligieux chrétien (œ­cu­mé­nisme, amitié judéo-chrétienne). La Con­fé­rence de See­lisberg (Suisse), réunie par Jules Isaac (1877-1963) en 1947**, énonce Les Dix points de re­con­naissance et de  respect mutuel entre Juifs et chrétien ; le Conseil mondial ou œcuménique des Églises de Genève qui regroupe l'ensemble des Églises chrétiennes, Orient, Russie, Occident, à l'excep­tion de l'Église catholique, est fondé à Amsterdam en 1948 ; le texte de Nostra Aetate (concile de Vatican 2, Troisième Session, 1964) supprime de la Liturgie du Vendredi Saint les expressions antisémites telles que "Peuple déicide".
*Avant que des partis politiques s'en réclament, l'écologie est une vision du monde qui remonte à Ernst Hae­ckel (1834-1919).
**La Conférence de Seelisberg réunit 28 Juifs, 23 protestants, 8 catholiques.

Chacune de ces violences renvoie à un sacré (René Girard), la Patrie, le Reich mil­lé­naire hitlérien, la Race, Les Lendemains socialistes qui chantent, l'Indépendance, le Progrès, la Science, l'Homme, la Culture.

LES ÉGLISES DANS LEUR ENSEMBLE

En France, en 1905, Séparation des Églises et de l'État. Une Assemblée nationale anticléricale rédige un texte de loi rigoureusement laïque que le Président du Conseil, Georges Clemenceau ne peut pas appliquer. Par exemple : les églises sont dites "espaces publics", cer­taines mairies en profitent pour y célébrer des cérémonies municipales, il s'ensuit des con­flits. Le gouvernement fait alors appel à un protestant (républicain et religieux) le con­seiller d'État Louis Méjean pour apaiser les esprits. Louis Méjean (qui, par parenthèse, est l'auteur de la Discipline des Églises réformées qui règle -ou inspire- toujours encore la vie de nos églises et de leurs synodes) crée une administration des cultes (qui existe toujours encore au ministère de l'Intérieur) et développe le droit administratif. Dans les divers cas de conflit entre l'État et les Églises, il fera le plus souvent droit aux revendications de ces dernières, con­fé­rant ainsi aux Administrations un rôle de défenseur des personnes et institutions privées qui relèvent d'elles, vis- à-vis de l'État (Nicolas Roussellier, La Force de gouverner, Gallimard, 2016, p. 121-228).

Pendant la guerre de 1914-1918, de part et d'autre, les Églises ont mobilisé Dieu à leur cause, provoquant ainsi un discrédit de leur  parole. Rappelons-nous que chaque soldat allemand porte, inscrit sur la boucle de son ceinturon : ‟Gott mit uns” (‟Dieu est avec nous”). Dans la France protestante, les prêches sont anti-allemands. C'est à l'initiative des  combat­tants des deux fronts, eux-mêmes, qu'en certains endroits, les armes se sont tues le temps d'une veillée de Noël fêtée ensemble.

La décolonisation (entre 1846 et 1975) a mis fin aux anciennes formes de la Mis­sion*. Les Missions ont-elles suivi la colonisation et en ont-elles profité ? Le débat reste ou­vert. Aujourd'hui, la Mission consiste soit en un soutien de ce qui existe, soit dans des ré­ponses à des appels précis.
Anciennes formes : le catholiques pratiquaient une "inculturation" de l'Église dans les formes des cultures locales ; pour les protestants, l'annonce du nouvel homme en Jésus Christ impliquait le respect du con­texte culturel, autant que le refus des us et cou­tumes locaux que l'on estimait relever du vieil homme.

Après la guerre de 39-45, avec l'avènement des médias, l'évangélisation entreprise en Amérique latine par les évangéliques américains fondamentalistes, a pris une certaine am­pleur. À titre d'exemple, avant cette guerre, au Nicaragua, les protestants étaient pratiquement inex­is­tants, aujourd'hui, ils forment 21% de la population.

L'Armée du Salut, dès sa fondation, avait mis en œuvre l'égalité hommes-femmes dans tous les grades. Il faut attendre les années d'après-guerre pour que les synodes admettent l'ou­ver­ture du pastorat aux femmes. Dès la fin du 20ème siècle, cette ouverture existe dans toutes les Églises protestantes (luthériens, réformés, anglicans).

Alors que l'heure est à l'œcuménisme, l'Irlande du Nord connaît un regain de guerre des religions. Les troubles entre catholiques (citoyens de seconde zone) et protestants qui vont durer trente années et faire trois mille morts se sont terminés en 1998 avec les Accords du Vendredi saint, mais les esprits ne sont pas encore en paix.

Sur la situation des Églises en Chine, on a peu de renseignements. Il y a deux Églises catholiques : celle (clandestine) dont les évêques sont nommés par Rome et celle, lautorisée, dont les évê­ques sont nommés par le pouvoir (parmi ceux-ci, il y en a que le Vatican ne désavoue pas entièrement). On pense que les protestants*, qui se développent avec une auto-administration, peuvent atteindre les dix à onze millions (un dixième de la population chinoise). Mais, ont-ils des synodes, les synodes sont-ils admis par les autorités communistes ?
Le développement des protestants ne dépend pas d'une institution préalable, mais de l'écoute de la Parole biblique et de l'instauration subséquente d'une hiérarchie d'assemblées élues.

Jacques Gruber

La suite au mois prochain.





A N N E X E

POUR  DONNER  UNE  IDÉE  DE  LA PENSÉE  AU  20ème SIÈCLE

Max Weber (1864-1920) : sociologue des religions, l'individu humain peut réagir contre ses conditionnements, extension de la notion paulinienne de charisme à la sphère profane, L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme (1901).
la psychanalyse : bien qu'il s'agisse au premier chef d'une clinique, la psychanalyse, par son côté interprétation, intéresse aussi l'histoire de la pensée : Sigmund Freud (1856-1939), père de la psychanalyse (l'inconscient, les rêves, les pulsions). sa correspon­dance, durant trente ans, avec le pasteur Oskar Pfister (1873-1956) ; Karl-Gustav Jung (1875-1961) : l'inconscient collectif, les archétypes ; Sandor Ferenkzi (1873-1933) extension de la thérapeutique psychanalytique à la biologie, ; Jacques Lacan (1901-1981) : une théorie qui naît de la pratique thérapeutique  (retour à Freud,  le stade du miroir, l'inconscient est structuré comme un langage, le signifiant).
Edmund Husserl (1859-1939) : philosophe des mathématiques au départ, avant d'ana­lyser la crise de la pensée occidentale, il va proposer une méthode phénoménologique qui nous apprend à mettre entre parenthèses tous les "paraître" d'un phénomène (toutes ses enve­loppes) pour parvenir à les saisir dans leur authentique "apparaître" et, si possible, parvenir à leur essence. Il sera la référence de M. Heidegger et J-P. Sartre. Dans une lettre au théologien Rudolf Otto, du 5 mars 1919, il déclare être protestant.
Se rattachent à la phénoménologie : En Allemagne : Martin Heidegger, en France, J-P. Sartre, mais aussi le philosophe Maurice Merleau-Ponty (1908-1961).
Martin Heidegger (1889-1976) pense entrer dans les ordres puis y renonce pour la philoso­phie. Hitlérien de la première heure, antisémite dans ses papiers intimes, peut-être nazi, amant de la philosophe Annah Arendt. Il pense refaire la philosophie en renouant avec l'Être. Pour décon­struire la philosophie occidentale, il utilise la méthode de la phénomé­no­logie de E. Husserl en vue d'un existen­tialisme athée. Dans son livre Sein und Zeit (L'Être et le Temps) 1927, suite à la "réduction phénoménologique" de Husserl, l'être humain n'est plus, pour lui*, qu'un ‟être-là” (Dasein) - Sartre parlera de ‟facticité” -. Dasein  jeté dans un monde indifférent (la Geworfenheit : déréliction) pour une histoire personnelle (geschicht­lich­keit) encadrée par une Histoire (Historie) qui ne dépend pas de lui. En fin de compte, il est voué à la mort (on ne parle plus de destin, mais d' '‟être-pour-la-mort”, réminiscence du me­men­to mori des moines, con­tin­gence et finitude chez les existentialistes français). Sur le volet culturel, il exprime une méfiance de la technique et de ses progrès. Dans les dernières années de sa vie, ses carnets attestent d'une résignation philosophique.
*Pour E. Husserl, me semble-t-il, il devrait apparaître dans son inaliénable propriétéL'‟être-là” est le résultat de la réduction phénoménologique comprise comme le réductionnisme à un concret universel minimal.
Jean-Paul Sartre (1905-1980) fait appel, lui aussi, à la méthode phénoménologique de Edmund Husserl pour un existentialisme athée. L'existence précède l'essence :il n'y a pas de race, nous choi­sis­sons notre classe, notre sexe. Dans L'être et le néant (1943), le concret universel, à titre ontologique, peut s'exprimer ainsi : plus il y a d'être, plus il y a non pas ‟de l'autre” (allon on)* ou du non-être (mè on), l'être qu'on n'est pas (comme disait Socrate  dans le Sophiste 241d, 250d-e, 254c-d, par exemple), mais du rien (ouk on), du néant (Spinoza ne déclarait-il pas dans son Éthique : ‟Toute détermination est négation” ?). L'exis­tence humaine est une suite de néan­ti­sa­tions : plus il y a de vie, plus il y a de vide, nous sommes libres, mais ‟condamnés” à être libres. Telle est notre situa­tion que nous ne voulons pas voir, pas admettre (la ‟mauvaise foi”, lointaine remémoration du ‟En même temps juste et pécheur” de Luther - ‟Nous sommes tous victimes de Luther”, déclaration de J-P. Sartre, faite au Spiegel, à Berlin, reproduite partielle­ment dans l'Express du 26 mai 1960 -). Mauvaise foi lorsqu'à la fin de son autobio­gra­phie, Les Mots, il déclare se juger comme un n'importe qui, alors qu'il sait sa valeur, n'ignore pas sa célébrité et se rend compte de son influence.
*Concernant DieuKarl Barth parle du "Tout-Autre" (Ganz Anders)Parmi les "autres", Paul Ricœur, suite à une méditation de la parabole du Samaritain de Luc 10 (parue dans l'une des Revues , de la Fédération des étudiants protestants français, parue dans les années cinquante) fera une distinction entre le "socius" que nous côtoyons et le "prochain" dont nous nous approchons.
Le marxisme : Marx avait réuni la philosophie allemande, la pensée économique anglaise, la tradition révolutionnaire française et défini la praxis communiste (A. Gramsci), à la suite de la révolution bolchevique russe (l'installation du socialisme passe par une phase de dictature du prolétariat), le marxisme connaît di­verses fortunes. Le léninisme (Lénine, 1870-1924) qui soutient la thèse de la révolution en un seul pays pour une extension territoriale subséquente à l'ensemble des autres pays triomphe du trotzkisme (Trotzki, 1879-1940) qui est partisan d'une révolution d'emblée mondiale. L'anar­chisme, théorisé par le prince Petr Kropotkine (1942-1921), mis en application par Mikhaïl Bakounine (1814-1876) qui est au départ de tout le mouve­ment révolutionnaire russe, est balayé. Finalement la Russie connaît un totalitarisme stalinien(Joseph Staline, 1879-1953) et le Goulag qui l'accompagne (voir plus loin, les Églises orthodoxes). Antonio Gramsci (1891-1937), le socialisme à visage humain rend aux prolétaires (non au parti) le rôle de sujets dans la transformation du monde, l'élaboration de l'avenir (Alain Touraine reviendra de la notion d'acteur social à celle de sujet*). Ils en sont des "poètes", au sens étymologique de "créa­teurs". Que nul ne soit jamais plus objet du marché, mais toujours sujet (acteur) de sa vie.  Le communisme chinois connaît sa version particulière du totali­ta­risme maoïste (Mao TseDong,1893-1976) dont la révolution culturelle, qui dure dix années, est une impasse onéreuse. La suite est un capita­lisme sous autorité com­muniste. En Europe, la révolution culturelle maoïste fait des émules, en même temps que se répandent diverses formes de gauchisme. Le parti communiste italien, avec Enrico Berlinguer (1922-1984), tente en 1972 un compromis historique avec la démo­cra­tie chrétienne au pouvoir**. En France Louis Althusser (1818-1990) jette les bases d'une mise à jour du marxisme.
Touraine Alain et Khosrokhavar Farhad La recherche de soi. Dialogue sur le sujet, Fayard, Paris, 2000, p. 17-25, 272.
** Le compromis historique échouera en raison du refus de la démocratie chrétienne et de l'Église.
Les existentialistes : athées (M. Heidegger, J-P. Sartre), chrétiens (Gabriel Marcel, 1889-1973), suite à Sören Kierkegaard, ils remettent à l'honneur l'existence et son absurdité, l'angoisse existentielle, la notion de situation, la temporalité. On peut rattacher à l'existentialisme le penseur juif Martin Buber (1878-1965)pour son Le Je de le Tu (1923).

