lundi 5 mars 2018

année 2018



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JANVIER 2018


LETTRE  A  UN  AMI

1er  mars 2018

Cher Jean-Claude*,

j'ai lu les articles que tu as eu la gentillesse de me photo­co­pier et j'ai réfléchi au problème. Je te donnes ci-dessous le ré­sul­tat (provisoire, sans doute) de ma réflexion.

1 Tout ce qui sera possible, dans l'avenir, à la médecine, la physique, la chimie, l'économie à travers leurs applications techniques sera réalisé en son temps. Rien n'arrêtera cette marche.


2  Les gouvernements prendront po­si­tion,  avec un temps de re­tard, par des Éthiques hu­ma­nistes qu'il leur faudra constam­ment remettre à jour.
 C'est leur devoir, on peut appeler cela une éthique de responsabilité.


3 Nos Églises n'ont pas d'idéologie, elles ont un témoignage.

a) Aucun devenir humain sur la planète Terre n'a la vie en soi. Chacun a un point de vue sur le vérité.
Le fait que mathématiques, physique, médecine apportent périodiquement des ap­pli­ca­tions qui peu­vent améliorer notre existence ne doit pas cacher ces faits : nul n'a la vie en soi, chaque science (exacte, humaine, sociale, morale et religieuse) a un point de vue, son point de vue, sur la vérité.
 Notre témoignage est que la vie, la vérité se reçoivent, qu'elles se reçoivent d'un ailleurs qui a nom l'Évangile.
Médecine, physique, chimie, économie sont vouées à la marche en avant dans ­l'igno­rance du but final vers lequel elles vont ou même s'il y a un but final (comme un automo­bi­liste lancé sur une route dont il ne connaît pas l'aboutissement, dont il ne sait même pas si elle aboutit quelque part), mais médecins, physiciens, chimistes, économistes ne sont pas vou­és à la marche aveugle en avant, à tout moment, ils peuvent recevoir le sens que l'Évan­gile donne à leur existence et à leur travail.
C'est ce que l'on peut appeler une éthique de conviction.

b) Nos Églises n'ont pas d'idéologie, elles ont une théologie.
Les premières réflexions qui méritent le nom de théo-logies sont les questions sur Dieu que posent le Père, le Fils, le Saint Esprit, et la personne à la fois humaine et divine de Jésus. Les solutions spéculatives données dans les premiers siècles de l'Église qui utilisent des notions de substance et de nature ne peuvent plus nous satisfaire aujourd'hui. Ces dogmes n'en sont pas moins porteurs d'intuitions théologiques (la tri-unité du Seigneur, la fonction médiatique de Jésus) qui demandent à être reprises dans les termes d'aujourd'hui.
La Réformation a posé les Écritures bibliques comme base à toute réflexion théolo­gique chrétienne. Elle a ainsi mis désormais à la disposition de la théologie des notions et des concepts non spéculatifs, des concepts en devenir peut-on dire.
Au 18e siècle, en Allemagne, suite au philosophe Immanuel Kant, une distinction s'est établie entre Révélation et Religion. Pour de nombreux protestants, aujourd'hui encore, la théologie est une théologie ou une histoire de religions qui envisage ces dernières de l'extérieur. La révélation, de son côté, a versé dans  un fondamentalisme sectaire.
L'exégèse savante (historico-critique) de la Bible, qui s'est développée, prin­ci­pa­le­ment en Alle­magne, aux 18e, 19e et 20e siècles, a mis à mal l'autorité des Écritures et a déplacé cette autorité théologique et pastorale vers la Bible comme Parole (parole de Dieu, prédication, témoignage).
C'est à partir de cette Parole biblique, de cette prédication, que les chrétiens d'au­jourd'hui sont appelés à répondre aux défis que les sciences et les événements politiques posent à la foi évangélique. À formuler et défendre un témoignage, même s'il en coûte.
Au 19e siècle et début 20e, nos Églises se sont embourgeoisées, elles se sont ap­puyées sur des valeurs, surtout morales et sociales, considérées comme chrétiennes. Ce n'é­tait pas un fondement solide pour répondre aux changements qui se sont annoncés et déjà réalisés en partie. En Mai 68, tout a volé en éclat. Á l'heure qu'il est notre protestantisme français s'est, en une très large mesure, renouvelé avec des apports venus du catholicisme, de la laïcité, de certaines Églises évangéliques, de l'immigration.
Je ne peux pas, ici, entrer plus dans le détail : quel message pouvons-nous apporter sur telle ou telle avancée scientifique, sur telle ou telle actualité politique ?
Un exemple, la PMA : nous réjouir de ce qu'un tel pouvoir nous ait été donné ; avoir un sentiment d'action de grâce ou même formuler une telle prière lors de la naissance de l'enfant ; nous réunir afin que cet enfant ait toutes les chances matérielles et psychologiques pour la vie ; ne pas le couvrir de cadeaux, mais lui donner des occasions de rencontrer l'É­van­gile.

J'espère que ces jalons suffiront, dans un premier temps, à répondre à tes questions. En attendant d'en reparler, je te fais toutes mes amitiés


Jacques Gruber
* médecin cardiologue