L' anthropologie philosophique de Max Scheler (1874-1928) : courant de la philosophie allemande contemporain du marxisme et de l'existentialisme. À l'époque où les sciences humaines et sociales sont en plein essor, cette philosophie se veut une approche de l'être humain en situation qui donne toute sa place au corps. 
Le personnalisme communautaire d'Emmanuel Mounier (1905-1950): dans les années de pré-guerre, puis de guerre, E. Mounier, philosophe et catholique, recherche une voie entre totalitarisme et individu­a­lisme. Des notions de sujet, d'individu, de personne (qui connaît une histoire commune avec le christianisme), ce dernier est le plus pertinent, le plus riche, surtout du fait qu'il ne se sépare pas de la notion de communauté. La personne se constitue et se pense, se vit communautairement. Nombre de chrétiens se sont reconnus dans cette démarche.
Le structuralisme : au lieu d'aller de la partie à l'ensemble (démarche structurelle), le struc­tu­ra­lisme va de l'ensemble, voire du Tout, à la partie sans jamais perdre de vue l'en­semble ni même le Tout ainsi que leur synchronicité (démarche structurale). Il a sa proto­histoire dans le Cours de linguistique générale de Ferdinand de Saus­sure (1916), avec lui, la structure prend la suite du phénomène de E. Husserl et des existentialistes pour s'épanouir dans la psychanalyse (Jacques Lacan, 1901-1981), dans l'eth­no­logie (Claude Lévi-Strauss, 1908-2009), dans la littérature (Roland Barthes, 1915-1980); dans l'exégèse biblique (Julien Greimas, 1917-1992 et son ‟carré sémiotique”), dans le marxisme (Louis Althussser, 1818-1990), dans les sciences humaines (Michel Foucault, 1926-1984 qui, après la mort de Dieu,  annonce la mort du sujet), au cours des années 1950-60 jusqu'à la fin du siècle. Cela restera une histoire bien française.

Simone Weil (1909-1943), admiratrice de la Grèce, d'abord philosophe du travail et de la condition ouvrière dont elle partage, un temps, en usine, la dureté, ensuite, mystique chrétienne en marge, attachée à la Passion du Christ (La Pesanteur et la grâce, 1947), sans jamais, toutefois, demander le baptême, elle décède à Londres, en 1943, en partie à cause des privations qu'elle s'impose pour survivre dans les mêmes conditions que les français soumis à l'Occu­pation.
Paul Ricœur (1913-2005) connaisseur et traducteur de Husserl, au milieu des ‟ismes" (marxisme, surréalisme, existentia­lisme, structuralisme, personnalisme), il trace un che­mine­ment personnel de protestant philosophe - non de philosophe protestant - (au cours de sa vie, sa foi fait l'objet de plusieurs réap­pro­priations qui, comme il l'écrit,‟ Finissent par  faire un destin”). Agressé par des étudiants à la fin d'un cours en 1968, il répond à une offre de chaire à Chicago où sa pensée s'épanouira. Sa dernière réflexion sur l'histoire et l'inter­prét­a­tion (Temps et Récit 1983-1985) peut évoquer le moment où une parole biblique devient parole de Dieu pour quelqu'un (du côté protes­tan­tisme).
Jacques Derrida (1930-2004) : c'est lui qui exprime le plus clairement l'état de la phi­loso­phie en Occident avec le mot de "déconstruction". Non pas la destruction, mais un auto-démontage en vue de repartir du bon pied cette fois. Il est aussi de ceux qui pensent à un christianisme sans Église.
Suite à la crise de la raison et du progrès, aux questions sou­le­vées par le multi­cul­tu­ra­lisme et les avancées scientifiques en tous domaines (liées principalement à la procréation et à notre mort), l'heure serait à l'anthropologie, l'écologie et l'é­thique, mais la philosophie ne prend pas significative­ment ce chemin. Des essayistes comme Jean Baudrillart, Peter Sloeter­dijk ont présenté des tentatives pour comprendre et prendre un nouveau départ. Certains philosophes, à l'heure qu'il est, se raba­t­tent sur les sciences cognitives.

Jacques Gruber

NOVEMBRE 2017

LES  ÉGLISES  AU  20éme  SIÈCLE

Les ORTHODOXES

Rappels : Méthode (825-885) et Cyrille (827-869), deux frères, évangélisent les Slaves et créent un alphabet qui deviendra l'alphabet russe ;
Ivan le Terrible, 1530-1584, premier à prendre le titre de tsar ;
Pierre le Grand 1672-17825, en 1721, crée le Saint-Synode, soumet l'Église à l'État, fait mettre la liturgie et autres textes reli­gieux qui étaient alors en vieux-slavon, dans une langue accessible à tous (slavon d'Église), schisme des Vieux croyants ;
Moscou estime qu'elle a pris la succession du patriarcat de Constantinople,


Dans l'empire Ottoman, juifs et chrétiens vivent en paix parce qu'ils sont une religion du Livre, mais ce sont des dhimis, des citoyens de seconde zone.

En Russie, écrivains : Nicolaï  Gogol  (1809-1852): les élans de la petite bourgeoisie ; Fédor Dos­toïevski (1821-1881): le peuple orthodoxe russe est le nouveau peuple mes­si­a­nique ; Henrik Ibsen (1828-1906): l'âme agitée des grands propri­é­taires.  Léon Tolstoï (1883-1945):  il ne suffit pas de gagner la guerre, encore faut-il faut gagner la paix, la grande aristocratie.
 L'intelligentsia russe occidentalisée, partie croyante, partie athée, coupée des masses, obtient la création de la Douma (Assemblée nationale, démocratrie représentative) en 1906, elle prépare la chute de l'empire autocratique tsariste qui s'écroule en 1917. En 1918, Lénine, à la tête des bolcheviques, balaie cette intelligentsia et établit le régime sovié­tique. En mars 1905, l'Église orthodoxe avait mis en train un programme de réforme (re­tirer le pouvoir, réservé aux seuls évêques, le remettre à une assemblée conciliaire formée de membres du clergé et de laïcs) et avait commencé de se libérer de sa dépen­dance du pouvoir du tsar (60 voix pour, deux voix contre). Une commis­sion prépara­toire du concile avait travaillé jusqu'en décembre 1906, mais devait échouer en 1907 en raison de l'hostilité qu'elle rencontrait dans l'Église. Néanmoins, dix ans plus tard, dans un Moscou livré à la guerre civile, le 15 avril 1917, un concile (environ mi-partie laïcs, mi-partie clergé), se réunit à la cathédrale  Upensky de Mos­cou et élit le patriarche Tikhon avec l'aval surprenant des autorités commu­nistes. Le concile se termine le 7 avril 1918 après avoir placé l'Église sur de nouvelles bases, alors que cinq mois plus tard, au mois d'octobre Lénine fait triompher la révolution bol­chevique.  Pourtant, déjà, en 1909, un groupe de quatre intellectuels marxistes notoires s'é­taient ralliés à l'Église : Nicolas Berdiaev (1874-1948), Michail Boulgakov (1891-1940), Michail Frank, Otto S. Struve (1897-1963), le groupe Vekhi.  Ce concile sera à l'origine d'un approfondisse­ment de la spiritualité parmi les membres de l'intelligentsia que Lénine va éliminer.  Ceux qui pourront émigrer vont former l'Église russe en exil, dont il faut citer le Mouvement des étudiants russes (soutenu par le métropolite Euloge de Paris et le métropolite Platon de New-York), qui va former les cadres orthodoxes du futur et l'Institut de théologie Saint Serge de Paris. L'Église orthodoxe russe en exil va nouer des relations fraternelles étroites avec les chrétiens occidentaux (Fraternité Saint Alban et Saint Serge, elle fera en cela œuvre de renouveau pour les uns et les autres, on la retrouvera dans la Résistance. La survie de l'église orthodoxe en Russie sera l'œuvre des classes populaires, les bolcheviques athées procèdent à l'emprisonnement du patriarche Tikhon, à l'exécution  du patriarche Benjamin de Saint-Pétersbourg, devenue Petrograd, à des destruction d’Églises, des persécu­tions qui font des martyrs, jusqu’à la bataille de Stalingrad (1942-1943). Bataille longtemps incertaine, Staline demande au métropolite des prières pour la victoire. Une fois celle-ci acquise, le ré­gime s’assouplit, un métropolite complaisant est en rapport avec Staline, qui autorise l’entrée de Église orthodoxe russe au Conseil mondial des Églises à Genève lequel, jusqu’à la fin de la guerre et la chute du stalinisme, sera le lieu de respiration des orthodoxes russes. L’Église vit au prix de nombreuses compromission. Avec la chute de la Russie soviétique, les Églises retrouvent leur liberté, leurs biens et leur pouvoir.

Les CATHOLIQUES
Pour les catholiques, l'Église réunit les saints du Paradis, les nouveau-nés sans baptême des Limbes, l'Église pénitente des chrétiens du Purgatoire, et l'Église visible des baptisés catholiques dispersés dans le monde. L'Église est triomphante au Paradis, souffrante au Purgatoire, militante sur terre. Le terme de "catholique" ne signifie pas seulement "universel", mais, comme l'indique l'étymologie, ‟selon le tout” (l'Église est tota­li­sante).
 La Succession apostolique qui culmine dans la personne du pape, confère  l'autorité du Christ lui-même ; ce que l'Église lie sur terre est lié dans le ciel, ce qu'elle délie sur terre est délié au ciel (Matthieu 16, le Pouvoir des Clés), ses actes sont ratifiés dans ou pour l'Éternité, sa parole a la même valeur que la parole de Dieu biblique (Vatican 2, Dei Verbum 8). Le Saint-Siège est une monarchie absolue.
Par l'action de la Vierge Marie, par l'intercession de ses saints, par l'efficacité  de ses sacre­ments qui encadrent la vie du chrétien, par l'ordination de son clergé, par la sacrali­sa­tion des rites, des lieux, des objets, l'Église est l' intermédiaire obli­gé du salut.

Léon 13 (1878-1903), ralliement à la République, doctrine sociale catholique, appel à évangé­li­sation du monde ouvrier (encyclique Rerum Novarum, 1891), encourage l'exégèse, et le néothomisme.

Pie 10 (1905-1914), Messe de saint Pie 10 ;

Benoît 15 (1914-1922), tente vainement une médiation dans la guerre, en 1917, Code de droit canon en 1917;

Pie 11 (1922-1939), Accords du Latran avec Mus­so­lini 1929, la Cité du Vatican devient un État, le pape chef d'État, l'Etat italien lui verse une somme considérable en dédomma­ge­ment des Terres du papes en Italie, argent qui est à l'origine de la banque du Vati­can, il signe un concordat avec Allemagne en 1933 (accession d'Hitler au pouvoir), condamne l'Action française, le fascisme ita­lien, le com­munisme, le nazisme (1937) ;

Pie 12 (1939-1958),on lui reproche son silence sur la Choah, les filières d'anciens nazis vers l'Amérique du Sud (en France, l'affaire Paul Touvier, chef de la milice de Lyon caché par des religieux), il définit le dogme de l’ Assomption de Marie  en 1950 (au milieu du siècle) ;

Jean 23 (1958-1963) : convoque le concile de l’ aggiorna­mento , il décède au cours du con­cile;  

Paul 6 (1963-1978) : prend en charge la fin du concile, la Tradition (Parole de l'Église) est, identiqu­ement avec la Bible, parole de Dieu (Dei Verbum 8), mise en application du concile (la messe de Paul 6 en langue vulgaire, face à l'assistance) ; Encycliques Pop­­­u­lorum Progressio, 1967, s'exprime au sujet des mouvements révolution­naires, Hu­m­a­nae Vitae de 1968 prend position contre la régu­la­tion art­i­fi­cielle des naissances ;

Jean-Paul 1er (1978, pendant 33 jours) ;

Jean-Paul 2 (1978-2005), ‟Le concile, tout le concile, rien que le concile”, voyages triom­phalistes, le pape des medias, 2000 béatifications ou canonisation sous son pontificat (en 25 ans) contre quelques centaines en plusieurs siècles précédemment ; pour mar­quer l'an 2000, le Saint-Siège publie un texte rédigé par le cardinal Joseph Ratzinger : Dominus Jesus qui réaffirme les positions le plus traditionnelles de l'Église catholique ;

Benoît 16 (2005-213), confirme Humanae Vitae, les affaires de pédophilie viennent au grand jour (‟Les ennemis de l'Église ne sont plus dehors, ils sont en elle”), il démissionne ;

François 1er (2013-), premier pape d'Amérique du Sud.

Élaboration d'une  Doctrine sociale catholique dans la ligne de Marc Sangnier, Le Sillon (1873-1950) et d'Em­ma­nuel Mounier (1905-1950), axée sur la notion de "dignité humaine".
Création de Caritas international, des Secours catholiques, des Emmaüs.

Parmi les nouveaux saints et saintes, il faut signaler  Bernadette Soubirous (1844-1879) qui a des appari­tions de la Vierge  à Lourdes  ; Thérèse de Lisieux (1873-1897) docteur de l'Église qui retrouve l'éthique dans le monde de Calvin ; Mère Teresa (1910-1997) de Cal­cutta et les intouchables.

Après la fin de la dernière guerre mondiale, la Choah, l'œcuménisme  : Déclaration de culpabilité de l'Église évangé­lique allemande, Stuttgart, octobre 1945 ;  1945, Entre­tiens de Seelisberg (Suisse) où Jules Isaac réunit Juifs, catholiques (4), protestants (28) avec qui il rédige une déclaration de reconnaissance réciproque : les Dix Points de Seelis­berg ; 1948, création de l'Amitié judéo-chrétienne, sep­tembre ;  1994, Décla­ra­tion de repentance des évêques de France ; œcu­mé­nisme oblige, les relations entre ca­tholiques et or­tho­doxes se sont  améliorées (ren­contre entre le pape Paul 6 et le Pa­tri­arche œcuménique Athénagoras 1er à Rome, en 1967, après que les décrets d'ex­com­mu­nication réciproques de 1054 aient été révoqués), mais elles restent gelées avec le Patriar­cat de Moscou. L'Église catholique veut bien entretenir des relations avec les protestants, mais elle leur refuse le titre d'Église (Congrégation pour la doctrine de la foi, Cardinal Joseph Ratzinger, Dominus Jesus, 2000).

Dans le domaine de la pensée :

Des écrivains catholiques  : par exemple : Paul Claudel (1868-1965), Le Soulier de satin qui illustre la doctrine catholique de la réversibilité des mérites ; François Mauriac (1885-1970), Thérèse Desqueyroux, un crime sans pardon au sein d'un couple sans amour ;  Georges Bernanos (1888-1948), Journal d'un curé de campagne, la passion d'un jeune prêtre qui s'épuise, jusqu'à en mourir, dans son sacerdoce. Julien Green (1900-1998), Moïra : le  combat d'un homme contre un destin (son homosexualité) qu'il cherche vainement à repousser ; Graham Greene (1904-1991), La Puissance et la Gloire, un prêtre que la guerre contraint d'agir  contre ses convictions pour sauver l'œuvre qu'il a créée.

Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955), père jésuite, anthro­po­logue qui découvre le sinanthrope en 1929, il suit les éveils successifs de la cons­cience dans l'histoire et étudie le phé­nomène général de la conscientisation, le Christ sera pour lui le moment suprême décisif d'une conscientisation univer­selle, avec lui, désormais, nous sommes alignés sur le ‟Point Ômega”, parachèvement du ‟phéno­mène humain” et fin de l'histoire. In­ter­dit de publier, ses textes circulent sous le man­teau, ils seront édités après sa mort. Sa pensée sera condamnée par l'Église.

Jacques Maritain (1882-1973), protestant converti au catholicisme, il essaie de renouveler le tho­misme, mais son néothomisme n'obtient pas le retentissement souhaité.  

Henri de Lubac (1896-1991) : jésuite, le livre qu'il publie en 1946, Surnaturel lui vaut l'accusation de modernisme, il est interdit d'enseignement puis, ayant donné des gages d'orthodoxie, réhabilité en 1958. Le pape Jean 23 le prend parmi les experts qui préparent Vatican 2, où il siégera. Il sera créé cardinal par Jean-Paul 2 en 1953, année où il publie Méditation sur l'Église. Il est l'un des plus importants commentateurs du concile (Paradoxe et Mystère de l'É­glise1967-, Athéisme et sens de l'hommeLa Révélation divine -1983-).

Karl Rahner (1904-1994), jésuite, auteur d'une œuvre théologique qui couvre l'ensemble de la doctrine catholique (parfois proche de Karl Barth dont il exprime des idées fonda­mentale avec ses formules d' ‟auto-révélation  de Dieu”, de ‟Dieu avenir absolu de l'homme”), expert au concile de Vatican 2.  Pour lui, l'Incarna­tion (phéno­mène ininterrompu) per­met de récupérer tous les progrès hu­mains dans et par l'universalité -la catholicité, tota­li­sante- de l'Église. Sa conception des ‟chrétiens anonymes” (les êtres humains ignorants du christianisme qui n'en ont pas moins mené une vie exem­plaire voire édifiante) n'a pas été suivie par l'Église et celle de la ‟transignification” pour l'eucharistie a été con­damnée par l'encyclique Mysterium fidei (Paul 6, 1965).

Hans-Urs von Balthasar (1905-1988) : jésuite suisse, parfois présenté comme le rival catholique de Karl Barth avec qui il partage une prédilection pour Mozart. Créé, in extremis, cardinal par le pape Jean-Paul 2. Il est l'auteur d'une œuvre théologique qui occupe 17 volumes et plusieurs autres livres encore. Sa pensée nourrie de l'art et du théâtre, comporte une esthétique : La Gloire de la Croix, une dramatique : Dra­ma­tique Divine, une théologique, apparentée à une théologie du Saint Esprit. Très critiqué, il se replie sur la Revue qu'il a fondée.

Jean Danielou (1905-1974) : jésuite auteur d'une œuvre abondante, créé cardinal par le pape Paul 6 en 1969, membre de l'Académie française (1972), auteur d'une œuvre de témoi­gnage très abondante, il meurt d'une crise cardiaque au domicile d'une prostituée par­isienne à qui il venait apporter des secours.

Les théologies de la libération (parfois "de la révolution") : Dans la seconde moitié du 20ème siècle, des "théologies de la libération" vont naître du sein des masses de pauvres catholicisés d'Amérique latineLe message évangélique, réinterprété à travers une grille mar­xiste-léniniste*, conduit à un gauchisme christianisé où la victoire des masses oppri­mées sur les forces d'oppression permettra enfin au christianisme de se découvrir lui-même. Bien que des voix protestantes françaises s'y soient jointes (Georges Casalis, 1917-1987, qui parle de "théologie inductive", voir ci-dessous), il s'agit essentiel­le­ment d'un phé­no­mène ca­tholique où l'Église continue a être première par rapport à la Parole et d'un phéno­mène sud-américain. C'est là que vont naître, à ­côté des Églises établies, des com­mu­­nau­­tés d'églises, po­pu­laires, fait historique qui jouera sans doute le plus contre les théologies de la libération quand le pape Jean Paul 2  les condamnera.
Je retiendrai un élément de cette interpellation : la nécessaire  attention portée par les religions sur ‟les conditions profanes de leur production”** qui les situe soit du côté des opprimés soit de celui des oppresseurs, sans se laisser entraîner, pour autant, dans l'esprit de cette dichotomie révolution­naire (pré-manichéenne), du moins en ce qui concerne le christianisme et alors que les théologies de la libération ne l'ont pas évité.
De même que le thomisme avait fait choix de la philosophie d'Aristote, désormais c'est avec les catégories du matérialisme marxiste que les théologiens chrétiens rendront compte de la foi chrétienne, pouvait-on lire sous certaines plumes.
** ‟Nous appellerons donc "matérialiste" un christianisme qui assume consciemment et critiquement son rapport à ses conditions profanes de production et en dernière instance aux conditions économiques et clas­sistes Cette référence ne demeure nullement extérieure au christianisme, mais elle le transforme dans son con­te­nu qui apparaît comme essentiellement politique et économique, sans pour autant se réduire à ces di­mensions”. Giulio Girardi, Foi chrétienne et matérialisme historique, Parole et Société 1974/3. Est frappée d'inauthenticité toute théologie qui parlerait de l'éternité de manière intemporelle, de la culture biblique de façon extra-culturelle, de l'inconditionné, l'inconditionnel comme si l'on n'était pas dans une condition conditionnée.
La théologie de la libération n'a pas survécu à la fin de L'Union soviétique en 1991.    

René Girard (1923-2005) : uni­ver­si­taire français, catholique non pratiquant voire agnos­tique. Il étudie les mythes et remarque qu'ils ont tous en commun la violence liée au sacré à une exception près : la Croix de Jésus qui dénonce le sacré et sa violence. À la suite de quoi, les Écri­tures bibliques deviennent pour lui moins objet que sujet : l'a­mour qui dé­mystifie tout et nous démasque tous (Des choses ca­chées depuis la création du monde). (Voir, ci-dessous, Les Protestants : l'exégèse narrative).

La piété mariale continue et se renforce avec de nouvelles apparitions de la Vierge Marie (Fatima, Portu­gal, 1917 ; Beauraing, Belgique, 1932 ; Banneux, Belgique, 1933 ; Amsterdam, 1945-1959 ; Aki­ta, Japon, 1973-1981 ; Betania, Vénézuéla, 1976-1988 ; Kiberho, Rwanda, 1981-1986, soit sept sur quinze) et le dogme de l'Assomption de Marie (Pie 12, 1950).

Le concile de Vatican 2 : réuni par le pape Jean 23 en 1962, terminé par le pape Paul 6  en 1965. C'est le concile de l'ouverture (de l' "entrouverture" si l'on considère sa mise en œuvre) : ouverture en direction de la Bible dont la lecture privée est autorisée, dans la direction des laïcs (qui parvien­dront, pour les hommes, au diaco­nat, première marche dans le sacrement de L'Ordre) et des femmes (appelées à de nombreuses activités pour pallier à la diminution du nombre des prêtres), des Juifs (Nostra Aetate), des orthodoxes, des protestants (mariages dits "œcumé­ni­ques"). Dei Verbum est difficile à entendre quand il pose que la Tra­di­tion catholique a la même valeur et force que la parole de Dieu (Dei Verbum 8). Le concile annonce la fin de la théologie de la substitution (L'Église a pris la place d'Israël dans l'œuvre de salut de Dieu), corrections en ce sens dans les prières du Vendredi Saint. Le concile est suivi par les pontificats de Jean-Paul 2 et de Benoît 16, membres de la minorité conservatrice du concile qui auront pour tâche l'ap­pli­ca­tion de celui-ci (‟Le concile, tout le con­cile, rien que le concile”). Il aura pour contre-coup le ren­for­cement des ca­tholiques intégristes et le schisme des  "tradition­na­listes" emme­nés par l'évêque français Marcel  Le­fèvre (1905-1991) et son séminaire d'Écône, en Suisse, tenants de la ‟Messe de saint Pie 10”, contre celle de Paul 6.       
Les prêtres pédosexuels : un scandale qui remonte loin, mais qui n'éclate qu'après Va­­tican 2. Il touche, souvent largement, les pays occidentaux et l'Australie.

Au mois de décembre prochain, nous donnerons un aperçu des Églises protestantes à la même époque.
                                                                                              Jacques Gruber



DÉCEMBRE 2017

les PROTESTANTS
L'empreinte protestante

L'Église est l'Église locale (la paroisse, partie prenante du synode) :  ‟Là où la parole de Dieu est fidèlement annoncée et les sacrements [baptême et cène] correctement administrés” (Luther) ; Calvin ajoutait l'observation de la Discipline. Paul Tillich introduit la notion d' ‟Église latente”  : les non-chrétiens du monde qui sont des chrétiens qui s'ignorent (théologie de la culture). Pour les Réformateurs, l'Église visible compte des "hypocrites" (qui font semblant d'être chrétiens) parmi ses adeptes,
la seule vraie Église est l'Église invisible : communion des saints (passés, présents et à venir) que seul le Seigneur connaît. Jésus n'a sans doute jamais prononcé le mot d' ekklesia, c'est l'évangéliste Matthieu et lui seul, qui met ce mot dans sa bouche (Matthieu 16, 18-19 ; 18, 17), en revanche, c'est un terme du vocabulaire des Épîtres.
derniers nés des courants du protestantisme :
Le Pentecôtisme : Le Saint Esprit, grand oublié de la théologie occidentale, à l'inverse de ce qui se passe pour la théologie de l'Église orientale, se rappelle brusquement à notre souvenir en 1906, avec William Seymour, évangéliste afro-américain (1870-1922). Retrouvant la veine des montanistes (2e-3e siècles), de Syméon le nouveau théologien (10e-11e siècles), de Joachim de Flore  (12e-13e siècles), des anabaptistes (16e siècle). Les effusions du Saint Esprit (témoignage, liturgie participative, guérisons), la Bible vécue dans l'actualité (proximité de la Parousie, le royaume de Dieu imminent), tiennent lieu de théologie. À sa naissance, il réunit des éléments protestants et des éléments ca­tholiques, du côté protestant : la place de la Bible, l'expression collective dans et par le chant, du côté catholique, l'affirmation du libre arbitre et l'idée du salut qui se développe suivant un ordre : con­ver­sion, sanctification, baptême du Saint Esprit.   On ne peut le relier au prophétisme cé­ve­nol. Le pentecôtisme connaît un grand développement dans les pays en voie d'évangélisation, où il se charge d'éléments locaux, mais aussi dans des pays de vieille culture chrétienne (les charismatiques). Non seulement l'Esprit agit dans et par les Écritures, mais il peut aussi inspirer directement les dires et les actes d'une personne (illuminisme), l'émotivité  risque alors de dominer l'intelligence. Dans la richesse des effusions, il pourrait y en avoir d'antagoniques. Dans les jeunes généra­tions actuelles, des théologiens pentecôtistes se forment, étudiants dans les meilleures facultés. Le mouvement charismatique catholique (encadré par des membres du clergé) date de la fin des années 1960.

Églisess adventiste du septième jour : elles se donnent pour règle de suivre les prescriptions des deux Testaments. D'où une remise à l'ordre du jour du Chabbat. Le culte et une journée de chabbat ont lieu le septième jour, le samedi, à l'instar des Juifs. L'attente messianique y est entretenue.

Les mouvements de jeunesse : Scoutisme : Robert Baden-Powell (1857-1941) crée le scou­tisme en 1907, s'exporte en France en 1911 (côté protestant, les Unions chrétiennes de jeunes-gens), mouvement éducatif (loi du groupe, fidélité, parole donnée, dé­brouil­lar­dise, nature, religion*, générosité, responsa­bi­lité indi­vi­duelle). Mouvement unioniste fran­­çais se veut ouvert à tous, indépendant des Églises, mais avec une religiosité bi­blique sous la responsabilité des chefs ou chef­taines.
*Lord Robert Baden-Powell, anglican attaché à sa religion, disait clairement qu'une personne sans religion était inaccomplie. Pourtant, au départ, en France, en 1911,  les "éclaireurs" se voulaient neutres bien que plutôt d'inspiration protestante, mais quand les catholiques créèrent leur mouvement particulier avec ses aumôniers, un éclatement se produisit entre Scouts de France (catholiques), Éclaireurs unionistes (d'inspiration protestante), Éclaireurs de France (laïques), puis Éclaireurs juifs, Scouts musulmans.
Dans les pays où règne le totalitarisme, ces mouvements servent à embrigader la jeu­nesse, sans véritable but éducatif.
Les communautés de type monastique se développent surtout depuis 1940 (guerre 39-45) Diaconesses, sœurs de Po­mey­rol (France), ­sœurs de Grandchamp (Suisse), communautés masculines angl­i­canes. Dans la même ligne la fin de la guerre 39-45 correspond à un renouveau lirur­gique. La communauté de Taizé, fondée par les pasteurs  suisse-romands Roger Schutz et Max Thurian, sert de relai aux Juifs qui fuient vers la Suisse toute proche jusqu'à qu'elle soit obligée de se replier à Genève. Passée la guerre, elle réunit une communauté de pasteurs. Taizé vit l'œcuménisme jusqu'au pro-catholicisme (le frère Max Thurian se convertira au catholicisme et de­vien­dra prêtre). La communauté, dirigée aujourd'hui par le Frère Aloys, dans un esprit de retraite liturgique, organise des rencontres de jeunes.
Le protestantisme allemand pendant la guerre : en 1933 le vote des allemands en faveur d'Hitler (les deux tiers des protestants sont pour), quelques grands noms de la théologie sont hitlériens (Reinhold Seeberg, Emmanuel Hirsch, les Kittel père -Helmuth- et fils -Gerhard- etc.) ; Goebbels, protestant au départ, devenu hitlérien puis nazi, ministre de la propagande de Hitler, diffuse les libelles antisé­mites de Lu­ther, pour instrumentaliser les protestants.
La Rose blanche : Hans et Sophie Scholl, protestants engagés, forment un groupe d'étudiants anti-hitlériens, à Munich, l'un des membres, Alexander Schmorell,  est orthodoxe, d'autres sont cathol­i­ques, inspirés par Mgr van Galen qui dénonce les exécutions de malades men­taux, mais leurs tracts vont bien au-delà, ils y dénoncent la Choah, guillotinés en février 1943 avec tous les autres membres du groupe, y compris leur professeur de philosophie Kurt Huber.
L'Église confessante  : Martin Niemöller, 1892-1984, résistant à Hitler (le Pfarrernot­bund) déporté à Sachsenhausen puis Dachau, pendant huit ans ; synode de Barmen (1934) qui dénonce l'idéologie nazie et les chrétiens qui s'y rattachent, l'amiral Wilhelm Canaris (1887-1945), chef des services du contre-espionnage de l'armée allemande, exécuté avec Dietrich Bonhöffer (1906-1945), Ernst Käsemann (1906-1998, théologien, exégète du Nouveau Testament. Le peuple, les gouvernants et les Eglises des Pays-Bas, soutenus par la reine Wilhelmine, réfugiée à Londres, ont refusé la collaboration, d'où des mesures de rétor­sion, les nazis obligent les Juifs à contribuer eux-mêmes à leur déportation que certains imaginent encore comme des camps de Travail. Au synode national d'Alès en 1941, sous l'im­pul­sion de Marc Boeg­ner, L'Église réformée de France refuse les lois ra­ciales de l'État français (l'his­torien qui relate le fait -Patrick Cabanel- note qu'il s'agit là d'un acte de Résistance). Le pasteur André Trocmé (1901-1971) et son épouse Magda (1901-1996) ont sauvé trois mille Juifs au Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire).
L'Église évangélique allemande publiera une Déclaration de culpabilité (Stuttgart 1945) concernant sa conduite face à la Choah.

Le Christianisme social, mouvements pour une société meilleure non contre l'État, mais avec lui, marqués par la tenson entre modérés et révolutionnaires (Angleterre, États-Unis, France, France). Sinon le royaume de Dieu sur terre, du moins ses prémices. Un de ses produits en France : André Philip (On peut y associer Michel Rocard qui rattache sa vocation socialiste à la parole ‟Il est plus facile à un chameau d'entrer par la trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu”). Le Conseil œcuménique des Églises lance un débat sur le thème de la révolution (en rapport avec les mouvements révolutionnaires de l'époque : Conférences d'Église et Société, 1966).
En 1939,création de la CIMADE (Comité inter-mouvements -la Fédération des étudiants protestants et les Éclaireurs unionistes- d'aide aux déportés et evacués), sous l'impul­sion ce Suzanne de Dietrich et Madeleine Barot.
En 1974, au moment de la guerre du Vietnam, création de l'ACAT (Action des chrétiens contre la torture) aujourd'hui, internationale, fondée, autant que je sache, par deux anglaises ou américaines protestantes.
Une bonne dizaine de mouvements et d'œuvres protestantes nationales ou interna­tio­nales.

La lutte anti-raciste : Martin-Luther King, 1929-1968, pasteur baptiste américain, activiste non violent des mouvements pour les droits civiques, Prix Nobel de la Paix en 1964, assassiné à Memphis en 1968.

Les ministres homosexuels : exclus chez les Évangéliques, possibles dans les autres églises, chez les anglicans, cette question oppose les Églises occidentales (euro-américano-australiennes) et les Églises afro-indiennes.

Les mariages de couples du même sexe : sur le plan de la langue,  le terme de ma­riage n'est pas le bon (un mariage est l'union de deux éléments différents) ; ces bénédictions di­visent les Églises. à l'intérieur de chacune d'elles, entre ceux qui l'admettent et ceux à qui cela répugne, à l'extérieur, entre hémisphères Nord et Sud, entre l'Ouest et l'Est. La décision du synode national français du Lazaret (2015) autorise la bénédiction à de couples homosexuels selon accord local du conseil presbytéral.

Des accords entre protestants à l'échelle mondiale : com­munion ecclésiale (entre luthériens et réformés européens : Leuen­­berg, 1973 ; entre protestants allemands et anglicans : Meis­sen 1988 ; entre anglicans et nordiques : Por­voo, 1992 ; entre luthéro-réformés et anglicans, Paris-Reuilly 1999 et même  entre catholiques et luthé­riens : Déclaration commune sur la justification, Augsbourg, 31 octobre 1999. Entre Églises protestantes ces accords éta­­blis­sent l'ouverture à tous de la cène et la réciprocité des ministres.

Le Conseil Mondial (ou Œcuménique) des Églises, créé en 1948 à Amsterdam, après une gestation qui commence en 1910 avec la Conférence missionnaire mondiale d'Édim­bourg, sera un lieu de médiation entre Église d'Orient et d'Occident tout au long de la guerre 39-45. Les Églises orthodoxes du Patriarcat de Moscou y trouveront un lieu de respiration jusqu'à la chute du Mur de Berlin (1989) puis du Rideau de fer (1990). L'Église catholique romaine, en raison de sa propre définition, ne pourra pas en faire partie ; dans les meilleurs moments, elle y aura ses observateurs. C'est une initiative protestante et, jusqu'à aujourd'hui, tous ses secré­taires généraux auront été protes­tants. Dans la période de paix de ces trente dernières années, les Ortho­doxes se sentiront mal à l'aise et demanderont une plus juste place, mais il semble que ce projet n'ait pas abouti (comment réunir une constitution de type presbytérien-synodal avec une autorité sacer­dotale hiérarchique issue de la Tradition ?). Aujourd'hui, en période de  repli sur soi de chaque Église, le Conseil Mon­dial de Genève connaît une phase d'effacement. Son rôle dans la réflexion et les progrès œcuméniques, l'ouverture aux autres et le secours des victimes est déjà historique.

Les Églises hors des Églises : À la fin du 19ème siècle le pentecôtisme (auxquels on donne parfois une racine européenne avec les "prophètes" du mouvement Camisard en Cévennes, au 18ème siècle) apparaît aux États-Unis. De nouveaux inspirés dans la ligne des prophètes bibliques et de Jésus, auxquels ils se veulent entièrement fidèles, vont s'adresser aux laissés- pour-compte des Églises avec une prédication accom­pagnée de guérisons. Les charis­ma­tiques sont un mouvement de renouveau et une reprise du pentecôtisme par les Églises (spécialement dans l'Église catholique). 
Les Évangéliques, mouvement d'évangélisation à grande échelle qui annonce ‟Jésus seul” aux États-Unis avec les téléévangélistes, en Afrique, avec les missionnaires fonda­men­ta­listes, en Europe, depuis le dernier quart du 20ème siècle, avec des "évangélistes" parfois auto-proclamés. Ils sont en partie dans la ligne du Réveil mé­thodiste, des baptêmes baptistes, des inspirés guérisseurs du pentecôtisme, mais refusent la théo­logie de la prospérité améri­caine. Leur prédication, qui fait appel au sentiment, rela­ti­ve­ment simple, en partie improvisée,  axée sur Jésus, fondamen­ta­liste, moraliste et con­ser­vatrice, est participative (hallélouyas*, batte­ments de mains, témoi­gnages) et s'accom­pagne des rythmes africains et de la musique électro­nique. Les évangéliques sont des enthousiastes qui peuvent donner dans l'illuminisme  : la réalité de vie du Saint Esprit qui oublie qu'elle concerne aussi l'intelligence (l'intelligence de la foi).            Quoi qu'il puisse en être de tout cela, en attendant, ils font ce que nous ne faisons pas : ils évangélisent.
*Hallélouyah : équivalent de ‟Vive le Seigneur” ou ‟Hourrah au Seigneur”.
En France, portés par leur succès et jaloux de leur indépen­dance, ils préfèrent, pour le moment, rester à l'écart de la Fédération protestante de France, ils se sont rassemblés  au CNEF (Centre National des Évangéliques de France).


Le  travail biblique et théologique des protestants :

Il n'y a pas d' "écrivains protestants", mais des protestants  qui écrivent : par exemple : Ernst Wiechert (1887-1950), Les Enfants Jeromine, ‟un pasteur né le dimanche” ; André Gide (1869-1951), le détournement de l'Évangile, La Porte étroite : une jeune femme qui de détruit pour avoir compris par étroitesse d'esprit la parole du Sermon sur la montage sur la porte étroite qui conduit au salut (Matthieu 7, 13-14). Parmi les autres écrivains d'origine protestante : Julien Viaud dit Pierre Loti (1850-1923), multiculturaliste avant l'heure, Thomas Mann (1875-1955) humaniste moderne reve­nu de l'idéalisation du monde grec ancien (voir La Montagne magique, Nuages).

Le travail biblique,
suite à l'établissement des textes du Premier Testament et du Nouveau Testament, l'exégèse historico-critique qui prend la suite de la Méditation biblique, sans supprimer celle-ci, accomplit un travail considérable :
École de Tübingen, Ferdinand Baur, 1792-1860, l'histoire des premières Églises suit le mouvement hégélien de la thèse, l'anti­thèse, la synthèse. 
École de l'histoire des religions, comparaisons entre la religion biblique et les autres reli­gions du Moyen-Orient ancien, le Sitz im Leben - le contexte de vie-, Julius Wellhausen (1844-1914) et les sources du Pentateuque (sources Yahwiste, Élohiste, Deuté­ro­no­miste, Sacerdo­tale).
École de l'histoire des formes historiques, les textes sont étudiés selon leur genre mythe, légende, oracle, miracle, texte législatif, poésie, histoire, parabole, leur cadre, un autre angle du  Sitz im Le­ben.
École de l'eschatologie, Johannes Weiss, 1865-1914, l'annonce du Nouveau Testament est celle de la proximité d'un acte final de Dieu : le royaume de Dieu, com­ment nous situons-nous aujourd'hui par rapport à cette annonce ? (voir la réponse de A. Schweitzer).
École du mythe : la personne de Jésus est présentée dans un discours qui relève de diverses mythologies, avec Martin Kähler 1835-1912, distinction entre le ‟Jésus de l'histoire et le Christ de la foi” (distinction qui ne signifie pas opposition, séparation, comme certains veulent le croire)*. Voir ci-dessous la démytholigisation de Rudolf Bultmann.
*On pourrait aussi bien parler de ‟Jésus de la foi” (confiance entière en Jésus née de la prédication de l'Évangile) et de ‟Christ de l'histoire” (histoire des dogmes).
École radicale, aux Pays-Bas, dans le Nouveau Testament, tout est fictif, rédigé par un groupe en vue de prendre le pouvoir ; dans une seconde période : les Évangiles exploitent un "culte de Jésus" préexistant dans le Proche-Orient. Voir Arthur Drews, Die Christusmythe, 1909-1911.
École historique de la rédaction, Hans Conzelmann, Die Mitte der Zeit (Le milieu des temps, exégèse de l'Évangile selon Luc, 1954) : alors que l'École des formes historiques cons­i­dère de petites unités de texte, cette école s'intéresse à la personne et au style des rédacteurs bibliques, aux textes pris dans leur globalité.
L'exégège barthiste : Wilhelm Vischer, 1895-1988, Le témoignage rendu au Christ dans le Premier Testament, plusieurs volumes (attestations parfois forcées) ; Gerhard von Rad, 1901-1971, Théologie de l'Ancien Testament : la révélation biblique ne commence pas avec la Création, mais avec la Sortie d'Égypte (la libération d'un peuple).
L'exégèse narrative : pénétrer dans l'acte d'écriture même, aux intentions des auteurs. Origine : Robert Alter (né en 1935, professeur à l'université de Berkeley, États-Unis), The Art of Bliblical Narrative, 1981 : rencontre d’un critique littéraire et d’un hébraïsant familier du midrache sur le texte du Premier Testament. Paul Ricœur (1913-2005) estime que l'exégèse ne se suffit pas à elle-même, qu'elle est dépassée dans sa propre ligne par l'hermé­neu­tique, l'interpré­ta­tion, qui ouvre l'accès à ‟une nouvelle naïveté post-critique”*. Daniel Marguerat (né en 1943) pousse cette recherche jusqu'à nous faire pénétrer ‟dans les coulisses” de la rédaction des textes bibliques**.
* Voir ses textes d'herméneutique biblique, traduits et publiés par François-Xavier Amherd : F-X. Amherdt : Paul Ricœur L'herméneutique biblique Éditions du Cerf, 2001.
** Daniel Marguerat et Yvan  Bourquin  : Pour lire les récits bibliques. Initiation à l’analyse narrative,  Genève-Paris, Labor et Fides-Éditions du Cerf.

Un seul aspect de la Bible qui ne sera étudié qu'au 21ème siècle : l'archéologie préhistorique.

Parmi les grandes entreprises, il faut signaler :
le Commentaire du Nouveau Testament selon le Talmud et le Midrach (Kommentar des Neuen Testaments aus Talmud und Midrasch) de Hermann Strack (1848-1922) et Paul Billerbeck (1833-1932), 8 volumes, qui donne, pour chaque occurrence du Nouveau Tes­tament, les textes du Talmud ou les commentaires du Midrach qui y correspondent.
De même, le Dictionnaire théologique du Nouveau Testament (Theologisches Wörterbuch zum Neuen Testament) de Gerhard Kittel  (1888-1948)* et collabora­teurs, en 18 volumes qui donne les sens de chaque mot du Nouveau Tes­ta­ment ainsi que leur emploi dans les textes de la littérature chrétienne ou profane du 1er siècle.
* Gerhard Kittel, éminent théologien protestant, membre du parti nazi, notoirement antisé­mite, a fait l'objet d'une épuration à la fin de la guerre 39-45.

Le travail théologique
non moins considérable : les indications qui suivent ne sont là que pour donner envie d'aller plus loin ; pour cela, voir l'Annexe ci-jointe.

Rudolf Bultmann (1884-1916) : La démythologisation (non une démythisation) consiste à faire parler les mythes bibliques, ils nous font alors découvrir des possibilités d'existence nouvelles et uniques en leur genre.
Karl Barth (1886-1968) : Pour l'Église (sa prédication), les doctrines bibliques traitées dans l'analogie de la foi, sont nécessaires et suffisantes.
Dietrich Bonhöffer (1906-1945) : La Grâce a bon marché écœure le monde, la Grâce coûte jusqu'à notre vie peut-être. Dans la tension de ces temps avant-derniers, l'éthique chré­tienne doit permettre des témoins de la sainteté-pour-tous.
Oscar Cullmann (1902-1999) : Le déjà-la (Jésus) et le pas encore (le témoignage chrétien) ne peuvent se séparer, ils permettent d'inscrire le salut chrétien dans l'Histoire profane.
Paul Tillich (1886-1965) : Nous pouvons trouver des corrélations (ni correspondances, ni équivalences) aux notions bibliques dans toutes les cultures.
Théologie du Process : théologie qui fait appel à une philosophie (la métaphysique du mathé­ma­ticien Alfred  Whitehead, 1877-1947). Dieu évolue et fonction de nos évolutions.
Théologie de la Mort de Dieu : Nietzsche : La civilisation occidentale a fait faillite entraînant le christianisme avec elle, Dieu est mort. Plusieurs théologiens ont pris au sérieux cette constatation, pour un christianisme entièrement sécularisé : John A.T.  Robinson, Honest to God, 1963 (influencé par P. Til­lich) ; Harvey Cox, The Se­cu­­lar City, 1965 ;  John Hick, The Myth of God incarnate, 1977 ou  encore ‟Des Christs par milliers”, film de Philippe Arthuys, 1971, qui diffuse, en arrière plan, la Pas­sion selon saint Matthieu de J-S. Bach : tous les martyrs d'une cause humaine sont des "christs". Une voie qui peut conduire jusqu'à des théologiens qui se diront athées : l' "athéisme christologique" qui pousse au-delà de ses limites l'idée de la kénôse de Philippiens 2, 6-7 (Jésus s'est vidé de sa divinité pour devenir semblable à nous). On en arrive au N'importe quoi.
Pour Etty Hillesum (1914-1943), jeune juive proche de l'Évangile, morte en déporta­tion, auteur d'un Journal intime 1941-1943 et de Lettres de Westerbork (le Drancy néerlan­dais) et pour Dorothée Sölle (née en 1929) : Die Stellvertretung (La Suppléance ou Repré­sen­t­ation), il s'agit plutôt d'un Dieu non-tout puissant, voire impuissant : désormais Dieu ne peut plus rien pour nous, c'est à nous ce faire quelque chose pour Lui.
Théologies marxistes : théologies de la libération ou de la révolution qui lisent la Bible à travers une grille marxiste dans une optique manichéiste pour laquelle il n'y a que deux camps, les opprimés et les oppresseurs, on ne peut être que dans l'un ou dans l'autre. En France, du côté protestant, on peut citer Georges Casalis (1917-1987).

LES  PARA-ÉGLISES

Le terme d'Église est repris par plusieurs mouvements comme les Témoins de Jéhovah issus de Étudiants de la Bible de Charles Taze Russell (1852-1916).
L' Église mormonne, les Mormons ou Saints des derniers jours de Salt-Lake City, fondés sur une révélation donnée à Joseph Smith (1805-1844, Le Livre de Mor­mon, pastiche bi­blique),
L'Église de la scientologie. Fondée par Ron Hubbard (1911-1986) en 1952 aux États-Unis, qui réunit une prédication du dyna­misme de la vie et de la survie à des pra­tiques para-médicales contestables (la Dia­né­tique : se dé­bar­rasser de ses idées ou images incons­cientes négatives -les engrammes- [non recon­nus en psycho­logie). ‟Si vous voulez ga­gner de l'argent, fondez une Église” (propos attribué à Ron Hubbard).
Ces deux dernières parfois considérés, à tort, comme des sectes protes­tantes.

            À noter qu'il y a eu des pacifistes, des non-violents, des objecteurs de cons­cience (en tout cas du côté protestant : Les Chevaliers de la Paix du pasteur Étienne Bach -14-18-, le pasteur Étienne Matthiot emprisonné en France pour objection de conscience, l'action d'André Trocmé -39-45-)  et de son épouse. Ils ont été considérés comme objectivement situés du côté de l'ennemi.

ANNEXE

Ernst Troeltsch (1865-1923) fait le lien entre 19ème et 20ème siècles. Dans sa réflexion d'histoire de la culture (qui touche plus à Hegel qu'à Max Weber) il estime que l'Occident, lieu de la divergence entre religion et culture, est propre à promouvoir un esprit planétaire qui recueille tous les acquis positifs de l'Histoire.
 Albert Schweitzer (1875-1965) : pasteur, théologien (l'escha­to­logie consé­quente : être conséquents avec le retardement de la Parousie se traduit par le respect universel de la vie), musicien qui fait connaître Jean-Sébastien Bach, médecin missionnaire à Lambaréné, il aboutit à une éthique de la vie. Prix Nobel de la Paix.
Toyohiko Kagawa 1888-1960 : laïc protestant japonais, militant social (créateur de la Fédération japonaise du travail, 1919), pour des syndicats libres qui élisent à la proportionnelle un parle­ment où seront traitées les questions relevant du monde du travail. Témoin d'une foi rayonnante (Avant l'Aube, L'Archer tirant contre le soleil), plusieurs fois proposé pour un Prix Nobel de la Paix. Sur Kagawa, K.T. Cho dans la Revue du christianisme social, mai-juin et juillet-août 1962.
Maurice Goguel (1880-1955), historien des Églises des premiers siècles, professeur à la Sorbonne et à la faculté de théologie protestante de Paris, il établit la pleine historicité de Jésus dans une controverse avec Charles Guignebert qui soutenait que c'était un per­son­nage mythique.
Charles Harold Dodd (1884-1973) : exégète du Nouveau Testament qui prend ses distances avec la théologie de l'eschatologie conséquente (voir Albert Schweitzer). La pensée escha­to­lo­gique du Nouveau Testament nous est étrangère, mais elle l'était également pour le monde grec.  Il existe une eschatologie réalisée en et par Jésus et pour ceux qui sont "en Christ" (realized eschato­lo­gy) qui est une prolepse de l'eschato­lo­gie finale (la transfiguration de l'histoire selon Paul), de la Gloire. 
Rudolf Bultmann (1884-1976) : à la fois exégète et systématicien : son apport princ­i­pal pourrait être la "démythologisation", non l'éradication des mythes (dé­mythiser, démys­t­ifier), non leur interprétation (comme chez Sigmund Freud), mais leur faire dire ce tout qu'ils veulent dire (les décortiquer, les faire parler) et cela dégagera pour nous des possibilités d'existence nou­velles (et sans doute aussi, à nulles autres pareilles) dont nous pourrons devenir parti­ci­pants  (phénomène commparable à une conversion). Soit la Résurrection : il ne s'agit pas de croire en un corps mort qui reprend vie, mais ‟Celui qui croit en moi ne vient pas en jugement, il est passé de la mort à la vie” (Jean 5,24). La possibilité d'un être-pour-la-vie donnée à tous ceux qui tirent le sens de leur existence des paroles de Jésus (ni un être pour le bonheur, un être pour la sagesse ou un être pour la mort).  
Son disciple et successeur Ernst Käsemann 1906-1998 (membre de l'Église confes­sante dès 1933, emprisonné par la Gestapo pour avoir soutenu des mineurs commu­nistes alors qu'il était pasteur dans une paroisse en milieu de mineurs ; enrôlé dans la Wehrmacht, prison­nier de guerre, libéré en 1946, sa fille Elisabeth arrêtée, par les Forces de sécurité du régime Pinochet, en Argen­tine,  fait partie des "disparus" de ce régime (sans doute assassinée le 24 mars 1977). Il se dé­fait de l'obédience existentialiste de son maître Rudolf Bultmann, revient à une exégèse classique : à la date de 1954 : a) Quête du Jésus historique : son autorité à l'égard de la Loi, sa proximité et son intimité avec le Père (Abba), l'imminence de la basiléia des cieux (en 1960 : importance de l'apocalyptique [il retrouve Johannes Weiss]); b) dans le message évangélique, le kérygme, il revient en propre à Jésus ce qui ne s'explique ni par le contexte juif ni par le contexte chrétien du premier siècle ; 1980 : ses critères sont contestés par les tenants de la troisième quête du Jésus historique, c) un magistral Commentaire des Romains;
Karl Barth (1886-1968) : En réaction contre l'embourgeoisement de l'Église, il com­mence comme un pasteur chrétien social (influence de Leonard Ragaz -1868-1945- pasteur et théologien "socialiste") ; choqué par ce qu'il a vécu au cours de la  guerre de 14-18 et par le nationalisme chauvin des intellectuel allemands, mais soutenu par la pensée de Jean-Christophe Blumhardt (1805-1880) et de son fils Christophe Blumhardt (1842-1919), pas­teurs et théologiens évangéliques,  il prend ses distances avec le monde intellectuel, théo­­logiens compris ; ensuite, il est de ceux qui ont su dire ‟Non” au nazisme et à l'anti­sé­mitisme (Synodes de Barmen, 1934) et sera l'un des fondateurs de l'Église confes­sante alle­mande, exclu de l'Université allemande, il est appelé à Bâle, sa ville natale qu'il ne quittera plus.
Théologiquement, il fait retour aux Réformateurs contre la théologie libérale devenue histoire des religions ou philoso­phie reli­gieuse, pour une théolo­gie de la Ré­con­ciliation, englobant de la sanctification et de la justification (Dogmatique de l'Église, 1932-1968) (son rapport à Schleiermacher est difficile).
Son Commentaire de l'Épître aux Romains (2ème édition, 1922), qui fait droit à ‟la dif­fé­rence qualitative infinie”  de Kierkegaard, pour affirmer la transcendance.
La théologie qui suit (Début de sa Théologie de la Réconciliation, qu'il développera jusqu'en ses derniers jours) est un théocentrisme et un christocentrime. Théocen­trisme : il faut tou­jours partir de Dieu, qui est le Tout-Autre, non partir de l'humain. Parler de Dieu à partir de Lui-même, de façon nécessairement dialectique : le non enfermé dans le oui, le oui enfermé dans le non, la vie malgré la mort, la Grâce malgré le péché, le nouvel-homme malgré le vieil-homme*. On peut mesurer sa  concentration christologique sur la prédestination : Jésus, l'Élu-Réprouvé, prenant sur lui, une fois pour toutes, la double pré­des­ti­nation**.
Sa réflexion sur le Proslogion d'Anselme de Cantorbéry (1033-1109) lui permet de dépasser la dialectique avec l‟'analogie de la foi”, une analogie de relation inspirée de Romains 12,6 qu'il oppose à l' ‟analogie de l'être” du dogme ca­tho­lique. Cont­i­nui­té sur le plan de l'analogie rela­tionnelle, mais rupture du ‟saut de la foi” pour une décision exis­ten­tielle. Devant les dif­ficultés, il a toujours recours au christo­cen­trisme : le Seigneur biblique, explicité comme le "Tout Autre", devient "prochain" lorsqu'il s'approche de nous en Jésus Christ, lequel est l'image de Dieu retrouvée, l'homme tel que voulu par le Créateur.
Tout du long, la Dogmatique de K. Barth se veut une "Dogmatique de l'Église" , pour l'Église : chaque baptisé est membre bénéficiaire de l'Église comme chaque israélite circoncis est membre du peuple d'Israël (a foi est communautaire ou n'est pas). Ceux qui sont hors de l'Église ou en sont sortis, ne sont ni exclus du salut, ni ne forment une Église invisible ou putative, ils sont au bénéfice de Dieu qui  est juste et miséricordieux pour tous.
À force de doctrines bibliques on en vient à un ‟Positivisme de la révélation” (D. Bonhœffer). À force de théocentrisme et de christo­cen­trisme***, on en oublierait l'être humain, en toute  fin de carrière,K. Barth a répondu à cette critique dans un livre aux dimensions modestes : L'Humanité de Dieu.
* La théologie dialectique per­met de relever les contradictions nées de la modernité : ‟Malgré les limites de notre raison et les révoltes de notre cœur, nous croyons en Dieu […] Malgré nos incompréhensions et nos refus, nous croyons en sa [de Jésus] résurrection […] Malgré l'ignorance et l'incrédulité, nous croyons que le royaume de Dieu est pour tous les hommes” (confession de foi de K. Barth).
** Cette solution christologique de la double prédestination calvinienne a été suggérée à Karl Barth par Pierre Maury, professeur à la Faculté de théologie protestante de Paris (Revue  Foi et Vie 1936), elle est con­forme à l'annonce du Serviteur Souffrant d'Esaie 53.
*** K.Barth ne tombe cependant pas dans la "concentration christologique", les théologies qui en viennent à oublier le rôle du Saint Esprit dans la vie du chrétien et de l'Eglise.
Dietrich Bonhoeffer (1906-1945) : membre de l'Église confessante mort supplicié à la prison de Flossenbourg avec l’amiral Canaris. Sa  théologie passe par plusieurs étapes : une pensée engagée Le prix de la grâce, les temps avant-derniers marqués par la sécularisation (Éthique), un renou­vel­lement de fond en comble pour atteindre l'homme non-religieux des temps modernes (Résis­tance et soumis­sion, ses écrits de prison). Il a été celui qui, depuis l'un de ses premiers ouvrages, La Communion des saints (1927), jusqu'à Résistance et soumission (1945),  a été le plus préoccupé de la destinée de l'Église. Dans un État to­ta­litaire, la réponse était : l'Église confessante, dans une société décléricalisée où ne règnent que les valeurs de l'huma­nisme laïc, en général, la réponse a été : retrait des Églises dans la sphère du privé, dans le cas de la mondia<-li au="" celle="" cherchons="" d="" dans="" de="" des="" dias="" du="" est="" et="" fi="" formuler="" glise="" gu="" l="" la="" lection="" lus="" m="" mais="" moins="" multiculturel="" n="" ni="" nous="" num="" o:p="" ponse="" pour="" pr="" que="" qui="" r="" ra="" rique="" sa="" saintet="" saints="" service="" soci="" t="" tion="" tive="" tous.="" une="">
Les frères Niebuhr, théologiens américains  : Richard, 1894-1962 réfléchit sur foi-culture, Églises-culture ;  Paul : 1892-1971 éthicien, il fixe sa pensée sur les notions de crise = kaïros et de jugement (krisis). Ils ont fortement influencé la pensée socio-politique protestante avant, pendant et après la seconde guerre mondiale.
Oscar Cullmann (1902-1999) : exégète du Nouveau Testament,  dans Christ et le Temps il pose nettement que le Nouveau Testament se situe dans un temps linéaire et non cyclique, dans Le Salut dans l'Histoire, il  établit que Jésus est l'instant qui marque le centre de l'Histoire, que l'es­cha­tologie s'exprime comme le ‟déjà-là et le pas encore”. Observateur protestant au concile de Vatican 2.
Jacques Ellul (1912-1994): né dans une famille juive, converti au protestantisme, professeur de droit à Bordeaux, révoqué par Vichy, engagé à la suite de Karl Barth il déve­loppe, dans une quarantaine d’ou­vrages, une critique de la société technicienne pseudo démo­cratique pour une pensée écono­mique écologique et pour un protestantisme pro­ph­é­tique, il sera élu Président du conseil national de l'Église réformée de France. José Bové et Noël Ma­mère sont de ses anciens étudiants.
Paul Tillich (1886-1965) : chrétien social, théologien luthérien anti nazi, révoqué par Hitler, accueilli aux États-Unis en 1933. De sa pensée théologique qui va largement évoluer dans le milieu théologique amé­ri­cain et au con­tact des civilisations ex­tra-européennes (le Ja­pon, en particulier), on retiendra :
a) du côté de la culture et de la religion : ‟La culture est la forme de la religion et le religion est la substance de la culture” (Conférence faite à Berlin en 1919).
b) du côté de la philosophie et de la théologie : la théologie a besoin d'une philosophie qui pose la question de l'être. Pour la philosophie religieuse, Dieu est la profondeur de l'être, pour la foi, le Dieu vivant est ‟Une personne et sa propre négation comme personne” (Religion biblique et ontologie, p.53).
c) du côté de l'histoire des religions : la reli­gion est le phénomène humain universel par excellence ce qu'il exprime par la ‟Préoccupation ultime” (voir : le Sentiment de dépendance absolue chez D. Schleiermacher, l'apriori religieux de E. Troeltsch) ; dans le monde religieux, le sym­bole est opérant -médiateur ?- (il nous confère la part essentielle de ce qu'il contient -souvenir de la con­sub­stan­tia­tion de Lu­ther ?-) ;  les symboles bibliques de Jésus Christ, ­du royaume de Dieu, du Saint Esprit, sont par­ti­culière­ment opérants, non seulement dans la culture occidentale, mais dans toutes les cultures dans lesquelles ils peuvent trouver des "corrélations"*, des relations logiques, non des équivalences (Thé­o­­lo­­gie de la culture, 1959) ; 
d) du côté existentialiste (Le Courage d'être, 1952), l'être humain a le sens de la sépa­ra­­tion entre essence et existence, d'où découle une suite de polarités (les compromis de E. Troeltsch deviennent des paradoxes) lesquelles, en particulier grâce à la culture "théo­no­mique" de la Bible (alignée sur l' ‟Inconditionnel réel”: le corrélatif de "Dieu"), forment une spirale** as­cen­­dante (on pense à l'a­na­gogie platonicienne) ponctuée de "moments" (kaïroï) qui marquent des tournants décisifs (le principal étant Jésus lui-même) avant de se résoudre dans l'Incondi­tion­nel (ni fin de l'His­toire ni Idéal) .
e) du côté proprement théologique : Théologie systématique, 1951-1963 où nos affir­ma­­tions théolo­giques, placées sur la frontière avec les cultures, sont transcrites dans des con­cepts universels, telles la ‟théonomie” : accepter d'être accepté ou les ‟struc­tures de grâce” : l'homme nouveau qui réunit essence et existence, réalisations dans l'histoire qui ont une portée thérapeutique. Jésus Christ, comme quelques autres grandes figures spiri­tuelles, est une réalisation historique de la théonomie.     
* Le péché = l'aliénation, le salut = guérison, Jésus = homme désaliéné par excellence, la foi = courage d'être, justification = être nouveau,  rédemption = action de l'être nouveau qu'est Jésus comme Christ sur les êtres aliénés que nous sommes, Croix = symbole de l'obéissance de Jésus au Père, Résurrection = symbole puis événement spirituel.
Personnellement, j'estime que la corrélation du péché biblique serait plutôt la néantisation sartrienne : plus il y a d'être, plus encore y a-t-il du non-être, le ver dans le fruit. Le néant -non-être- est transcendance par rapport à l'être, l'équivalent existentiel du "vouloir être comme des dieux (ou comme Dieu) " de Ge 3, 5.
** La spirale ascendante, invention des existentialistes pour concilier le temps cyclique avec le temps linéaire.
 f) du côté de l'histoire des Églises : la différence entre le principe catholique [et ortho­doxe] de la substance (présence réelle de Dieu dans notre monde) et le principe prophétique protestant qui maintient toujours la réalité de Dieu dans son entière  transcendance (Œuvres, tome 4, 1990). L'Église manifeste (les Églises que nous connaissons, ani­mées du dynamisme de l'être nouveau) et l'Église latente (composée des non-chrétiens de tous horizons considérés comme des chrétiens putatifs qui peuvent posséder des aspirations para-chrétiennes). Pas de prise en compte des sectes.
Théologie du Process : une application de la métaphysique du mathématicien Alfred Whiteheads (1861-1947 : la réalité est faite de processus créateurs en devenir) à partir de Charles Hartshorne (1897-2000), philosophe américain de la religion, dans les années 1930 :  le Dieu de la religion b­i­blique n'est pas celui que la théologie pense comme Être parfait, impassaible, inchangeable, au contraire, tout est relations, fonc­tiona­lités concomittantes (in­fluence d'Einstein, la relativité généralisée ?), Dieu change en fonction de l'évolution de l'être humain et de nos sociétés qu'il trans­forme en retour
Les théologiens du Process ont le « sentiment très fort de la présence de Dieu », ils «insistent sur l’immanence et la proximité de Dieu ». Croyants s’a­dres­sant à des croyants (et pour qui tout incroyant est un croyant qui s’i­gno­re encore), ils s’op­po­sent aux théo­lo­giens du Dieu totalement Autre (K.Barth) et aux déconstructivistes. L'idée centrale du ‘‘dynamisme créateur’’ voit en Dieu l’Actant qui participe au même process que l’u­ni­vers, autre actant qui lui tient au corps bien qu’il soit distinct et doué d’au­­to­no­mie. Dieu injecte des possibles que l’humanité s’ap­pro­­prie. Après avoir été lui-même affecté par nos actions (toujours ambiguës), il se reprend pour nous proposer, dans une étape suivante, des cibles nouvelles, opportunes et persuasives, et ainsi de sui­te (à l’in­fi­ni ?), dans une progres­sion continue, sans mutations, sur le modèle lamarckien, mais aussi sans répit (sans chab­bat). Ce déroulement, calé sur son axe historique, n’est ni acquis d’a­van­ce (car ex­empt de manipulations) ni jamais clos (d’où l’in­com­­­plé­tu­de de Dieu). Il continue néanmoins d’être envisagé avec optimisme comme plénitude (enjoyment) en marche. Ce dynamisme créateur se retrouve, sous forme animiste, dans la pensée Dogon,  comme dynamisme de l’Être. La similitude entre le dynamisme créateur et la théorie astrophysique de l’u­ni­vers en expansion, d’un côté, entre  les injections de possibles par Dieu et l’hypothèse du renou­vel­lement de la vie sur terre par un bombardement de bactéries venant de l’es­pace, d’un autre côté,  confèrent un aspect parascientifique aux théologies du Process . Ce qui est frappant, c’est la parenté qui existe, du moins au plan systémique, avec la ‘‘main invisible’’ d’Adam Smith, laquelle est réputée gérer et réguler spontanément le monde, du dehors et à notre insu, de manière performante et créative, à travers l’éco­no­mie.
Théologie de ‟la mort de Dieu” : Hegel emploie cette expression pour parler de la fin d'un régime philosophique, d'un ‟vendredi saint spéculatif” (fin du premier volume de sa Phénoménologie de l'Esprit, 1807), chez Nietzsche (Ainsi parla Zarathoustra, 1883) il s'agit du  rejet du christianisme sous tous ses aspects, rejet coûteux qui peut déboucher sur le nihilisme. Partant de la kénôse (Phil 2, 7), des théologiens protestants [sans doute oublieux du rôle du Saint Esprit dans la vie du chrétien et l'histoire du christia­nisme] ont conclu à une théologie de la vérité dans  l'im­puissance (ou la non puis­sance) de Dieu (Etty Hil­le­sum, Dorothée Sölle) ou encore de la mort de Dieu, fer­ment révolutionnaire  qui ré­pon­drait à la vocation des chrétiens dans un monde athée en pleine métamorphose so­ciale, cultu­relle et politique (une religion sécularisée pour une société laïque,  sauver les valeurs bibliques et théologiques qui le peuvent encore : William Hamilton, 1924-2012, Tho­mas Altizer, né en 1927, Gabriel Vahanian 1927-2012, Paul Van Buren, 1924-1998). Dans la période de Mai 68, plusieurs théologiens protestants se récla­me­ront également de la théologie de la mort de Dieu pour une pensée christianisée en­tiè­re­­ment sé­cu­larisée  : John A.T.  Robinson, Honest to God, 1963 (influencé par P. Til­lich) ; Harvey Cox, The Se­cu­­lar City, 1965 ;  John Hick, The Myth of God incarnate, 1977 ou  encore ‟Des Christs par milliers”, film de Philippe Arthuys, 1971, qui diffuse, en arrière plan, la Pas­sion selon saint Matthieu de J-S. Bach : tous les martyrs d'une cause humaine sont des "christs". Une voie qui peut conduire jusqu'à des théologiens qui se diront athées : l' "athéisme christologique" qui pousse au-delà de ses limites l'idée de la kénôse de Philippiens 2, 6-7 (Jésus s'est vidé de sa divinité pour devenir semblable à nous). On en arrive au N'importe quoi.
Pour Etty Hillesum (1914-1943), jeune juive proche de l'Évangile, morte en déporta­tion, auteur d'un Journal intime 1941-1943 et de Lettres de Westerbork (le Drancy néerlan­dais) et pour Dorothée Sölle (née en 1929) : Die Stellvertretung (La Suppléance ou Repré­sen­t­ation) : désormais Dieu ne peut plus rien pour nous, c'est à nous ce faire quelque chose pour Lui.
Théologies de la libération : il a existé un protestantisme de la libération en Amérique Latine, mais aux États -Unis, la révolte des afro-américains, protes­tants évangéliques pour la plupart,  ne va pas vers une théologie de la libération, il dé­bouche sur une conversion à l'islam suivant le modèle de Cassius Clay devenu Mohamed Ali. 
Théologies marxistes : Georges Casalis (1917-1987) : marxiste, pasteur, professeur de théo­lo­gie, décédé au Ni­ca­ragua où il soutenait la lutte de libération des paysans : Les idées justes ne tombent pas du ciel, même en théologie, elles nais­sent des luttes so­ciales progressistes. Une théologie qui adopte la grille du maté­ria­lisme socia­liste mar­xiste : les chrétiens engagés à, voire sommés de, se joindre au combat révolution­naire marxiste athée*, car le triomphe universel de la société socialiste apportera  avec lui l'accom­plis­sement réel du christianisme (voir Catholiques : Théologies de la li­béra­tion­)**.
* Théologies qui posent le problème en termes politiques manichéistes pour lesquels l'humanité se trouve divisée en deux camps sans remise : les opprimés ou les oppresseurs, il faut choisir son camp et malheur si on ne choisit pas celui des opprimés.
** Rappelons que la bonne pratique bolchevique-léniniste consiste à éliminer successivement tout ce qui n'est pas lui-même, tous ceux qui ne suivent pas la ligne du parti. Pour les communistes humanistes italiens (Antonio Gramsci, 1891-1937) le même résultat peut être obtenu par des voies démocratiques. ‟Les chrétiens sont d'utiles idiots” (attribué à Léon Trotzki, né en 1879, assassiné par un émissaire du parti russe des bolcheviques-léninistes, à Mexico, en 1940).
Les Théologies féministes (qui parlent de Dieu au féminin) et les théologies noires ou africaines (reportant parfois dans la théologie le modèle de leurs relations familiales) qui se sont déve­lop­­pées sur le terreau protestant entrent dans ce même cadre des théologie de la li­béra­­tion.

et encore faudrait-il parler d'Emil Brunner (1889-1966), proche de Karl Barth et en contestation avec lui, de Jürgen Moltmann (né en 1926) et de sa Théologie de l'espé­rance, de son épouse Élisabeth Moltmann-Wendel (1926-2016), théologienne fémi­niste, de Wolf­hart Pannenberg (1918-2014), d'o­ri­gine polonaise, et de sa christologie, ou encore d'Eber­hard Jüngel (né en 1934) et de son livre : Dieu mystère du monde.




Jacques Gruber